La Corne-d'Or
voiire et leur étonnante vigueur. Des traités passés avec leurs czars ou princes nationaux les fournissaient régulièrement aux armées impériales. Ils étaient d'ordinaire baptisés dès leur arrivée. D'une stature colossale qui étonnait les Arabes et tous les soldats méridionaux , c( hauts comme des palmiers », armés de la large épée,de la longue lance ornée d'une petite flamme à deux pointes et de la terrible hache recourbée, quelques centaines de ces Vc^rings, Varègues ou Varangiens, frères des Normands de France et d'Italie, valaient une armée. Rien ne résistait à la féroce et lourde violence de leur attaque. Rien ne parvenait à les ébranler lorsque, massés en phalange profonde, poussant leur sourd rugissement de guerre , ils combattaient de pied ferme. (C Leur armement comme leur tactique les mettaient à part de toutes les autres nations scythiques auxquelles Byzance empruntait les mercenaires de ses armées. Les Hongrois, les Petchenègues, les Khazars étaient avant tout des cavaliers. Eux étaient les j^remiers fantassins de l'Europe barbare. Ils n'avaient point l'arc et la zagaie des peuples qui combattent en fuyant, mais bien les armes lourdes des guerriers de résistance.
a Par leur bravoure, leur solidité, leur mode d'armement, ils rappelaient soit les Francs du dixième siècle, que les Byzantins leur donnaient pour congénères, soit les preux de la féodalité occidentale. Ils étaient armés de pied en cap, portaient de lourds casques de fer et de véritables cottes de mailles; un immense bouclier long les couvrait jusqu'aux pieds; quand ils battaient en retraite, ils rejetaient ce pavois énorme sur leurs épaules et devenaient invulnérables.
(( Le plus souvent ils formaient ce cuneits impénétrable dont nous parle déjà Tacite, et, serrés l'un contre l'autre, ils présentaient une muraille d'airain hérissée de lances, resplendissant de l'éclat des boucliers métalliques. De là s'échappait une clameur soutenue, un mugissement semblable à celui de l'Océan, le hmenx barntus des Germains du premier siècle.
<( La fureur du combat finissait par les mettre hors d'eux-mêmes ; ils étaient bien alors les « enragés bersakiers » qui, la vision du Valhalla et des Valkyries devant les yeux, criblés de blessures, épuisés
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de sang et mutilés, combattaient. De ces Tauroscy tlies , nous dit Léon le Diacre, on raconte que jamais dans une défaite on ne les a vus se rendre. » Quand ils désespéraient du salut, ils se perçaient euxmêmes les entrailles. « Ils disent que ceux qui meurent sous les coups d'un ennemi, sont condamnés à le servir dans une autre vie '. »
Ces Francs du Nord étaient désignés à Byzance sous les noms di-. vers de Ros ou Ross, de Tauroscythes , de Phargans, de Varangiens, de Varègues, les Vserings des épopées Scandinaves. Les sources font une distinction entre les Ross ou Tauroscythes et les Phargans ou Varangiens. Il est possible , comme le dit fort bien M. Rambaud , que les premières expressions aient servi à désigner les Varègues nés en Russie et celle de Phargans les Varègues venus directement de Scandinavie. Les Phargans étaient moins bien traités que les Russes. Ils appartenaient à la troisième hétairie ou troisième légion des corps étrangers de la garde. Les Russes formaient probablement un corps à part. Les chefs militaires de ces fameux « mercenaires porte-haches », comme les appelle Anne Comnène, étaient d'ordinaire désignés à Byzance sous le nom d'acolytes . A chaque corps de Ross était en outre attaché un fonctionnaire spécial d'ordre plus ])articuhèrement civil, l'interprète ou dierménevte, dont on devine sans peine les importantes fonctions. Les Varègues ne connaissaient point le grec ; ils parlaient (( l'anglais » d'après Codinus, c'est-à-dire l'anglo-saxon ou le norrain. Un interprète était indispensable pour régler les rapports entre cette légion étrangère et l'administration impériale. Le grand interprète de tous les corps Scandinaves ou mégalodierménevte des Varangiens était un fonctionnaire d'ordre très élevé. Il était le représentant officiel du gouvernement auprès de ces sauvages et précieux auxiliaires , traitait des questions de solde avec leurs chefs nationaux, dirigeait l'intendance, le casernement et les autres affaires du corps. C'est lui enfin qui était chargé de décider des litiges qui pouvaient surgir si facilement entre les habitants et les mercenaires étrangers. Un savant archéologue de Constantinople a retrouvé le sceau ou bulle de plomb de l'un de ces