‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 153 sur 237 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Rupture avec le czar Pierre de Bulgarie. — Prétextes invoqués par Nicéphore pour amener cette rupture. — Affront public infligé aux ambassadeurs bulgares. — Guerre avec la Bulgarie. — Nicéphore envahit la frontière bulgare, puis se retire. — Il préfère confier aux Russes de Sviatoslav, prince varègue de Kiev, le soin de détruire la puissance bulgare. — Mission du patrice Kalocyr auprès de Sviatoslav. — Sviatoslav et ses soldats se jettent sur la Bulgarie dans le courant de l'an 907 et font la conquête de toute la partie danubienne de ce royaume. — Ils passent l'hiver en pays conquis. — Ils sont rappelés à Kiev en 968 par une invasion des Petchenègues. — Les Petchenègues sont repoussés. — Mort de la czarine-mère Olga. — Seconde invasion de Sviatoslav en Bulgarie dans l'automne de cette même année 908.

L'énergie que mettait constamment Nicéphore à relever sur toutes les frontières le prestige de l'empire et à affaiblir la puissance de ses voisins immédiats fut à cette époque la cause d'une guerre nouvelle '. De même que les précédents Basileis avaient consenti à payer tribut aux Arabes de Sicile pour mettre leurs sujets italiens à l'abri des déprédations de ces dangereux corsaires, de même l'empire grec payait, on le sait, depuis de longs jours, au roi bulgare une redevance annuelle, en échange de laquelle celui-ci s'engageait à empêcher les Maggyars de franchir le Danube et d'aller jusque dans les provinces grecques porter le pillage et l'incendie. A la rigueur, cet arrangement humiliant eût pu se comprendre sous Romain Lécapène, sous Constantin VII, lors de toute la puissance de ce glorieux czar Syméon qui avait failli prendre Constantinople et devant lequel l'empire d'Orient avait si souvent tremblé. Il n'était certes plus de mise aujourd'hui que toute cette grandeur, si rapidement échafaudée, s'était

1. Hase, p. 440 des notes à Léon Diacre, éd. Bonn., place cette expédition bulgare en 960. Murait, t. 1, p. 943, en fixe l'époque au mois de juinïOô. — Voy. encore Cédrénus, éd. Bonn, p. 372. — Hilferding, oj). cit., p. 12G, donne aussi la date de 966.

(le niviue .si lût cl .si cc<iii|.i< M iiK ni . i roul^*e, niaiiitciiAiit <|ue la monarchie bulgare, qui, un moment, dans cesic'cle, avait paru devoir supplanter le vieil empire de Constantin, se trouvait eu pleine d<!'cadcDCe sous le faible gouvernement du czar Pierre, le pieux et {«cifique «uctesseur de ce même Syméon. Depuis tantôt quarante ans, ce fils si effacé de ce plus grand des princes bulgares régnait |)énihlement sur sa vaste et incohérente monarchie, fort occu|)é à ré|»rimer des révoltes intérieures, de ses frères d'abord, de ses grands vassaux ensuite, à contenir ses turbulents voisins : Serbes, Maggysrs, ou même Petchenègues, ne songeant qu'i\ se maintenir en paix avec ces mcrae» Byzantins que son père s'était tant efforcé de détruire, uniquement attentif à observer scrupuleusement ce traité de Constantinople, signé par lui en 927, l'année même de son avènement, qui avait fait de lui un gendre de l'empereur Romain Lécapène, et qui avait si complètement modifié la politique traditionnelle de sa race à l'endroit de l'empire grec.

Il paraissait peu probable que le belliqueux Nicéphore, l'heureux vainqueur du Hamdanide, qui avait refusé le tribut au lointain émir de Sicile appuyé par toutes les forces du Khalife de Kairouan, consentit i\ s'en acquitter désormais vis-à-vis des Bulgares tant abaissés depuis bientôt un demi-siècle. Du reste, la Bulgarie, absorbée tout entière par la naissance et les progrès dans son sein de la fameuse hérésie des Bogomiles, d'origine orientale ', semblait si bien avoir accepté sous ce faible czar Pierre sa position d'infériorité vis-à-vis de son ancien rival, l'empire grec, elle semblait avoir si complètement renoncé à cette conquête de Constantinople, unique |)ens.' ' l'ardent Syméon durant son règne si long, elle s'était tant et .^i nmni.iement concentrée dans son immobilité; ce grand corps trop rapidement constitué, auquel les incessantes victoires de Syméon n'avaient pas infusé assez de sang nouveau, allait si bien s'affaiblissant d'année en année, que l'on a peine à comprendre comment les Basileis de la dynastie macédonienne avaient pu continuer à lui payer régulièrement jusqu'ici

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