‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 155 sur 237 · Hilferding, o/>. ciV. , i · texte numérisé non relu

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ment gêné par l'immensité de cette puissance relativement barbare qui l'enserrait de si près, depuis le Balkan jusqu'aux côtes de l'Archipel. Le traité de 927, on le sait, avait laissé à la Bulgarie la plus grande partie des conquêtes de Syméon jusque dans la Thrace septentrionale ; sa frontière du sud allait encore jusqu'aux pentes méridionales du Rliodope, jusqu'aux rives du fleuve Strum, l'antique Strymon, et un royaume bulgare raflfermi eût pu jeter en quelques jours toutes ses forces sous les murs mêmes de Constantinople. Pour un gouvernement aussi fort, aussi jaloux de ses droits que l'était celui de Nicépliore Phocas, c'était là une situation intolérable. Et puis encore le grand port bulgare, Mésembrie, concentrait dans ses comptoirs presque tout le commerce si actif de la mer Noire, qui se trouvait de ce fait détourné du Bosphore. La majorité des barques russes qui se rendaient à Tsarigrad commençaient parfaire halte dans cette ville.

L'empire grec, redevenu puissant, pour peu qu'il fût prévoyant , ne pouvait accepter cet état de choses, malgré que la Bulgarie se fît aussi humble que possible, parce qu'il ne pouvait compter que la léthargie de ce grand pays durerait toujours. Et à mesure qu'augmentait la faiblesse de la Bulgarie, la force des Byzantins faisait des progrès immenses. Une véritable résurrection venait de s'opérer sous la main énergique du nouveau Basileus. Comme il était loin déjà, même des dernières années du règne de Constantin VII, cet empire étrange, qui, tant de fois, avait touché à labîme, et qui toujours s'était relevé de ces chutes profondes par un de ces élans extraordinaires qui devaient le maintenir dix siècles durant à travers les plus grands comme les plus constants périls! Cette fois il venait d'abattre la fierté du terrible Hamdanide. Partout, en Asie, les Arabes fuyaient devant les guerriers orthodoxes. L'empire de Roum avait conquis la suprématie sur le Khalifat; même les Sarrasins d'Afrique, vainqueurs en Sicile des cavaliers de Manuel, contractaient alliance avec lui. Comment Nicéphore, que depuis tant d'années la victoire accompagnait partout, pouvait-il ne pas vouloir en finir avec ces Bulgares si dangereux jadis, et mettre à profit leur affaiblissement pour restituer à l'empire en Europe la situation qu'il venait de lui rendre en Asie, pour lui donner également de ce côté air et lumière ?

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Les circonstances étaient en cette année 967 si éminemment favorables à (( «rrand effort! Seîf EÀidaulMi, cet adx'eraaire ni longtemps redoatal)le, venait d'expirer; ses provinces se débattaient dans ranarchie d'iin}missance qui marque en pays musulman tout avènement n-uveau. Nulle inquiétude n'était jV prévoir de ce côté, du moins pour (quelques mois. Le reste du monde asiatique musulman était trop occupé de ses querelles privées pour pouvoir inspirer quelque crainte au gouvernement imj)érial.

Donc Nicéphore résolut d'utiliser cette accalmie pour porter un coup funeste A la nionaruliie bulgare, et, connne prétexte de rupture, il rendit le czar Pierre responsable des lamentables razzias poussées par les Maggyars sur les terres de l'empire. « Pierre, dit Thisto* rien grec Zonaras, refusa toute satisfaction, affirmant qu'il ne pouvait faire mieux, et qu'abandonné par les Grecs, il avait été contraint de laisser les Hongrois agir coninie ils l'entendaient. » (''était la vérité. On feignit de n'y pas croire. On traita soudain en ennemi ce prince débonnaire, propre neveu de Constantin VII ', alors que lui et la reine, sa femme, avaient jusque-là entretenu d«»^ r»'liti"i<< de la plus étroite parenté avec la cour du Palais Sacré.

Nicéphore n'attendait qu'une occasion pour déclarer la guerre. Elle vint fort à propos. Comme la Ville gardt'e de Dieu était encore tout entière plongée dans la série de fêtes qui signalèrent le commencement de cette année 967 en l'honneur de la prise de Tarse et des grandes victoires sur les Agarènes d'Asie, on vit un jour arriver fort malencontreusement les envoyés bulgares venant chercher le fameux tribut aimuel. Le moment était, il faut l'avouer, bien mal choisi. Bien qu'il ne s'agît en réalité que d'une simple redevance pour services rendus, le fait seul de cet impôt réclamé par d'aussi faibles voisins exaspéra l'orgueil byzantin fort excité en ce moment. Que ce fût indignation vraie ou pure hypocrisie voulue, les amis bulgares furent cette fois très mal reçus. Lorsque, vêtus de leur accoutrement barbare que Luitpran<l nous a brièvement décrit, ils se présentèrent officiellement devant le hau-

1. Constentin avait épouaé U fille de Romain Ucapène, dont le oar Pierre «Tait Opou«> U j^Utc-

fille.

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t;iiii iiiijK'iator el (juils lui eurent fonnulc leur demande naïve, l'accuril (ju'il k'ur (it lui tel ([u'ils ne s'y attendaient guère; exemple curieux (le la rudesse de iiKeurs qui se cachait à la cour des Basileis sous l'apparente courtoisie d'une menteuse étiquette.

("était un de ces jours de réception solennelle et de pompe magnirK|ue au Palais Sacré, par lesquels les J^>yzantins s'entendaient si bien à élilouir dans le déploieiiient d'un luxe prodigieux les sauvages ambassadeurs des peuples alliés ou voisins. Le Basileus Nicéphore, dans la grande salle des fêtes, environné de sa cour innombrable et merveilleuse, recevait une série d'envoyés étrangers. Quand vint le tour des l^ulgares, les infortunés n'eurent pas plus tôt ouvert la bouche que Nicéphore, se dressant tout del)Out sur son trône, se retournant brusquementvers son vieux pore, le (Jésar Bardas, assis quelque peu en arrière, affectade lui demander surun ton violent qu'il s'effor^'ait de grossir encore, quelle pouvait bien être l'explication d'une aussi insolente prétention de la })art du czar Pierre ! Puis, sans attendre la réponse, d'une voix tonnante, en face de toute la cour ébahie et des ambassadeurs muets de terreur, il dit : « Malheur, malheur à nous autres Romains, nous qui avons jusqu'ici triomphé de tous nos ennemis ! à quel degré de déchéance sommes-nous donc tombés que nous en soyons réduits à })ayer tribut, comme de ]nisérables Slaves, à ce peuple de hideux mendiants, à ces Scythes de Bulgarie! »

S'adressaut au chef de l'ambassade : « Va-t'en, va-t'en, lui cria-t-il, retourne chez ton roi, va dire à ce mangeur de cuir, vêtu de peaux de bétes, que le Basileus de Constantinople ira en personne lui porter le tribut qu'il réclame. Va-t'en, et apprends désormais à tes dépens à mieux resi)ecter le glorieux nom romain, triple esclave, fils de chien! )) Sur cette péroraison extra-diplomatique, il fit saisir les envoyés par ses cul)i(ulaires, qui les souffletèrent brutalement devant toute la cour. Puis on les renvoya en hâte à Péréïaslavets \ à la cour de leur souverain.

Pour comiJi-riidre à (juel point cette scène, certainement préparée,

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