‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 158 sur 237 · Voyez, page 187, l'opinion même de Hicéphore sur c · texte numérisé non relu

Voyez, page 187, l'opinion même de Hicéphore sur c

les iiiipraticaldes sentiers du Rhodope et des Balkans, leurs passes abruptes, traversant des forets impénétrables, propres à tous les genres d'embuscades, lui parurent à lui, le conquérant du Taurus et de l'Amanus, constituer un obstacle des plus sérieux. « Il ne voulut pas, dit Léon Diacre, constamment préoccupé d'expliquer au mieux les bien rares reculades de son très aimé Basileus, exposer les troupes romaines aux attaques des Bulgares dans les sombres défilés de leurs montagnes, dans ces sentiers maudits qui si souvent déjà avaient servi de tombeaux aux armées orthodoxes. )) Et le verbeux choniqueur nous fait le plus dramatique tableau de ces régions escarpées que les puissantes armées de la sainte Russie ont eu tant de peine à franchir il y a quelque douze ans.

Quoi qu'il en soit, que ce fût par suite de quelque insuccès dont la mention n'est pas parvenue jusqu'à nous , ou pour des motifs de prudence : parce qu'il se trouvait mal préparé et voulait avant tout économiser le sang des soldats du Christ, ou bien encore parce qu'il se voyait réclamé de nouveau par les affaires de Syrie, Nicéphore, tout en conservant les forteresses prises, ne pensa plus pour le moment à attaquer directement le royaume bulgare. Les choses n'en devaient pas cependant aller mieux pour les sujets du czar Pierre. Ce qu'il ne voulait plus, pour des raisons qui nous échappent, accomplir par lui-même, Nicéphore songea de suite à le faire exécuter par d'autres. Son génie diplomatique, le génie subtil qui résidait au fond du cœur de tout homme j)olitique byzantin, lui inspira une projet de diversion infiniment redoutable pour son faible adversaire. Il résolut de faire entamer les Bulgares sur leur flanc nord par un de leurs barbares voisins de ce côté, et d'arriver ainsi à ses fins, c'est-à-dire à l'affaiblissement considérable de la monarchie fondée par Syméon, sans qu'il en coûtât un seul homme de plus aux armées byzantines, déjà si éprouvées par la guerre syrienne. Plus tard, il serait toujours temps pour les soldats impériaux de franchir de nouveau le Rhodope et le Balkan, et de porter à la Bulgarie le coup suprême qui la transformerait définitivement en thème de l'empire.

La frontière bulgare sur le Danube était fort mal protégée. Les

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troupes (lu czar Pierre n'rtaient pas assez fortes \h)Ut oppuser une résistauce efficace à une armée nombreuse et (l<^'terrainée qui saurait tenter dans de bonnes conditions le passage du grand Heuve. Cette armée, il s'agissait de la trouver et de la décider à marcher contre la victime désignée. Le choix de Nicéphore fut rapide. Il ne jugea pas à propos de charger de cette mission importante la nation maggyare, si belliqueuse cependant, mais que ses longues luttes occidentales et finalement ses récents désastres contre les guerriers allemands d'Othon ?■■, avaient pour le moment fort épuisée.

De même il laissa de côté les Petchenègues et leurs hordes pillardes et indisciplinées. De ceux-ci, on ne pouvait attendre aucun résultat durable'. Des Khazars , il ne pouvait être non plus question; il eût fallu qu'ils passassent d'abord sur le corps des Petchenègues.

Bref, Nicéphore se tourna du côté des Russes idolâtres. Il savait qu'à la tête de ce peuple conquérant et guerrier par excellence se trouvait actuellement un prince jeune, hardi, dévoré d'ambition, ne rêvant qu'assauts et batailles. Il savait que ce Sviatoslav, dont, hélas! les Grecs allaient tant avoir à souffrir, possédait une armée nom breuse, puissante, fortement disciplinée, et qu'avec ces admirables

Guerrie» ruMCi Uu x' siècle, reprodttlu dans m» anetai «t célèbre maniuorit sbiTon de» Lé-jendt* de$ mKn/i Ihrii H Okè.

1. Cependant Constantin Pori>hyroRénote avait coD>»«.ill«i <lc faip les Petchenègues. Nicéi)hore préféra Iw llusses, dont Li n'pntati.-i. \ . établie, peut-être aussi à cause de leur plus grand éloignemcut de Hv/ 1:

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soldats, d'une incroyable férocité, mais d'une indomptable bravoure, ce héros national s'était déjà couvert d'une gloire barbare dans toutes les régions de la Russie méridionale non encore soumises à ses armes. Le Basileus tenait pour certain que la Bulgarie ne saurait résister à un aussi impétueux adversaire. Il estimait d'autre part qu'il n'y aurait point là péril pour Byzance, et que les Russes, même vainqueurs de la Bulgarie, ne songeraient jamais sérieusement à menacer Constantinople et à s'éloigner à tel point de leur patrie, de Kiev, leur capitale et leur base d'opération naturelle. Il croyait fermement que Sviatoslav se contenterait de battre, de piller et de rançonner les Bulgares, puis qu'il rapporterait dans sa lointaine principauté les trésors conquis sur la rive méridionale du Danube, sans jamais oser se mesurer avec toutes les forces militaires de l'empire d'Orient. Cette fois le prudent homme de guerre allait se tromper gravement. En jetant ainsi imprudemment les Russes sur le Danube pour amener l'écrasement de la monarchie de Syméon, Nicéphore préparait, sans s'en douter, à son successeur, un des plus effroyables orages sous lesquels l'empire de Constantin ait jamais failli succomber.

Donc, il s'agissait pour l'instant de lancer la sauvage nation des Ross et son jeune chef sur le royaume bulgare par l'appât d'un facile butin. Il fallait avant tout, pour détruire toute hésitation dans l'esprit de l'avide Sviatoslav et de ses sujets, prodiguer, suivant la politique traditionnelle de Byzance, l'or impérial à la cour de Kiev. Aussitôt de retour à Constantinople, Nicéphore, tout en se préparant à sa nouvelle campagne de Syrie, chargea de cette importante et délicate opération un personnage aussi souple et rusé qu'il était entreprenant et ambitieux. C'était le patrice Kalocyr, un Grec du nord, natif de Cherson, fils du proteuon ou premier magistrat de cette lointaine colonie byzantine, dernier vestige de la puissance impériale sur les côtes septentrionales de la mer Noire. La mission de confiance dont Nicéphore allait le charger auprès du terrible prince des Ross convenait admirablement à ce personnage, moitié scythe, moitié hellène, parlant très bien les deux langues slave et grecque. Avant de venir résider

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dans la Ville gardée de Dieu, il avait lonprtcmps vécu daiui «a t ite criraéenne d'où la cliaiieellerie byzantine entretenait avec tous les jieuples de la steppe scythique, qu'elle combattait si habilement les uns |>ar les autres, de si subtiles et incessantes négociations. Les circonstances de tous ces Etats barbares, leurs convoitises, leurs ressources, leurs points faibles, n'avaient pas de secrets pour cet homme. Il avait vu défiler tour i\ tour dans le palais municipal, où son père siégeait i\ la tête dn sénat chersonitain, les principaux personnages qui tenaient les fils multiples de cette louche et compliquée politique des rives du Dnié|>er et du Don. Peut-être même, chargé de quelque mission officielle, avaitil une fois déjà, remontant le cours sacré de ces fleuves mystérieux, promené son humeur vagabonde jusqu'à Kiev, la future capitale orthodoxe, ou dans quelque autre cité de ces princes varègues, fondateurs nais-

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sants, obscurs encore, de la samte Kussie. i«nei,t pour i« thèm da cbUnoa.

Kalocyr, dissimulant soigneusement les Z^HiJ^TTZl^^lZ^t visées ambitieuses qui, dès les premières ou- !^^"inr*^. (L^!I!L)"°*' vertures à lui faites par Nicéphore, avaient

hanté son esprit inquiet, accepta avec empressement laïubassade qui lui était proposée. Il se prépara incontinent au départ. Certainement, avant de se mettre en route, le souple Chersonitain dut relire avec un soin pieux les longues instructions si minutieusement rédigées par les soins du défunt Basileus Constantin, à l'adresse des hasilikoi impériaux <( qui vont en mission en pays slave et qui, de Cherson, se rendent auprès du roi des Khazars , des chefs des Petchenègues ou du prince des Ross ».

C'est grâce à ces instructions mêmes qu'il nous devient jiossible de reconstituer presque pas à pas le voyage du légat de Nicéphore, de Constantinople jusqu'à Kiev. Sa suite devait être nombreuse, riche, éclatante et variée, faite pour éblouir les grossiers sujets de Sviatoslav, mais aussi composée de manière à leur faire apprécier les bienfaits de la civilisation et de l'alliance byzantines. Une foule d'agents de cette civilisation alors si brillante, agents d'ui'l!'- n-- -!i\';-^^ wr.v- tous

EMPERKUll BYZANTIN. '^

(également actifs, grossissaient certainement l'escorte de Kalocyr. A côté des soldats nécessaires à sa garde , on devait y voir des moines , des prêtres, des scribes en grand nombre, impatients à convertir comme à instruire les Ross encore païens. Le légat impérial emportait aussi avec lui des subsides très considérables, de quoi faire capituler toutes ces consciences barbares et se concilier tous les intérêts comme toutes les volontés, en un mot, la somme, absolument énorme pour l'époque, de quinze cents livres d'or, tout près de cent mille nomismata \ ce qui équivaudrait actuellement à deux ou trois millions de notre monnaie. On voit que Nicéphore attachait une importance capitale à cette attaque des Russes sur les derrières de la Bulgarie.

Le voyage en pays barbare ne commença en réalité qu'à partir de Clierson, où Kalocyr dut vraisemblablement faire quelque séjour pour revoir le proteuon, son père, pour prendre langue, s'informer des nouvelles, recueillir des informations et des conseils. Il gagna ensuite, toujours par mer, les bouches du Dnieper, et se mit à remonter en barques le large fleuve, à travers les sauvages et dangereuses étendues de la Patzinacie. C'était la grande voie entre Kiev et la mer. A coup sûr il dut alors déjà semer l'or sur sa route, et, malgré sa forte escorte, acheter à haut prix la liberté de son passage aux Petchenègues, féroces pillards de la steppe, toujours guettant sur le grand fleuve la flottille de troncs d'arbres creusés en forme de barques des marchands russes ou le cortège plus considérable du basilikos impérial, toujours prêts à dépouiller le voyageur assez téméraire pour se refuser à payer les droits de péage par eux établis de toute antiquité.

Dans cette longue navigation fluviale, Kalocyr et sa suite firent certainement une première halte à cette plate île Saint-Grégoire, où les navigateurs russes sacrifiaient des oiseaux aux divinités locales et faisaient offrande de divers aliments au pied d'un grand chêne. Puis ils franchirent successivement toutes les (( porogues » du fleuve scythique, ces cataractes célèbres aux noms caractéristiques : (( Ne dors pas », « la Sonnante », a l'Insatiable » , celle « aux Flots bouillonnants », celle « des

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