‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 160 sur 237 · Ou plus exactement : Chronique dite de Nestor · texte numérisé non relu

Ou plus exactement : Chronique dite de Nestor

mcariiis et de soldats, avec ses sacs de beaux sous d'or aux effigies de Pliocas et du petit Basile , son pupille.

(( Et Olga retourna à Kiev, et le Basileus (Constantin) envoya vers elle disant : <( Je t'ai fait de beaux présents; et toi tu m'as dit : « Quand je serai revenue en Russie, je t'enverrai beaucoup de préce sents, des esclaves, de la cire, de^ peaux et des soldats auxiliaires. » Olga répondit aux envoyés : c( Dites à l'empereur : Si tu restes avec « moi sur la Potchaina ' aussi longtemps que je suis restée avec toi (( dans le Bosphore, je te ferai ces cadeaux. » Ayant dit cela, elle congédia les ambassadeurs. Or Olga vivait avec son fils Sviatoslav, et elle l'invitait à se faire baptiser, et il ne voulait pas en entendre parler ; et quand quelqu'un voulait être baptisé, on ne le lui défendait pas, mais on se moquait de lui, car pour les infidèles la foi chrétienne est une folie ; car ils ne sentent ni ne comprennent, marchant dans les ténèbres, et ils ne voient pas la gloire de Dieu... Or Olga disait souvent : a Mon fils, «j'ai connu la sagesse et je me réjouis ; si tu la connaissais, tu te réjouice rais. » Il ne faisait pas attention à cela, disant : (( Comment, je recevrais (( une foi étrangère ! mais ma droujina " rirait de moi. )) Elle lui disait : « Si tu te fais baptiser, tous feront la même chose ; » mais il n'écoutait pas sa mère et persévérait dans les coutumes païennes, ne sachant pas que celui qui n'écoute pas sa mère tombera dans la détresse , car il est écrit : (( Que celui qui n'écoute pas son père ou sa mère soit puni de «mort, )) et il se fâchait contre sa mère... Cependant Olga aimait son fils et disait : « Que la volonté de Dieu s'accomplisse! Si Dieu a pitié « de ma race et de la terre russe, il leur inspirera de se convertir à lui « comme il me l'a accordé. » Et ayant dit cela, elle se mita prier pour son fils jusqu'à ce qu'il fût grand et homme fait.

« Et quand le prince Sviatoslav fut grand et homme fait, il se mit à rassembler une armée nombreuse et vaillante, car il était vaillant luimême et fougueux, et il fit beaucoup de guerres, marchant comme une

1. C'était la rivière de Kiev, un petit affluent du Dnieper. Péroun, le dieu païen des Russes, y fut jeté par ordre de Vladimir.

2. Litt(iralement : l'ensemble des boïars, ou hommes libres qui servent volontairement le prince en vertu d'un contrat débattu. Voy. Chronique de Nestor, éd. Léger, notes, p. 300.

5fi6 UN EMPEREUR BYZANTIN

pantlière à la tête de sa nombreuse armée ; il ne prenait avec lui ni voiture ni marmite, et ne faisait pas bouillir la viande, mais il mangeait des tranches minces de viande de cheval, de gibier ou de bœuf, après les avoir mises sur les charbons. Il n'avait pas de tente, mais il étendait sous lui un vêtement, et mettait une selle sous sa tête. Tous ses guerriers faisaient comme lui. Il envoyait dans les contrées voisines, disant : a Je vais marcher contre vous. » Il vainquit ainsi les Khazars, les lases, les Kassogues, les Viatitches, et leur imposa le tribut (965- 9G6) \

Léon le Diacre nous a laissé du héros varogue un portrait curieux : (( Il était de taille moyenne, mais très robuste ; il avait une large poitrine, le cou gros, les yeux bleus, les sourcils épais, le nez épaté, de longues moustaches, et, sur sa tête rasée, une touffe de cheveux, marque de sa noblesse ; à une de ses oreilles pendait un anneau d'or orné d'un rubis et de deux perles. » Lorsque le prince russe, après la capitulation de Dorostol, eut une entrevue avec Jean Tzimiscès, il s'approcha en barque de l'empereur à cheval, maniant la rame comme ses compagnons ".

Tel était le prince auprès duquel Kalocyr, le basilikos de Nicéphore, s'était rendu chargé d'or; tels étaient ses durs soldats. Les discours habiles, l'éloquence insinuante et imagée du patrice byzantin, n'eurent pas de peine à exciter l'ardeur guerrière de pareils combattants, aussi inflammables qu'ils étaient crédules. Il sut faire reluire à leurs yeux l'éclat des sous d'or impériaux, marchandise encore rare à la cour de Kiev, malgré tant de butin déjà conquis ; surtout, il leur montra, par delà le Danube, les fertiles plaines bulgares avec leurs villes sans nombre et leur population pacifique de paysans laboureurs. Pas plus que Nicéphore, il ne songeait assurément que s'il était relativement facile d'attirer aujourd'hui vers le sud de pareils batailleurs, il deviendrait malaisé de les renvoyer plus tard dans leur inféconde patrie. Mais, tout en travaillant en apparence uniquement pour son maître, le perfide et ambitieux Chersonitain ne se faisait aucun scrupule de pro-

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