Rambaud, Histoire de la Russie, p
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fiterde l'occasion pour le trahir secrètement et s'occuper de ses propres intérêts à lui. Il semble à peu près certain que, dès cette époque, Kalocyr, tout en sauvant les apparences et paraissant ne négocier qu'une action militaire des Ross contre la Bulgarie, s'ingénia k inspirer secrètement i\ Sviatoslav la pensée de s'emparer définitivement de cette contrée et de l'aider ensuite, lui Kalocyr, à se saisir du trône impérial  Byzance. Il lui promit à cet effet encore d'autres monceaux d'or.
Les Russes poursuivant les Bulgares. Miniature d'un manuscrit «lavon de I* blbUotbèque du Yotloan.
Voyez page ff69.
Sviatoslav était alors bien moins un véritable chef d'Etat que le hardi capitaine de bandes ou droujines guerrières prêtes i\ se ruer partout où elles auraient chance de recueiUir gloire et butin. On conçoit avec quelle ferveur il dut accueillir les avances de Kalocyr. Rien ne le retenait dans sa triste et pauvre capitale, oii sa mère le remplaçait au mieux. Et d'autre part, au delà de ce grand et mystérieux Danube, quelle merveilleuse carrière il entrevoyait ouverte à toutes ses ambitions, à tous les appétits de son peuple! Voici qu'on venait le conjurer de se jeter sur cette Bulgarie, riche d'un commerce immense dès longtemps florissant, riche de cent ans de pillages j\ travers les plus
belles provinces de l'empire grec! Et pour l'exciter à attaquer le royaume que, de son misérable palais des bords du Dnieper, il voyait en rêve tout constellé des dons d'une civilisation déjà bien avancée, on lui offrait de l'or en quantité, en lui en promettant davantage encore quand la Bulgarie serait complètement abattue. Et puis aussi quelle gloire pour les Ross ses enfants, quel superbe triomphe pour ses armes, s'il parvenait à dompter cette nation jadis si puissante, aujourd'hui encore redoutable ! Sviatoslav ne songea pas un instant à rejeter de pareilles ouvertures.
Donc « la nation des Ross, invincible et pleine d'impiété » , se jeta sur la Bulgarie sans défense. Hélas, les historiens byzantins sont presque muets sur les détails des négociations de Kalocyr comme sur les résultats pratiques de sa mission. Sans une phrase unique de la chronique de Nestor nous ne saurions pour ainsi dire rien de cette l)remière attaque de la Bulgarie par Sviatoslav et ses bandes, sur cette première de toutes les campagnes des Russes au delà du Danube.
(( En l'année 6475, dit-elle (date correspondant précisément à cette année 9677 qui vit la mission de Kalocyr), Sviatoslav marcha au delà du Danube contre les Bulgares. Il les rencontra, les battit, et prit quatre-vingts villes au delà du Danube ; il s'établit comme prince à Péréïaslavets et se fit payer tribut par les Grecs. » Et c'est là tout! On voit combien il est difficile, impossible même, d'écrire l'histoire de tels événements, alors que les renseignements contemporains sont d'une si grande pauvreté. Certainement Sviatoslav et ses troupes, pour envahir la Bulgarie, durent prendre le chemin de la mer, descendant le Dnieper en barques, et s'en aller aborder ensuite aux bouches du Danube. Kalocyr accompagnait le prince varègue. Celui-ci ne devait très probablement avoir avec lui que sa seule droujina, peut-être même pas dix mille guerriers \ malgré les exagérations voulues des écrivains byzantins , de Cédrénus en particulier, qui parle de 60,000 hommes ! Le reste de la nation russe, les autres princes varègues, ne prirent, en effet, aucune part à cette première expédition, qui était une entre-