‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 162 sur 237 · M.Tchertkov est de cet avis · texte numérisé non relu

M.Tchertkov est de cet avis

Al DIXIKME SièCLE. 549

prise païuciilirn' de »S\ ihiiim.iv. ires ceiiaiiieiiieni aussi, les Rr»Mats russes s'embarquèrent, sans emmener leurs montures, sur leurs monoxyles étroits, ces barques fameuses creus«'-es cliacune dans un seul tronc d'arbre. Une fois débarqués en liulgarie, \U s'emparèrent de» chevaux du pays, et coml)attirent alors souvent montés. C'est ainsi du moins qu'ils sont figurés dans les bien curieuses miniatures de la traduction manuscrite bulgare de l'historien Manassès, oîi sont représentés les combats des Grecs, des Bulgares et des Ross'.

Ce fut au mois d'août de cette année 967 que les envahisseurs du nord débarquèrent ainsi quelque peu au sud des embouchures du Danube. Leur arrivée semble avoir été si subite que le czar Pierre fut pris très au dépourvu. Cependant trente mille Bulgares, rangés sur le rivage, tentèrent de les repousser; mais ces hommes sans peur, qui ne craignaient, disaient-ils, qu'une chose, c'est que le ciel tombât sur leurs têtes, se précipitèrent de leurs barques comme des loups furieux ; ils coururent à l'ennemi, la lourde épéeau poing, cachés sous leurs gigantesques boucliers, entonnant d'une seule voix leur terrible chant de guerre, a qui faisait mourir de peur jusqu'aux oiseaux des cieux ». Pris d'épouvante en face de ces diaboliques adversaires, de « ces démons qui, dans leur fureur odinique, prenaient plaisir à leurs propres blessures », les Bulgares, sans tenter le combat, s'enfuirent éperdus jusque derrière les nmrs de leur forteresse de Derstr^ l'antique Dorostol, aujourd'hui Silistrie. Telle fut la panique qu'au dire des chroniqueurs byzantins, le czar Pierre, ce pieux souverain d'humeur très dél)onnaire, conçut contre ses soldats une fureur si grande qu'il en fut sur l'heure frappé d'apoplexie. Depuis, il ne fit que languir jusqu'A sa mort.

1. Voy. les vignettes des i)ages 567, 571, 573, 575, etc. Ce i>n:-cicui manuscrit de la traduction bulgare de l'histoire en vers écrite parle chroniqueur byzantin Manasscs »e trouve conserré à la bibltothiqa* du Vatican (manuscrits slaves, n" 2). Il est du milieu du quatorzième siècle, maù la traduction ori^nalfi est du douzième. Les miniatures que ce volume renferme sont de» plu» cnrienset. Plualeur» reprétentent les combats des Ross contre les Bulgares ou contre le* soldats de Nicèphore ^OOM «tde J«ui zimiscès. Ce manuscrit du Vatican a été décrit, entre autres, dans un article sur len manuMlita sloriaM de 1.1 bibliothèque du Vatican Inséré dans le Journal du MiniHirt de rimirHction pMiqna rwM, t. XXII, 2, 1839, et par M. Vestckov diins la Dticript'wn dt* mammcriu du Mtuie Rtmmia»t909, k Moscou. Cette dernière description est faite d'après une copie exécutée par Stiundnaim du manuscrit du Vatican, copie déposée dans ce musée Iloumiantzov sous le n» 2»'.9.

KMPKUEUB BYZAXTIX.

Il n'y eut plus nulle part de résistance. Toute la Bulgarie du nord fut conquise en quelques jours. Derstr tomba aux mains des Ross avec beaucoup d'autres cités' qui furent détruites de fond en comble, Pereïaslavets devint la base d'opération de Sviatoslav. Cette forte place était située sur le bras méridional du delta du Danube ; il en subsiste encore quelques traces aujourd'hui, à l'orient de Toultcha, près du village de Preslav ". Il ne faut pas confondre cette ville avec son homonyme plus méridionale, la grande Pereïaslavets, résidence des souverains bulgares dans le Balkan, aujourd'hui Eski Stamboul. C'était dans cette dernière cité qu'avait pour lors pris refuge le malheureux czar Pierre, presque agonisant déjà au bruit de la chute de ses forteresses.

Cette prise de possession de la Bulgarie du nord ou Bulgarie danubienne par les guerriers de Sviatoslav se fit avec une rapidité extraordinaire. Toutes les grandes forteresses de cette région,. Belgrade entre autres, Widdin, outre Silistrie, tombèrent dans leurs mains. Tout fuyait devant ces Ross terribles qui s'en allaient par les plaines immenses, massacrant par pur plaisir, qui crucifiaient, empalaient les prisonniers, qui prenaient joyeusement leurs victimes pour but de leurs flèches et s'amusaient après boire à leur enfoncer des clous dans le crâne. Jamais les paisibles paysans bulgares n'avaient vu rien de pareil. L'épouvante de cette première invasion fut horrible. Dans un vieux manuscrit bulgare auquel j'ai fait allusion plus haut ^ et qui n'est que la traduction de la chronique grecque de Manassès, le traducteur, après avoir décrit les terribles pillages et massacres des Russes de Sviatoslav lors de leur seconde invasion en Bulgarie, a cru devoir illustrer son récit par de bien curieuses miniatures. Sur l'une d'elles, des cavaHers cuirassés, armés de la lance et du bouclier (les Ross), se précipitent sur d'autres combattants qui fuient éperdus ; ceux-ci, les Bulgares, sont armés

1. Quatre-vingts, d'après les annalistes russes. Cette affirmation semble à M. Drinov une simple réminiscence d'un passage de Procope.

2. Chronique de Nestor, éd. Léger, p. 350. — Hilferding, op. cit., p. 12S), note 1, l'identifie à tort avec Routchouk. Onl'appelaitla petite Pereïaslavets, par opposition avec l'autre Pereïaslavets, dite «la grande», l'ancienne Mégalopolis ou Marcianopolis, près de Schoumla, qui était la capitale même de la Bulgarie.

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