‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 169 sur 237 · Lettre en date du 18 janvier 9G · texte numérisé non relu

Lettre en date du 18 janvier 9G

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voir été joué, quitter précipitamment Capoue et iiiarclier avec t«iut.son armée par l^Miévent sur l'Apulie byzantine. Dès le moi» de niar», il se trouvait sous les remparts de liari et mettait incontinent le siège devant cette forte place, véritable capitale des pOHsewiions grecques en Italie'.

Certainement remperdui d'Ail«-m.i-iiL- se figurait que les str. grecs, surpris par cette brusque attaque, n'duits à leurs seuluh i.nsources, privés des instructions du Iksileus, n'oseraient lui tenir tête. La conquête rapide de ce thème de Longobardie lui semblait chose facile, et son idée, maintenant que les négociations traînaient en longueur, avait été de mettre toutd'abord la main sur cette province pour s'en servir comme de garantie dans ses rapports futurs avec Nicéphore. Cette brusque agression, alors que les deux empires étaient, du moins officiellement, en état de paix profonde, constituait un acte de flagrante déloyauté, mais les gouvernants du dixit-me siècle n'en étaient pas à s'arrêter pour si peu. Otlion, auquel tant d'entreprises autrement considérables avaient réussi, ne pouvait s'imaginer que cette forteresse, livrée à elle-même, lui opposerait quelque résistance sérieuse. Pour la suite, il comptait sur les circonstances. Surtout, il aimait A se persuader que Nicéphore, ayant déjà tant d'affaires considérables sur les bras, tant vers le Danube que du côté de la Syrie , se résignerait iV accepter le fait accompli, quelque humiliant qu'il fût, plutôt que de risquer une aussi terrible aventure qu'une guerre générale avec le puissant empereur germanique. Cette attaque de Bari en pleine paix, était, jo ]o n'jx'-tc,

1. Il avait préalablement conclu des conventions avec Pantlolfo Tête de Fer et Oi«uIfi d^ ^jLmjc, qui était venu, lui aussi, le trouver & Capoue, conventions destinées à Si>8iirer ses derrières arsnt qu'il ne s'enfonçât en terre byzantine. — Il y eut entre lui et Gisulfe surtont échange de cadeanx et de boooei paroles, maLs il ne parait pas avoir été question d'une investiture accordée par loi à ce prince ni d'un serment prêté par celui-ci. Gisulfe rentrai Saleme aussitôt apri-s. Un voyage d'Otbon à Kaplas, sifBaM par la Chronique de Naph», doit peut-être aussi être reporté & cette date (roy. Doninigts, «p. fil., p. 14(J). Il est tout naturel que l'empereur allemand, avant de se lancer à laoonqvéte des piOTiaeMd* l'extrême sud, ait cherché à se créer des points d'appui à Naples, à Capooe, 4 B^iéreat, «t à ftJan*, tout au moins à obtenir la neutralité de tous ces petits Éuts. Leur situation entre Icadeu belUff6rants eût pu rendre leur hostilité très dangereuse aux Allemands. L'occu]>ation de C^woe ctBéaérent par un tiers eût pu couper toute retraite à l'armée imi)ériale. Mais il n'y eut pas d'aUiaact déflaltire conclue entre l'empereur germanique et ces principautés. C'est «ans doute même cet état poIitiqtM û incertain qui fut cause que les entreprises des Allemands dans ces régions n'abontitvnt à anoni réealtat durable.

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un acte indigne, mais Nicéphore, il faut bien le dire, n'eût pas agi autrement à l'occasion. Sa conduite à cette époque contre les Bulgares le prouve surabondamment.

Je suis forcé de faire de ces événements le récit le plus succinct. Les sources pour l'histoire de cette époque en Italie font presque complètement défaut. Sur ce siège de Bari, fait très important, nous possédons seulement deux ou trois lignes de la chronique dite du protospathaire Lupus, de celles de Salerne et de la Cava, plus trois à quatre mots du récit de la légation de Luitprand.

Le projet d'Othon était donc d'une grande simplicité. Après la prise de Bari, il comptait mettre rapidement la main sur les deux thèmes grecs d'Italie et les conserver par devers lui en attendant qu'il pût les obtenir pacifiquement par le mariage tant désiré de son fils avec la princesse Théophano. Il espérait ainsi forcer la main à Nicéphore en s'emparant d'abord violemment du plus beau fleuron de cette dot royale que, dans sa pensée, la jeune Porphyrogénète devait apporter à son impérial fiancé. Contre toute attente, son entreprise échoua dès le début.

L'empereur d'Allemagne s'était trompé sur la résistance que pouvait lui opposer la ville de Bari. Nous n'avons aucun détail sur les péripéties du siège. Nous savons seulement que les guerriers teutons et italiens d'Othon éprouvèrent un échec complet. Bari n'était du reste pas une forteresse à dédaigner. La mer lui faisait une sûre défense. Une double et puissante muraille la protégeait du côté de terre. Jadis, alors qu'elle était aux mains des Sarrasins, elle avait opposé une résistance vigoureuse à un autre césar allemand, Louis II, qui avait fini cependant par triompher d'elle. Retombée en 875 seulement aux mains des Byzantins, elle avait toujours été depuis leur première place de guerre en Italie. Ce fût pour l'orgueil germanique un affront bien pénible que la résistance victorieuse de cette cité perdue à l'extrémité de la péninsule italienne, alors presque entièrement soumise î\ l'empereur du nord. Probablement, grâce à la prévoyance toujours en éveil de Nicéphore, les remparts de la capitale du thème de Longobardie se trouvaient en bon état de défense. Probablement aussi la garnison en était nombreuse et bien choisie, commandée par quelque

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Denier d'argent pontldc»! fnppé A EooM mu dn pape Li-on VIII et de rcaperear Otbon I**.

stratigos, chef consoinmé, dont nous ignorons malheureusement le nom. (Jertainenient aussi la population de la ville, entièrement grecque d'origine comme de coutumes, passionnément attachée A lanière patrie malgré tant d'aventures cruelles, i)r. ,i défense un concours

énergique. Puis, l'armée d'Otlion semble avoir été peu nombreuse. Le» Allemands croyaient à un simple coup de main. Ils se virent en face d'un siège en règle, siège que l'absence de flotte leur rendait imi)ossible. Après un long mois passé en combats inutiles, le fier empereur et ses guerriers bardés de fer durent s'avouer vaincus et roprî?">if î-iitement la route du nord. Ce dut être pour Otlion une douleur profonde, car il avait avec lui les plus vieux soldats de ses armées, héros de dix campagnes, ses Saxons, ses Souabes, ses Bavarois. Sa femme, l'impératrice Adelheid, et son jeune fils, l'accompagnaient.

D'aussi humiliants échecs inspirent la prudence, même i\ un conquérant presque toujours heureux comme Othon l'avait été jusqu'ici. Renonçant à ce projet aventureux de parfaire les armes à la main la conquête de l'Italie méridionale, l'empereur d'Allemagne en revint à son plan favori d'obtenir les provinces byzantines de la péninsule par le mariage de son fils avec la fille de Romain, et prêta volontiers l'oreille aux avis d'un de ses plus anciens et plus aimés conseillers, un des plus écoutés aussi, qui s'était (Jjjs longtemps fait auprès de lui le champion de cette politique de paix vis-à-vis de Byzance. Luitprand, évêque de Crémone, avant de passer au service de l'empereur d'Occident, avait jadis fait t\ Constantinople un long et brillant séjour en qualité d'ambassadeur du roi Béranger auprès du Basileus Constantin VII. Il avait été reçu à merveille et nous a laissé un piquant récit des cérémonies curieuses et splendides auxquelles il assista à cette époque. Depuis longtemps il s'offrait à Othon pour retourner A la cour d'Orient y négocier le mariage de son fils et la cession des thèmes itahens. Confiant dans sa connaissance approfondie de la langue et des coutumes de Byzan*- 'nnfiant

aussi dans les relations qu'il avait conservées depuis sa première mission à Constantinople, il se porta fort auprès de son maître d'obtenir de la cour du Palais Sacré les deux provinces d'Apulie et de Calabre en échange de cette union, qui, d'après lui, devait si fort caresser l'orgueil du Basileus et de son entourage. Il se flattait de réconcilier ainsi les deux grands empires. On verra comme le pauvre évêque se trompait lourdement. Pour le moment il réussit à persuader Othon, qui le fit partir aussitôt pour Constantinople chargé des plus riches présents, tandis que lui regagnait l'Italie du nord. Dès le 4 mai on retrouve le cortège impérial en route pour Rome à Civita di Penne, dans les Abruzzes.

La nomination de l'évêque de Crémone à cette délicate mission a été une bonne fortune pour l'histoire. Il nous a laissé de son ambassade à Constantinople une relation célèbre, qui est certainement un des documents contemporains les plus précieux sur les événements de cette époque, le seul qui nous donne les plus piquants détails sur la cour de Nicéphore.

Le Lombard Luitprand était un prélat fin et lettré, d'une culture très remarquable pour l'époque, diplomate habile, orateur éloquent. N'étant encore que diacre, il s'était, on l'a vu, rendu une première fois à Byzance, en 949, en qualité d'ambassadeur du roi Bérenger d'Italie auprès de Constantin VII le Porphyrogénète ', et le récit qu'il nous a laissé de cette première mission dans le VP livre de sa fameuse Antapodosis, histoire des faits et gestes des empereurs , roi^ et princes de l'Europe depuis les dernières années du neuvième siècle jusqu'à la moitié du dixième, est également un des documents les plus importants sur l'histoire, la cour, et les mœurs byzantines au dixième siècle.

Plus tard, tombé en disgi'âce, persécuté par Bérenger, exilé en Allemagne durant de longues années, il s'était des premiers parmi les Italiens rallié au roi Othon et n'avait pas peu contribué à décider ce

1. Le père même de Luitprand avait déjà été ambassadeur du roi Hugues d'Italie à Constantinople, auprès de Romain Lécapène. C'était une vraie famille de diplomates.

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prince à intervenir dans les affaires de la pt'ninsule. Otijon eut le mérite d'apprécier ses rares qu.ilités et de les mettre à profit. Il le nomma àbs 9G1 1\ l'important évêché de Crémone et l'emmena À Rome j\ sa suite. Luitprand ne le quitta guère dès lors durant ses longs sejours d'Italie. Nous avons vu quel fut le rôle du prélat à la grande assemblée du mois de novembre 9G3, dans Saint-Pierre. Il se trouva ainsi activement mêlé à tous les événements si nombreux dont la péninsule fut le théâtre à cette époque. En automne de l'an 965, il prit part comme plénipotentiaire de l'empereur A l'élection du pape Jean XIII. En avril 9G7, on le retrouve à l'assemblée tenue par Othon et le pape à Ravenue. Il paraît aussi avoir accompagné l'empereur dans son expédition malheureuse contre Bari ; du moins, il semble li peu près certain d'après une phrase assez obscure de son récit, que ce fut sur ^°'*' d'argent ponufloi frappé mx bom

' ^ d'Otbon I" H du p«pe Jeu XIII.

son instante prière que le prince se

décida à lever le siège de cette ville et à reprendre les négociations avec les Grecs. Il est probable que dès ce moment Luitprand servit d'intermédiaire entre les belligérants. Son premier sé^jour à Constantinople, la connaissance parfaite qu'il avait des choses byzantines, les nombreuses et excellentes relations qu'il avait conservées dans la Ville gardée de Dieu avec de nombreux primats grecs, le marquaient tout naturellement pour ce rôle. Tout naturellement aussi il se trouva désigné du même coup pour être l'ambassadeur chargé de ramener paix et amitié entre les deux cours. Très vraisemblablement il s'offrit de luimême pour cette mission, comptant sur ce qu'il avait tant pratiqué ces Byzantins subtils , si difficiles à manier. Il est probable que ce fut de Bari même, ou peut-être du port voisin de Brindisi, qu'il s'embarqua pour Constantinople, fort peu de temps après la levée du siège et la retraite d'Othon vers le nord, événements qui se passèrent en avril. Dès les premiers jours de juin, en effet, il se trouvait rendu aux portes de Byzance, au terme de sa course, et, à cette éi>oque, nous le verrons bien par le récit même de son retour, le voyage d'Italie à

Constantinople, qui se faisait d'ordinaire en grande partie par terre sur territoire byzantin, àcause de i'rnsécurité de la mer, duraitdes semaines entières, quand ce n'était pas des mois.

La narration que Luitprand a faite de cette seconde mission à Constantinople est rédigée sous forme de lettre ou de rapport adressé après le retour en Italie à l'invincible empereur Otlion, à sa femme la très glorieuse impératrice Adelhèid, et à son fils le second empereur *. Ce récit, malgré la haine violente contre les Grecs qui éclate à chaque ligne, présente une importance si grande, un intérêt tellement extraordinaire, il nous renseigne exactement sur tant de faits que nous ne pourrions connaître autrement, que je ne saurais hésiter à le reproduire presque en entier. Luitprand écrit dans le style affecté, exagéré, prétentieux, ampoulé, d'un lettré du dixième siècle. Sa narration est émaillée de lourdes réminiscences classiques. En même temps il se montre le type du parfait courtisan. Il ne trouve pas d'expressions assez fortes pour caractériser sa dévotion aux puissants princes dont il est le très humble serviteur et pour célébrer leurs vertus. Il ne néglige pas une occasion de faire valoir les services qu'il leur rend avec une si parfaite abnégation de lui-même. Son récit, au point de vue historique, paraît être d'une réelle exactitude ; les événements sont rappelés avec soin à leur date précise. Cei)endant une très importante réserve est à faire. Luitprand, qui en était demeuré aux souvenirs de son premier voyage à Constantinople, et qui comptait très certainement sur une réception des plus favorables, fut, tout au contraire, fort mal accueilli. Tout était bien changé au Palais Sacré. En place du pacifique Constantin, il trouva le rude Nicéphore et sa cour guerrière exaspérés par les procédés d'Othon en Italie et par sa récente attaque contre Bari. On le reçut

1. LuHprandi ad Nicephorum Phocam hnperatorem ConstantlnopolUanum pro Ottonihus auguslls et Adelheida. Je renvoie ceux qui désirent connaître plus en détail l'évêque de Crémone et ses célèbres écrits historiques au travail de Kœpke intitulé : De vita et scriptis Luldprandi episcopi Cremonensis commentatio hutorka, Berlin, 1842. — Voyez aussi dans le tome V des Monum. Germ., la préface de Pertz en tête de VAntapodosU et de la Legatio. — Voyez encore l'avant-propos (pp. 488-516) et les notes à la traduction de la Legatio donnée par S. Zampélios dans ses Byzantinai meletai. Outre les sept livres de VA)itaj)odosh, dont un est perdu, et le récit de l'ambassade de 9C8, Luitprand a encore écrit une histoire d'Othon le Grand. L'unique manuscrit connu delà Legatio, qni a. servi à établir la première édition parue à Ligolstadt en IGOO, et qui était consei-vé à Trêves, est aujourd'hui perdu.

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comme un fâcheux, comme un esj.ion, presque comme on ennemi; on

Évêque latin et roi d'occident du x« siècle. Types des costumM épUoopal et royftl de t'époqu*. Ulatatare iTon — wcrit <lu x" Aix-\c de la bibliothèque de Saint-Omer. D'^nèt l'oorrage da M. d« Uefmr Altmcck : T/wAmi 4r«

le tint durant tout son sojoiir dans une dt;iiii-(.ai'iiviH' kti [)vnil»le;il n'y evi ' m^ d'IunniliatioïKiu'on ne lui infligeât; chacune de ses entre-

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