‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 171 sur 237 · Voyoz page · texte numérisé non relu

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trevues orageuses de Nicépliore avec Luitprand, dont je vais donner le récit, toutes celles où il se fit remplacer par son frère ou ses ministres, se ressentent de ces deux courants d'impressions contraires qui agitaient en ce moment lés esprits à Byzance. On se vengeait des conquêtes et des orgueilleuses prétentions d'Otlion en l'accablant d'injures sur le dos de son infortuné légat ; mais, en même temps, on ne pouvait se décider à laisser repartir celui-ci sans avoir conclu avec lui quelque arrangement conciliable avec la dignité impériale et évité ainsi de créer entre les deux monarchies un état d'hostilités déclarées. On espérait toujours, en tourmentant, menaçant et terrifiant le pauvre évêque, finir par obtenir de lui quelques concessions au nom de son souverain à la fois si provocateur et si gênant.

Je reproduirai du mieux qu'il me sera possible tout ce précieux récit de Luitprand. L'évêque de Crémone fit, le jeudi 4 juin, son entrée dans la Ville gardée de Dieu. Il avait probablement débarqué au port suburbain de l'Hebdomon, après avoir longuement suivi la route de terre depuis Lépante, comme il le fit au retour en sens inverse. Il ne nous dit point s'il trouva la capitale grecque fort changée depuis les temps fortunés de sa première ambassade, dix-neuf ans auparavant. Dès ce premier jour, l'attitude résolument hostile et délibérément injurieuse du gouvernement byzantin se dessina très nettement. Dès les premières lignes aussi du récit de Luitprand, éclatent la rancune inexorable, la haine violente, grotesque à force d'exagération, qu'inspirèrent au malheureux légat et à sa suite les mille ennuis, les injures calculées, les défiances voulues auxquelles ils furent sans cesse en butte durant tout leur séjour de la part de la cour et des autorités impériales. Cet accueil si inattendu, si différent de celui d'autrefois, paraît avoir de suite déconcerté le vaniteux prélat.

Le 4 juin donc, Luitprand et ses compagnons ' se présentè-

1. Nous apprenons par Luitprand que cette suite, outre divers secrétaires et gens de service, comprenait cinq de ces gardes du corps, nommés leones, qui jouaient un grand rôle dans les coiirs du dixième siècle, principalement dans celle d'Allemagne. Ces hommes, sorte deùrari de l'époque, triés avec soin, brutes gigantesques, d'une force prodigieuse, étaient dressés à soutenir en toute circonstance l'honneur de leur maître et la vérité de son dire dans les combats singuliers, jugements par les armes déjà de mode dans ces temps si rudes.

KIÈMK SIÈCLE.

rent k cheval î\ la porte Dorée '. Ils comptaient sur une réception mlennelle. Grande fut leur déception. Il n'y avait pour le« accueillir ni haut fonctionnaire ni cort^ge d'apparat. On les fit attendre derrière la porte fameuse jusqu'à cinq heures du soir, sôus une pluie battante; puis, injure inouïe pour les ambassadeurs de l'illustre empereur d'Occident, on les força à descendre de leurs montures, et, sans appareil aucun, on les conduisit i\ j)ied, par des chemins abominables, i\ une distance énorme, au « palais de marbre », qui leur avait été assigné pour demeure. Luitprand nous a laissé la plus lamentable description de ce prétendu palais au nom sonore et des souffrances, des vexations que lui et les siens y endurèrent constamment pendant les quatre mois que dura leur séjour. C'était une immense et misérable baraque de pierre, délabrée, ouverte à tous les vents; on y gelait par le mauvais temps ; la pluie et la tempête s'y engouffraient; en revanche, dès que le soleil brillait, on y étouffait, ses rayons pénétrant partout; aucun confort ; pas l'ombre d'une at-

Guerricr latia dn x* éMe, d'sprte tmtMr* du tottim* d« 3. QnieiMnt.

tention.

Dans cette vilaine et malsaine demeure, fort éloignée du râlais Sacré, l'ambassadeur et les siens furent traités dès leur arrivée en véritables prisonniers. Des gardes grossiers, probablement des soldats barbares des hétairies, placés, l'arme au poing, à toutes les-issues, sous prétexte de veiller t\ leur sécurité, les empêchaient de circuler à volonté ou de communiquer avec qui que ce fût. Ils ne pouvaient sortir sans une autorisation formelle. De même, personne ne pouvait leur rendre visite '.

1. Le texte porte sans doute par erreur : Porta Carea. ,x^rt„„ a^ Lounrmou

2. De tout ifrécit qui va suivre, de toutes les circonstance, dan. le«iaeU« !• l*f»tk« de L-np™»-

Les infortunés n'eurent même pas, pour se consoler quelque peu, les jouissances d'une bonne table. Ce fut là un grief terrible pour ces estomacs délicats, et Luitprand revient bien souvent sur ce sujet pénible dans ses doléances comiques. Le chapitre des boissons laissait surtout fort à désirer. Le pauvre évêque, qui, cependant, depuis son premier voyage à Constantinople, devait bien savoir à quoi s'en tenir, ne pouvait pardonner aux Grecs leur vin exécrable, mal fabriqué, imbuvable mixture de plâtre, de résine et de poix, que connaissent bien ceux qui, même de nos jours, ont quelque peu fréquenté les terres helléniques. La prison de l'ambassade était même entièrement dépourvue d'eau. Luitprand et sa suite en étaient réduits à acheter fort cher à des porteurs ambulants celle qu'ils buvaient. On leur avait imposé comme maître d'hôtel et bien plutôt comme geôlier et espion en chef un Sicilien nommé Michel, qui les exploitait abominablement. « Il faudrait, s'écrie douloureusement l'évêque, descendre aux enfers pour retrouver un drôle de cette espèce. » Il n'y eut pas de rapine, pas d'extorsion dont cet exploiteur officiel ne se rendit coupable envers les pauvres Latins confiés à ses soins. Il épuisa jour après jour pour eux la coupe des vexations de cuisine et d'office.

Deux jours après son arrivée, le G juin, qui était le samedi avant la Pentecôte, l'ambassadeur d'Othon obtint une audience au Palais Sacré. Il lui fallut franchir, toujours à pied, une distance énorme par les plus horribles chemins, et ce supplice odieux, pour des hommes accoutumés à toujours chevaucher, fut imposé à chaque audience à lui et à ses compagnons. Bien que Luitprand n'en parle point, il est probable aussi que cette longue promenade à travers une population grossière et uniquement hostile ne- dut être rien moins qu'agréable. L'évêque dit seulement que lui et ses compagnons arrivèrent au Palais absolument essoufflés, ce qui se conçoit d'autant mieux que les rues

avait été décidée, il résulte bien clairement qu'en dehors des négociations matrimoniales officielles, Lmtprand avait été chargé par son maître d'une mission d'information secrète et minutieuse. Il devait examiner l'état vrai de la puissance byzantine, scruter ses forces militaires, juger de la solidité du trône du nouveau maître de Constantinople. Ceci n'échappa naturellement point à l'attention soupçonneuse et toujours en éveil de Nicéphore et de ses conseillers. Voilà pourquoi Luitprand et sa suite furent traités comme des prisonniers, gardés à vue durant tout leur long séjour. On les traita en véritables espions qu'ils étaient.

AU DIXIÈME 8IÈCLK.

par lesquelles ils passèrent devaient ce jour- h\ se trouver dans un <f"tat affreux. Précisément la nuit précédente, une pluie diluvienne était tombée sur Constantinople. L'averse dura trois heures avec une si effrayante violence que Léon Diacre, témoin oculaire de ce phénomène, lui a consacré tout un paragraphe de sa chronique '. De neuf heures du soir î\ minuit, de telles masses d'eaux tombèrent que la plupart des édlBces publics furent ]tn'«qnf i!ist?n!t'«'«'""-fit inondés, toutes les toitures traversées, les rues transformées en torrents impétueux entraînant les hommes et les animaux. Le peuple de Byzance, ce peuple de superstitieux, crut à un nouveau déluge, fruit de la colère céleste, et la nuit se passa au milieu des cris et des larmes, au bruit de cette tempête sans précédents. Ce fut donc par des ruelles profondément ravinées, par des fondrières sans nom dont peuvent seuls se faire une

idée ceux qui ont parcouru en temps de pluie les quartiers perdus et escarpés de la moderne Stamboul, que le pauvre évêque de Crémone et sa suite lamentable, crottés et furieux, durent gagner le Palais Sacré. Le grand papas ou portier chef n'en ouvrit vraisemblablement qu'en grognant très fort les portes doré»es et les grilles massives aux Latins maudits.

Les ambassadeurs d'Othon s'attendaient à être reçus de suite par le Basileus en personne ; mais, nouvel affront, le glorieux empereur de-

Qacrricr latin da z* >lècl«, d'aprè* TtlUoin dm 0-himt de J. Qnicherat.

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