‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 174 sur 237 · En grec Stéphano · texte numérisé non relu

En grec Stéphano

3. M. Bro3set, dans Lebeau, op. cit., t . XIV, p. 84, note 1 , dit qne pamii 1m prèMoU olhfU à Tcaiperear étaient quatre esclaves entièrement mutilés, sorte d'eunuques de trô« gnnd prix. J'«l ▼■inemant i«Jurché la source de ce détail curieux qui ne figure point dan» le texte de Luitprand. M. Bro«ct «joute cet» phra.se :« La ville de Verdun était en iwssewion de ce commerce. Dan». //••'. ■'' !■-•«•■'. i I i-- "••• »

KMl*KRKUn DYZANIIX.

mon noble empereur, ô ma chère impératrice, )) clame le pieux courtisan dans son naïf désir de plaire ; (( combien vous êtes plus beaux, plus aimables, plus civilisés! d

Nicépliore reçut l'envoyé d'Othon assis sur son fameux trône d'or élevé sur des degrés. A sa gauche, mais quelque peu en arrière, étaient assis les deux jeunes Basileis, fils de Romain, « autrefois ses seigneurs, aujourd'lmi ses humbles esclaves ». Ce détail précis nous en dit plus long que bien des chapitres sur la situation vraie du régent et ses rapports avec les petits souverains légitimes. Il était bien le seul maître véritable.

L'entretien entre le souverain d'Orient et l'envoyé latin ne fut pas de forme plus aimable que ne l'avait été celui de la veille avec le curopalate Léon. Nicéphore était, semble-t-il, dans un état complet d'exaspération par suite des récents événements d'Italie, surtout par suite de l'attitude prise par Othon vis-à-vis de ses anciens sujets à lui , les princes longobards du centre de la Péninsule. Il interpella, lui aussi, fort violemment l'évoque, dont le récit naïf nous ouvre un jour fâcheux sur la tenue de ces entrevues politiques si fréquentes à Byzance, entrevues que la menteuse étiquette officielle s'ingéniait constamment à présenter sous l'aspect le plus aimable, le plus courtois, alors qu'en réalité on s'y disait de gros mots et qu'elles ne consistaient souvent qu'en disputes violentes d'interlocuteurs grossiers, irrités jusqu'au paroxysme, gonflés de griefs réciproques impatiemment supportés par ces natures brutales.

(( Il eût été de notre devoir », commença Nicéphore s'adressant à l'évêque , <( il eût été de notre désir de te recevoir avec cordiaHté et magnificence. La conduite inique de ton maître ne nous l'a pas permis. )) Et aussitôt, accumulant les griefs, s'échaufFa«t à mesure, le guerrier rude, ignorant de toute délicatesse de langage, incapable de retenue, se "mit à passer en revue tous les actes récents d'Othon en Italie, qu'il regardait comme autant d'attentats à ses droits imprescriptibles. Avant tout il se plaignit amèrement de ce qu'il appelait l'odieuse invasion du territoire et de la ville de Rome, des cruels supplices infligés par le souverain occidental aux nobles Romains, chefs de la faction hos-

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tile aux Allemands, de toute sa conduite enfin vis-à-vis du roi Bérenger et de son fils Adalbert, qu'il consid^'-rait encore 8ui>erbement comme se» protégés i\ lui. Il alla juscju'à accuser, de bonne foi peut-^tre, remjiereur d'Allemagne d'avoir fait mettre à mort l'ex-roi d'Italie et son fils. Les communications, en ces temps très troublés, étaient si rares que Nicéphore pouvait fort bien ignorer que les deux princes étaient encore alors parfaitement vivants, l'un prisonnier en Allemagne, l'autre errant, exilé.

L'empereur reprocha encore avec violence, et cette fois avec plus de raison, à son collègue allemand son agression injustifiée contre les cités byzantines de l'Italie méridionale, contre Bari en particulier. Il termina cette diatribe étrange en prenant directement à partie l'évêque, qu'il accusa d'avoir été en toutes ces circonstances l'ardent et perfide conseiller d'Otlion *. « C'est i)arce que ton maître a échoué dans ses entreprises 8«>«" <>'otboii i", «i*«i«*« roQ-

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déloyales contre mes provinces italiennes qu'il "»«»»* - KwHmrvmMàt* étr t'envoie aujourd'hui chez nous sous de fallacieux prétextes d'amitié, dans le but unique de nous espionner! >

Luitprand, nullement désarçonné par ce discourtois langage, se défendit avec une extrême vivacité, presque avec insolence, si du moins nous en croyons son récit, peut-être un peu bien complaisant. Peut-être bien, en effet, ne parla-t-il pas en réalité tout à fait aussi haut qu'il veut bien le dire dans cette narration rédigée à seule fin de se faire bien venir de ses souverains. Quoiqu'il en soit, il répondit certainement avec une rude franchise tout occidentale aux accusations de Nicéphore. « Mon maître, dit-il, bien loin de faire peser, comme il te plaît de le dire faussement, sur la cité romaine un joug tyrannique, est venu -^ elle comme un sauveur pour la délivrer de l'insupi^rtable esclavage des courtisanes et des débauchés '. Durant tout ce temps,

1. On se rappelle le rôle d'accusateur publicjoné par Luitprand lors de l.id.po-iton m ; -; a XIl

2. Allusion au long règne scandaleux des Théodora et des MaroMc. ninsi 'lu 'i li cur i;>.u.,;. du pape Jean XII.

que faisait ta puissance impériale? Elle sommeillait, ô Nicéphore! comme aussi a sommeillé celle de tes prédécesseurs. Comme toi-même, ils n'ont été empereurs romains que de nom, jamais de fait. »

Le bouillant éveque poursuivit sa harangue sur ce ton, reprochant ironiquement à Nicéphore de n'avoir rien fait pour venir en aide à cette grande cité qu'il persistait à réclamer comme sienne, d'avoir laissé les papes légitimes se débattre au milieu des misères de tout genre, des scandales, des usurpations et des séditions, d'avoir toléré sans mot dire l'attitude insolente prise à certains moments contre Byzance même par Adalbert et son parti. « Ce que vous n'avez osé faire, s'écria-t-il, mon maître Othon l'a fait. Il a franchi les monts ; il est venu jusqu'à Rome pour y ramener la paix, l'ordre et l'équité, pour y rétablir en toute sécurité le successeur légitime du prince des apôtres. C'est très justement qu'il a châtié les rebelles dont tu prends à tort la défense, ô Nicéphore. C'est très justement aussi qu'il a déposé le roi Bérenger et son fils, ses serviteurs infidèles auxquels il avait remis le glorieux sceptre du royaume d'Italie, et cela en présence des propres envoyés de ton prédécesseur l'empereur Constantin, qui sont encore aujourd'hui vivants dans cette cité pour témoigner de ces faits. Poussés par le malin, ces deux princes ont osé se soulever contre mon maître. Il a dû les châtier. Tu n'aurais pas agi autrement avec des sujets révoltés. — Mais, interrompit Nicéphore, un envoyé du marquis Adalbert, qui est à notre cour, soutient que les choses ne se sont point passées ainsi. Il maintient énergiquement la légitimité des droits de son maître à la couronne d'Italie et affirme que le tien n'a rien à y voir. — Il en a menti, répondit hardiment l' évoque, et chacun des hommes de ma suite ' est tout prêt à soutenir dès demain contre lui mon dire en combat singulier si tel est ton bon plaisir. — Soit, j'accorde que tu aies raison, » interrompit à nouveau l'empereur avec impatience, <( passons à autre chose. De quel droit le souverain de Germanie s'est-il permis d'envahir nos terres d'Italie, d'assiéger nos cités alors que nous étions si bien en paix avec

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