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lui, qu'il n'était, à ce moment même, entre nous, question que d'unir plus étroitement nos deux couronne»» par les liens du mariage? i En faisant ainsi directement allusioi l^'ge injustifié de Hari «lui avait
été pour les Grecs une si o<lieusc surprise, Nicépliore donnait tretien une tournure des plus menaçantes. CejK'iidant Luitprand, dans sa réponse, n'y alla pas par quatre chemins. ^ «lue d'irri-
ter encore son impérial interlocuteur, ])eu accoutumé a ccite franchise de langage, il posa nettement la question si brûlante de la souveraineté sur les thèmes italiens. « Ces cités que tu réclames, dit-il à l'empereur, ne t'appartiennent en aucune manière. Toutes font partie intégrante du seul royaume d'Italie. Tout en elles, hahitants, langue et coutumes, est italien '. Les Longobards les ont d'abord conquises. L'empereur Louis les a arrachées ensuite aux mains des Sarrasins'. Il n'existe plus aucun titre sur lequel les empereursde Constantinople puissent baser leurs prétentions sur ce pays. Les quelques places de Pouille et de Calabre qui sont encore entre vos mains, constituent pour vous une charge onéreuse dont il serait de votre intérêt de vous défaire. )> Ce petit cours d'iiistoire, légèrement fantaisiste, était en sonnne le comble de l'impertinence, quand on songe que Luitprand le débitait au chef suprême de cet empire d'Orient qui n'avait jamais cessé de posséder une portion de l'Italie méridionale, et qui avait constamment et énergiquement maintenu sur celle qui lui avait échap|)é par le sort des armes, ses prétentions aussi imprescriptibles qu'elles étaient anciennes. L'idée de renoncer k leurs droits sur des contrées qu'ils avaient perdues depuis des siècles ne venait même pas aux ByzantiiLs. Comment Nicéphore, ce glorieux guerrier, vainqueur des terribles Arabes de Crète et de Syrie, aurait-il seulement pu supjK>rter la pensée de céder humblement et sans compensation à un roi de Germanie ces villes de Pouille et de Calabre qu'il tenait encore,
1. Luitprand ne pouvait ignorer uii ...-L..,.t .,..^ .^s provinces de Calabre et d'Apalie étaient alo», il« langue comme de coutumes et d'aspiration», absolument greoqnes. Il mentait donc ontragcaMOMnt
s'il entendjiit désigner ces territoires. Tout ce passage si important e«t da reste f*— ' - ^'"" Zam«
pélios, op. cit., note 2<50.
2. Allusion à la victoire de Lucera remportc-ctn Stit» iiar rcmi>ereur Louis II, qui à«nvr.» j.i i'oiulJe du joug des Sarrasins. Othon voyait dans ce succC-s d'un de ses priidi!>oewears nne coDllmwtioa d* «M droits sur l'Italie méridionale.
qui possédaient garnison byzantine, et dont il comptait bien un jour se faire à nouveau un point d'appui pour reconquérir la Sicile sarrasine ?
« C'est dans le désir de terminer à l'amiable toutes ces querelles, » dit cet étrange évêque en manière de péroraison, « que mon maître, l'invincible et glorieux empereur Othon, m'a envoyé ici pour te proposer le mariage de son fils avec la jeune princesse, fille du feu Basileus Romain et de la Basilissa Théophano '. Si tu consens à cette union je te ferai part des concessions que mon maître est disposé à te faire en retour. Bien loin de l'avoir poussé à s'emparer de l'Apulie par la force des armes, ainsi que tu le prétends à tort, c'est moi qui l'ai décidé à renoncer aux procédés de violence pour en revenir aux sentiments de paix et d'amitié envers ton empire. Je n'ai pas de plus grand désir que de devenir l'instrument de la réconciliation entre Otlion et toi. ))
J'ai résumé très brièvement, avec une grande latitude de langage, en supprimant maint détail secondaire, cette harangue bizarre dont le texte latin de Luitprand nous donne le résumé confus, singulier mélange de franchise, d'audace, de mensonge impudent, d'insigne fourberie. Nicéphore, naturellement au comble de l'irritation, aussi peu fait que possible à cette brutale éloquence d'Occident, désireux toutefois de ne pas rompre d'emblée des négociations déjà fort mal engagées, eut assez de sang-froid pour se contenir et se tira d'embarras en coupant court à l'entretien. Serré de près par son interlocuteur, il remit sa réponse à plus tard, faisant remarquer que huit heures étaient sonnées ', et qu'il devait se rendre à la procession solennelle à Sainte-Sophie pour la fête^du jour ^ Tout avait été ainsi bien préparé d'avance pour per-
1. Le mariage dont il est ici tant question finit par avoir lieu, mais seulement quatre années plus tard, lorsque Nicéphore était mort depuis longtemps. Il fut célébré le 14 avril 972. A cette occasion, des présents magnifiques furent échangés entre les deux cours.
2. « Secunda, inquit Nicephoros, hora jam transit. » Cette remarque nous en apprend long sur les habitudes matinales des malheureux Basileis byzantins, forcés, par la multitude des charges officielles de toutes sortes sous le poids desquelles ils succombaient, à donner presque à l'aurore audience aux ambassadeurs étrangers.
3. Cette grande et auguste fonction de la Pentecôte comprenait l'arrivée solennelle de l'empereur h Sainte-Sophie, le service dans ce temple, le retour non moins solennel du prince au Palais et le grand festin donné par lui aux dignitaires sur des tables dorées. Toutes ces cérémonies splendides sont Ion-
mettre au souverain de mettre brusquement fin à l'audieuce quand il le jugerait convenable.
Guerriers aUcmauds du x* siècle. Miniature du c -lèbre PtaUerlum amrtHm dé 8*lnt-0*U, â^t^tét l'Ottrmft de Henné am Rtiyn intitulé KulInryeieMckl* der itmitckem X'mlktr,
Luitprand fut placé, pour assister A la cTémonie, dans la tiib.m. u<
guement décrites au chapitre neuvioine du Litre iet GérémoHie*, lirre 1**. On Im reconiMttrMit ditfcilc*
ment dans le récit si étrangement partial de l'enroyô latin.
CIG UN EMPEREUK BYZANTIN
chantres des Factions qui chantaient les euphémies en l'honneur du Basileus. Il annonce en termes pleins de mépris qu'il n'importunera point ses gracieux souverains de la description détaillée de ces fonctions de la cour byzantine et se contente de relever quelques détails auxquels il donne à plaisir une signification grotesque marquée au coin de la môme extrême partialité. Si on l'en croyait aveuglément, la marche solennelle de l'éclatant cortège n'aurait été qu'une pompe ridicule étalant à tous les yeux la misère de l'empire. Le prélat bavard n'a pas assez d'ironie pour les célèbres miliciens des Factions qui formaient la haie à travers la place de l'Augustéon, depuis le Palais jusqu'à la Grande Eglise. Il nous les dépeint comme un ramassis de bas marchands, d'artisans, de gens de rien, misérablement armés de petits boucliers et de courtes lances. Toute cette foule était pieds nus, en l'honneur du l^asileus, paraît-il, plutôt, il me semble, à cause de la grande fête de la Pentecôte. Les vêtements d'apparat de tous les hauts personnages qui formaient cortège derrière l'empereur étaient, nous dit l'évêque, horriblement usés; c'étaient probablement là les fameux scaramangia aux vives couleurs si souvent cités dans les chroniques byzantines. « On ne trouverait pas à votre cour, ô mes Césars, un seul vêtement qui ne soit pour le moins cent fois plus précieux. » On ne voyait ni or ni pierreries sur aucun de cé^ personnages (ce renseignement encore semble quelque peu sujet à caution) , sauf sur le seul Nicéphore, dont le costume de cérémonie, trop grand pour sa petite taille, fabriqué jadis pour un de ses prédécesseurs de plus haute stature, faisait ressortir plus vivement encore la mine chétive et noiraude. « Durant que Nicéphore, semblable à quelque reptile difforme, poursuit Luitprand, marchait ou plutôt rampait vers l'église en tête de la procession, les chantres hurlaient à plein gosier ses louanges : Voici venir l'Etoile du matin, le Soleil qui se lève; ilnous éblouit de ses rayons. Voici venir le Fléau de Dieu qui procure aux Sarrasins le trépas affreux. Longue vie à Nicéphore Auguste'. Nations, adorez-le, véné-
1. Les souhaits de longue vie à l'empereur lui étaient adressés suivant les formules consacrées, dans des langues diverses : en grec surtout, en latin par les Occidentaux, en anglais (en norrain) même par les soldats varangiens de service. Voyez Zampélios, op. cit., note 270.
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rez-le, pliez le cou sous sa puissance ; longue vie, longue \ rancunier prélat interrompt à nouveau son n'tcit pour cribler encore d'injures grossières autant que puériles ce Nicéphore qui semblait faire un cas si mince de sa personne et s'inquiéter si peu de rambama^leur des très glorieux princes d'Occident. Cette fois il le traite de c vieille femme rustique et inculte, plus semblable i\ un satyre velu, à un Ik)uc hirsute, qu'à un empereur »; enfin, ne sachant plus de quelle insulte l'accabler, il l'appelle « Cappadocien d, lui jetant à la face la grossièreté légendaire des sauvages habitants de son pays natal.
Ainsi escorté tout du long par les acclamations adulatrices des Factions, Nicéphore fit enfin son entrée dans la Grande Église, suivi de fort loin par les deux petits empereurs légitimes. Quand il eut pris place sur le trône, Luitprand les vit se prosterner devant lui jusqu'à terre et l'adorer en tt'te des courtisans! Puis, Técuyer impérial, trempant un calame dans l'encre officielle, traça, suivant la coutume, sur la paroi de l'église une marque indiquant, par la dato de la f<*to. l'ajin''" <I" souverain régnant '.
Les longues cérémonies religieuses une fois terminées, Luitprand fut convié au festin solennel d'usage. Ces repas magnifiques qui se répétaient à chaque grande fête et dans une foule d'autres occasions, et qui se prolongeaient des heures durant à travers un luxe éblouissant, comptaient parmi les épisodes les plus curieux de la vie de palais }\ Byzance, les mieux faits surtout pour exciter la curiosité et l'admiration des étrangers admis à y prendre part. Feu Augustin Marrast, dans ses Esquisses byzantines, a tenté de restituer une de ces royales agapes données précisément par Nicéphore Phocas. Le tableau qu'il en donne est si exact, si vivant, que je ne résiste pas au plaisir de le reproduire ici. Très certainement ce fut A un banquet tout semblable que notre ambassadeur dut assister dans la journée du 7 juin 968.
« Tout s'apprête pour le festin qui doit clore la solennité du jour. Les convives du plus haut rang ont été invités la vrille, les autres le