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aucune des conditions léonines qu'on prétendait inipos nperetir
Othon. On lui répondit que le cas était fort différent, que la 6lle de l'empereur Christophe n'avait jamais été une vraie Porphyrogénète, puisqu'elle était née avant l'élévation au trône de son grand-p^re Homain Léca])t''ne, jmr conséquent bien avant celle de son propre pi»re. Mais le pauvre évoque était parti et ne s'arrêta pas en si beau chemin. FidMe à ses habitudes oratoires que les patrices malins avaient tout intérêt à exciter encore, il se remit à discourir et fut plus prolixe que jamais. J'épargne au lecteur sa fastidieuse harangue. De nouveau tombant dans le piège que ses interlocuteurs rusés tendaient à sa naïve et colossale vanité , il s'escrima à défendre les droits de son maître sur cette Rome tant disputée et ceux de l'Église romaine, non seulement sur les diocèses italiens, mais aussi sur ceux de Grèce, de Macédoine et d'Illyrie ! On conçoit (ju'une ])areille thèse l'entraîna loin et que son discours ne fut i)as fait pour calmer des auditeurs aussi peu endurants. Luitprand leur fit un véritable cours d'histoire indignée. Il redit une fois encore de quel joug honteux les Allemands avaient délivré la cité romaine. li parla de Constantin le Grand, de ses victoires et de ses donations à l'Église vaticane. Il rappela qu'Othon avait restitué -X celle-ci ces donations mêmes jadis instituées en sa faveur par ce prince, ce que n'avaient jamais songé à faire les Basileis orientaux. 11 fut verbeux, âpre et méprisant comme toujours, mais il n'en eut pas davantage de succès. Sa violente et confuse philippique n'eut d'autre résultat, il l'avoue lui-même, que de faire rire aux éclats tous ces grands personnages. ]jéon conserva seul une attitude plus courtoise. Puis on renvoya une fois de plus l'infortuné i\ sa demeure. On le manda A, nouveau seulement le 20 juin, jour de la fête des Saints Apôtres, pour le faire assister à la cérémonie solennelle de ce jour dans la grande église de ce nom. Il dut, cette fois encore, et bien que déjà souffrant, écouter avec un vrai désespoir les chants interminables, les cantilènes infinies ; il revit avec un morne ennui toutes les phases de ces fonctions qui duraient des heures entières. Connue d'habitude, un festin officiel en présence de l'empereur tennina cette fastidieuse journée. Un nouvel affront y nttofidait le prélat. Les am-
bassadeurs du roi Pierre de Bulgarie, -qui venaient précisément traiter de la réconciliation avec l'empire, étaient arrivés la veille à Constantinople. On leur assigna des places au-dessus de celle de Luitprand à l'extrémité de la longue et étroite table où le corps diplomatique était placé sur un rang. Quand il se vit lui, prélat latin et ambassadeur du glorieux empereur d'Occident, mis au-dessous de ces barbares grossiers, (( à la chevelure rasée à la mode hongroise », aux vêtements sauvages, aux pantalons flottants serrés à la taille par une lourde chaîne en guise de ceinture (le chef de la mission était un simple catéchumène, pas même haj)tîsé)y\e bouillant évêque, estimant que cette dernière insulte faite à ses maîtres en sa personne passait décidément la mesure, quitta la table avec les marques de l'indignation la plus vive. C'était un fort gros scandale, et cette brusque retraite troubla prodigieusement les convives. Léon Phocas en personne et le protosécrétis Syméon coururent après Luitprand, expliquant qu'ils se trouvaient dans l'impossibilité de lui assigner une place au-dessus de celle des Bulgares, parce que, lors du mariage du Basileus Pierre (ils disaient Basileus et non roi) avec la fille de Christophe, il avait été entendu , par convention écrite, que les envoyés de cette nation auraient dorénavant au Palais Sacré le pas sur les ambassadeurs de toutes les autres. En outre, comme on le lui avait dit déjà, Pierre, étant le seul prince étranger auquel la chancellerie byzantine reconnût ce titre de Basileus, se trouvait- avoir par ce seul fait rang au-dessus de tous les autres, a Ce Bulgare », criaient les deux hauts personnages, cherchant t\ ramener le prélat hors de lui, « ce Bulgare, qui tant t'irrite, porte, il est vrai, les cheveux ras; il est sale et mal lavé; il a pour ceinture une chaîne de cuivre ; il n'en est pas moins patrice et nous lui ferions une injure gratuite en le plaçant au-dessous d'un évêque, d'un évoque franc surtout. » Comme toutes ces bonnes raisons, qui n'étaient qu'insultes nouvelles, n'avaient naturellement pas le don de calmer Luitprand, le curopalate, refusant de le laisser retourner chez lui, l'envoya dîner à l'auberge avec la domesticité du Palais. (( J'obéis en silence, étant trop contrit pour pouvoir répondre un seul mot, et j'acceptai avec résignation cette humiliation cruelle, » s'écrie avec attendrissement le prélat cour-
tisan , <( lieureux que j'étais de souffrir pour im.s jjrince» bien-ainiés. » Nicépliore, de la place élevée où il présidait au banquet, avait entendu toute cette rumeur. Il se fit mettre au fait de cet incident tragi-comique. Luitprand ne nous dit pas s'il rit ou grinça des dents. En tout cas il dut estimer que ses fidèles avaient tant soit peu outrepatté les bornes de l'insolence, et, pour dédommager ({uelque peu Tévôque, il lui fit passer, dans la gargote où on l'avait parqué, les mets les plus exquis de sa table. Luitprand, qui semble décidément avoir fort aimé la bonne chère, fait à ses augustes maîtres une description tout à fait attendrie de certain rôti de chevreau gras, ce dont l'empereur lui-même avait mangé, » rôti farci d'aulx, d'oignons et de poireaux, baignant dans le garon, cette sauce célèbre tant appréciée des gourmets byzantins, sorte de caviar ou de saumure de diverses espèces de poissons. Ce plat bizarre semble avoir été un vrai baume sur la douleur du pauvre envoyé. Singulière manière de traiter les ambassadeurs qui avaient cessé de plaire : on les envoyait dîner à la cuisine, mais l'empereur les consolait en leur expédiant de sa main quelque délicatesse de sa table particulière '.
Huit jours plus tard, les ambassadeurs bulgares avec lesquels il ne voulait plus se rencontrer, étant repartis, Luitprand reçut une troisième invitation à dîner au Palais. Bien que toujours très souffrant, il n'eut garde de manquer à ce nouveau rendez- vous î\ la table imi)ériale. Il eut cette fois pour coûvives le patriarche Polyeucte et de nombreux évêques. La conversation roula sur les sujets théologiques si chers aux Byzantins. Ici encore on est étonné de la violence et de la rudesse
Groupe de totiiu du X* liM*. VraMinei àt Biiat- Clément de Borne.
1. Il est bien probable du reste que Luitprand a fait ici nn récit exagéré de Taffront qn'U tuUU
des interlocuteurs, delà peine qu'ils éprouvaient à comprimer leurs emportements. Byzantins et Latins se haïssaient déjà comme aux temps des Comnènes ou des Paléologues.
Poljeucte posa à haute voix à l'évêque de Crémone diverses questions délicates sur les Saintes Ecritures. <( Le Saint-Esprit , » dit Luitprand, sans aucune modestie, <( m'inspira des réponses topiques que j'exposai sous une forme élégante. » Le patriarche, piqué au jeu, demanda ironiquement au prélat ambassadeur quels étaient les conciles reconnus en Occident. Lui, cita tous les grands conciles œcuméniques. c( Et le concile saxon \ tu l'oublies, )) répondit l'autre, éclatant de rire et croyant être fin; (( les canons qu'il a décrétés sont si neufs encore et se tiennent si peu debout que jusqu'ici ils n'ont pu parvenir jusqu'à nous. » La discussion continua sur ce ton de brutal enjouement et d'animosité mal déguisée, Luitprand tenant tête à son vénérable mais fort peu poli interlocuteur, lui répondant avec une entière liberté, expliquant que toutes les hérésies avaient pris naissance en Orient et que c'était par contre en Occident qu'elles avaient toujours été condamnées, ce Quant à notre unique concile, ajouta-t-il, qu'il vous plaît de tourner en dérision sous l'épithète de concile saxon, il nous y a du moins été enseigné qu'il était plus glorieux de faire la guerre plutôt à coups d'épée qu'à coups de plume, à périr en combattant plutôt qu'en tournant le dos à l'ennemi. Vos soldats en feront l'expérience le jour oiiil vous plaira.» On causa sur ce ton d'aménité tout le long du repas, qui dura plusieurs heures.
Le même jour, dans l'après-midi, Nicéphore, à son retour au Palais, manda encore Luitprand plus souffrant que le matin, ce qui se conçoit du reste après un repas aussi agité. L'évêque prétend que sur sa route les bonnes femmes du peuple le regardaient passer avec des exclamations de pitié, tant il paraissait pâle et défait. L'empereur montait un cheval d'une fougue et.d'une vivacité extraordinaires sur lequel sa petite taille faisait pauvre figure, • ce qui fit rire l'évêque malgré la fièvre qui le consumait. Luitprand a négligé de nous dire quels furent les propos échangés dans cette entrevue.
1. Allusion au concile do Francfort, qui condamna les ordonnances édictées par le second concile de Nicée an sujet des images.
▲ U DIXIÈME SIÈCLE. m
On laissa de nouveau l'évêque trois semaines dans sa demeure sans lui rendre la moindre visite, sans lui donner signe de vie, sans s^occuper de lui en quoi que ce fût. Il y eut pour compagnons les cinq gardes du corps qu'il avait amenés d'Italie, sortes de brutes plus faites pour manier la lance ou Vé\y6e que pour tenir société j\ un prélat élégant et disert'. De tant d'ennuis, il devint de plus en plus malade, désespérant de jamais obtenir la j)ermi88ion du retour. S'étant dès longtemps convaincu qu'il ne parviendrait jamais t\ mener à bien les négociations dont on l'avait chargé, il ne songeait plus qu'à quitter cette ville exécrée. « Je serais mort de chagrin, écrit-il i\ ses maîtres, sans le secours de la Vierge, qui me protégea d'une manière toute particulière, et qui m' apparut dans un songe implorant en ma faveur Dieu et son Fils. » Les Byzantins étaient moins pressés de le congédier et tenaient à gagner du temps.
Nicéphore, qui avait passé ces trois semaines en villégiature ' avec la cour au beau palais suburbain de Pigi, finit cependant par mander de nouveau l'ambassadeur en sa présence. Il semble que, ne voulant rien lui accorder, le Basileus ne pouvait pourtant se décider à le renvoyer, espérant toujours obtenir de son découragement quelque conces.sion importante, peut-être attendant le retour de quelque émissaire A lui, porteur de renseignements décisifs, cherchant surtout, je le répète, à gagner du temps pour préparer l'arrivée des renforts dont il va être tantôt question. Luitprand, qui pouvait à peine demeurer assis tant il était malade, dut, durant toute cette nouvelle audience interminable, se tenir debout et découvert devant le Basileus. Une fois de plus Nicéphore se répandit en plaintes violentes contre Othon, parce que celuici osait prendre le titre d'empereur. Il jura que l'ambassadeur vénitien du prince allemand qui l'avait rejoint l'an d'auparavant en Macédoine', l'avait arrêté dans sa marche contre les Teutons en lui donnant par
1. Les ambassadeurs du dixième siècle ne se déplaçaient jamais, j.- . • n- «e faire accompagner de ces sortes de satellites, guerriers gigantesques qui formaient k-.:: rt.cnliere et wutc naient leur cause dans les cas d'épreuVe par combats singxiliers, si frtiqnentf a ccuo époque.