‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 185 sur 237 · Les places d'honneur étaient da c'M de la nappe · texte numérisé non relu

Les places d'honneur étaient da c'M de la nappe

(liiine manquerait pas, dit-il galamment, de s'en emparer dans la guerre prochaine. L'empereur, qui décidément n'aimait pas l'ironie, fronça le sourcil. La conversation dura longtemps sur ce ton mi-ironique, mi-irrité, qui était habituel à ces étranges entretiens. Cette fois, elle se termina plus doucement sur la promesse de nouveau solennellement faite par le Basileus, la main posée sur son cœur, de renvoyer incontinent l'ambassadeur et sa suite sur un des chelandia de la flotte impériale, qui serait chargé de les transporter jusqu'à Crémone \ Luitprand se retira tout joyeux, mais il comptait sans la mauvaise foi qui était si fort dans les habitudes de la chancellerie byzantine. Avant de pouvoir s'en aller, il devait subir encore de bien longs délais, délais d'autant plus pénibles pour lui que la vie à Constantinople, par le fait des mauvaises récoltes successives', et probablement aussi de l'approche de la guerre, avait subitement renchéri dans des proportions incroyables. On en profita même pour laisser à ce moment Luitprand, plusieurs jours durant, sans lui faire parvenir le moindre subside. Le pauvre évêque dépensait la somme absolument énorme de trois sous d'or pour chacun des maigres repas des vingt-cinq personnes qui composaient sa suite et des quatre gardiens qu'on lui avait imposés. Les Byzantins, gens pratiques, faisaient nourrir aux frais des ambassadeurs étrangers les agents chargés de les surveiller et de les espionner incessamment.

Le surlendemain de cette dernière audience, le mercredi 22 juillet^ le Basileus Nicéphore sortit en pompe du Palais et de la capitale pour prendre le commandement de l'armée d'Asie. Une fois encore il allait marcher contre les Sarrasins d'Orient avec toute les forces de l'empire. On verra plus loin quels vastes projets il méditait. Il voulait d'abord en finir avec la puissance d'Alep. Ensuite, il comptait bien conquérir tout le reste de la Syrie avec la Palestine, délivrer

1 . Luitprand pensait probablement y retrouver Othon, qui passait la fin de l'été et l'automne de cette année entre Ravenne et Crémone.

2. Des vents brûlants amenèrent dans cet été de ;t68 une disette plus terrible que jamais. Le modius (2 niédimnes) de blé se vendait, je l'ai dit, la somme énorme de deux sous d'or. La Novelle 6« de Nicéphore se rapporte à cette famine.

Jérusalem, la cité sainte, pousser d'autre part jusqu'au Tigre, relever enfin partout les bornes de l'ancienne puissance romaine. C'était là un but glorieux, bien digne de ce grand esprit. Pour Luitprand, bavard et crédule, le motif déterminant de cette expédition était naturellement tout autre. Le très long et fort sot récit qu'il nous fait t\ cette occasion n'en est pas moins curieux, comme un exemple des ineptes racontars qui constamment circulaient parmi le public superstitieux de cette grande capitale.

11 se disait couramment, paraît-il, dans la foule constantinopolitaine, que Nicéphore ne s'était décidé à entreprendre cette nouvelle campagne que sur la foi de certains Livres de Visions qui prophétisaient que, de son temps, les Sarrasins ne pourraient résister aux Grecs. Ceux-ci devaient triompher constamment durant sept ans , puis Nicéphore mourrait et serait remplacé par un empereur de valeur très inférieure qui se ferait cruellement battre par les enfants de Mahom et reculerait devant eux jusqu'il Chalcédoine. On pense bien que cet oracle sybillin était rédigé en termes très obscurs; aussi l'ingénieux et courtisan Luitprand trouvait-il moyen de l'interpréter au plus grand honneur de ses maîtres. Il en faisait du reste autant d'une autre prophétie qui, elle aussi, menait pour lors grand bruit à Constantinople. Celle-ci avait pour auteur l'évoque Hippolyte, le célèbre voyant de Sicile *.

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