‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 195 sur 237 · La Grande Grèce, 1. 1, pp. 342 sqq · texte numérisé non relu

La Grande Grèce, 1. 1, pp. 342 sqq

s'être donné rendez-vous sur les flottes qui, j .. ,..^ diaquc ann/'e, au retour de la belle saison, partaient de Palerme pour faire des descentes sur les côtes d'Italie, et dans les grandes armées que, de temps à autre, les émirs fatiniites de Sicile faisaient passer au delA du détroit, et répandaient comme un torrent sur la Calali I olonie d'Arabes et de Berbères établie dans la Sicile ne suffisait pas à fournir des soldats à ces expéditions incessantes, même avec les recrues qui leur venaient d'Afrique et avec le grand nombre de nègres que l'émir achetait chaque année comme esclaves pour les incorporer dans son armée. Mais l'énorme commerce de bétail humain que les Slaves faisaient alors dans l'Adriatique, fournissait aux Musulmans siciliens tout ce dont ils avaient besoin en fait de mamelouks ou d'esclaves destinés à devenir soldats. De même que plus tard les Circassiens, les Slaves, encore plus qu'à demi païens, voyaient dans l'esclavage en pays étranger l'échelon de la fortune. Ils vendaient donc leurs proches sans scrupule et pensaient par là leur assurer un meilleur sort ; ils se vendaient eux-mêmes quand ils en trouvaient l'occasion; et c'est ainsi qu'alors leur nom national, tel qu'on le prononçait en latin, srlart, devint celui même des esclaves. Dans toutes les armées des émirs de Sicile au dixième siècle, il y avait autant de Slaves renégats, ou même chrétiens de nom, que d'Arabes et de Berbères. Mais quand une grande armée byzantine descendait à so!i tour en Italie pour les combattre, c'était un autre flot de barbares non moins féroces, non moins acharnés au pillage, et les habitants qu'elle était censée venir défendre ne savaient qui était le plus à redouter, de leurs ennemis ou de leurs soi-disant protecteurs. Ce dont il y avait le moins dans ces armées grecques, c'étaient des Grecs, même parmi les généraux. Varangues de la Scandinavie, Russes, Hongrois, Slaves, Francs, Valaques du Pinde, Arabes, Khazars, gens des différents peuples du Caucase, Arméniens, Mardaïtes, il y avait des représentants de toutes les races, même les moins civilisées, comme sujets ou comme mercenaires, dans ces étranges armées, dont la composition hétérogène Hattait la vanité du Basileus et lui donnait l'illusion qu'il était l'empereur universel. » On juge ce que devait être la situation de ces contrées ravagées par

de tels adversaires, défendues par de tels alliés ' ! Nous possédons sur cette époque terrible de la vie dans le sud de l'Italie un document d'une importance exceptionnelle : c'est la biographie de saint Nil, l'illustre fondateur du monastère des Basiliens de Tusculum, né vers le commencement du dixième siècle, en plein pays byzantin, à Rossano ou Roscianum, une des trois grandes forteresses du thème de Longobardie, les deux autres étant Otrante et Gallipoli ". Cette biographie \ écrite en grec par le disciple du saint, le bienheureux Barthélemi, natif de la même ville, qui fut son second successeur comme higoumène du couvent grec des environs de Rome, est la source absolument unique qui nous fait pénétrer dans l'existence des provinces méridionales de la péninsule au temps de la domination byzantine et des incursions des Sarrasins. Fr. Lenormant en a donné une fort intéressante analyse dans son beau livre sur la Grande Grèce ^ !

Qu'on Hse ces pages émues; on y verra, par les récits les plus attachants qui tous gravitent autour de ce prêtre saint et pieux entre tous, ce qu'était la vie de ces populations en ces temps terribles, ce qu'était l'existence de ces cités grecques, perpétuellement en proie à l'angoisse de l'invasion sarrasine avec tout son affreux cortège de massacres, d'incendie, de viol, et surtout d'esclavage. Cette vie de saint Nil nous montre en un naïf récit le courage admirable de toutes ces pauvres populations tant abandonnées à elles-mêmes, l'héroïsme des magistrats municipaux,

1. Beaucoup de Grecs italiens, désespérant de l'avenir, émigraient dans des provinces de l'empire moins incessamment exposées à de pareilles calamités : ainsi le saint évêque de Méthone (Modon), Athanase, si célèbre vers la fin du dixième siècle, pour ses vertus évangéliques et sa sollicitude admirable envers sa communauté. Il était né en Sicile, et ses parents, fuyant la conquête arabe, étaient venus se fixer à Patras, qui devait donc, à cette époque troublée, passer pour un assez sûr asile. Son premier biogi-aphe, l'évéque Pierre d'Argos, était également originaire de Sicile. Très certainement saint Athanase avait fait à Patras même son éducation théologique. C'était alors la principale métropole ecclésiastique de Grèce. L'évêché de Modon en relevait depuis 807. Les empereurs du dixième siècle lui avaient accordé les privilèges les plus étendus. Jean Lompardopoulos, « philosophe et protosecretis », y avait fondé un couvent célèbre qui prit le nom decï monastère du Philosophe», et par bulle datée de l'an 909, précisément la dernière année du règne de Nicéphore, le patriarche Polyeucte avait confirmé cette fondation. Le nom même de ce Jean Lompardopoulos nou.s montre que c'était encore là un Grec d'origine italienne, un fils des thèmes longobards réfugiés à Patras. (Hopf., Griech. GescL, p. 132.)

2. « Il semble même, dit M. Fr. Lenoi-mant, que c'est à Roscianum que résida très souvent le stratigos du thème de Longobardie jusqu'à la reconstruction de Tarente sous Nicéphore Phocas. »

3. Vita di San N'do il Giovanne, testo greco e versione latina di Giovan. Matteo CaryopliUo. Rome, 1624, ïn-A",

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