Voyez, page 4(;t
,;7G rX K.MPEliKUIt BYZANTIN
V raiiiciM r (luchiiic l'ion-ctre et en même temps pour les mettre en meilleur ('lat de drfeiise. Il est probable que, parmi les raisons principales .jui le poussèrent à entreprendre cette œuvre grandiose, sur iaqucdie nous sommes, hélas! à peine informés, une des premières fut le progrès incessant et déjà formidable d'Othon le Grand en Italie, progrès dont l'énergique Basileus était le témoin impatient autant qu'irrité.
Voyant déjà ses vassaux longobards se détourner de lui pour se rallier au nouveau ( -liarlemagne, devinant facilement quelles étaient les véritables ambitions secrètes de celui-ci, il s'attendait dès lors à chaque moment à être attaqué par lui. Envisageant les choses d'un bien autre d'il que ses prédécesseurs, résolu à disj^uter avec acharnement tout lambeau de terre byzantine, fût-il le plus éloigné de la mère patrie, mais sentant bien qu'il fallait à tout prix empêcher ses sujets italiens de tomber dans un découragement trop profond, qui eût pu les jeter, eux aussi, dans les bras d'Othon, il avait décidé de procéder sur l'heure à la réorganisation de ces pauvres provinces tant abandonnées à ellesmêmes. L'expédition de Sicile avait été certainement une première manifestation de cette politique très nouvelle que voulait inaugurer ce véritable homme d'Etat. La nomination de l'eunuque Nicéphore au gouvernement de l'Italie byzantine fut la seconde qui eut des résultats plus heureux.
Cette ex])édition de Sicile avait été un échec affreux. Elle avait été toutefois suivie d'une paix, imposée par des circonstances politiques fâcheuses ', mais qui délivra pour un longtemps les i)opulations byzantines d'un de leurs deux plus cruels fléaux: la guerre sarrasine. Pour remédier à l'autre, (jui était la mauvaise administration, Nicéphore eut la main heureuse et choisit bien l'homme le mieux approprié ])our entreprendre cette cure.
Le personnage, en effet, que le Basileus chargea de cette mission
1. Cette paix, je l'ai dit l'ila pagclf. 1, fut bien i)n)bab]emeiit inspirée aux deux belligérants parla crainte commune des incessants iirogrés d'Othon. Le césar allemand ne cachait point que la conquête des thèmes byzantins d'Italie devait être simplement pour lui le prélude d'une croisade ayant pour objet l'expulsion des Sarrasins de Sicile. Également troublés par ces menaces, Byzantins et Arabes d'Afrique cniiclurent la paix et devinrent pres(jue des alliés véritables. Vo}'. Amari, oj). cit , II, 311.
C^^^^'-nxjTiq^fitf^^ Sic
Une page do manuscrit de la ru dt saint Xieéphort oonterrée à b BlbUotbèqM mUonsla. (Voy. in];e 67;.;
(;7>^ 1:N EMPEIIEUK BYZANTIN
(le r(''(>r^;uiis;iti()ii en Poiiille et eu Calabre nous est déjà bien favorablement (•oiinii. Après le désastre de Messine, qui avait succédé à celui de Ranietta, le })ieux éveque de Milet, Nicéphore, seul parmi les trois principaux chefs de l'expédition byzantine de Sicile, était parvenu, on ne sait comment, à se réfugier en Calabre, où il avait fait quelque séjour, ('e fut lui qui fut désigné par Pliocas pour gouverner l'ensemble (les provinces italiennes et tenter d'y ramener la paix et un peu de bieii-ctre. Il ])araît avoir été investi à cette occasion par le Basileus d'une autorité toute dictatoriale.
Ce choix de Nicéphore semble avoir été, je le répète, de tous points excellent; malheureusement, comme pour tous les autres événements dont l'Italie fut le théâtre à cette époque, nous n'avons presque aucun ronseignementsur les améliorations que le saint réussit à introduire dans le gouvernement confié à ses soins. Les historiens byzantins ne nous en disent littéralement pas un mot. Outre la Vie de saint Nil, qui mentionne simplement la nomination de Nicéphore, tout ce que nous savons sm- son administration est contenu dans quelques lignes d'un pieux manuscrit de la Bibliothèque nationale spécialement consacré au récit de sa vie religieuse et de ses miracles '. En effet, ainsi que je l'ai dit déjà, les insignes vertus de ce personnage le firent, après sa mort, inscrire sur les diptyques de l'Eglise orthodoxe. Je rappelle qu'il était né en Asie, à l^)asilion, dans le thème des Bucellaires, qu'il avait vécu ensuite à Constantiiiople où il avait été clerc palatin et disciple du fameux magistros ^losèle. Plus tard il avait été fait évêque de Milet, en Asie jMineure.
Donc, à ])artir de 9G7 environ -, le pieux Nicéphore, liomme saint,
1. C(t>nl. ro'hl. mf.<. i/ritflc. B. Jt.. II, -J.'i?. D. Ce manuscrit a été rédigé par un des presque contempor.iiiis du saint, «Idclu pors(jnna<,'e originaire de Sicile, Malheureusement, comme tous les autres écrits hagiograi)hi<|iies du tenijis, il est presque uniquement consacré à célébrer les vertus de Nicéphore et lie s'occupe guère des faits historiciues. Une vie manuscrite de saint Luc de Démona, noble Sicilien de cette même époque, voué à la vie monastique, vie écrite en grec par un de ses disciples, donne aussi quelcpies maigres informations sur ces faits.
2. f( Anno OGC, dit la Chroiil(/iu- dn protoxpathaire L>q>n.< (Muratori, Rernm italicanan script., i, V, Milan, 1721), iutroivit Nicei>horus magister in civitatem Bari. « Cotait un an environ après les désastres de Manuel.
AU DIXIÈME ttièCLE. (^9
prudent et sa<çe, gouverna, au nom du l^asileus, .son hoi...... .... . , .^v^,.
ami, l'ensemble des provinces italiennes, avec le titre .su|H^Tieur et exceptionnel de magisfros, a. que personne ne porta dans le pavH ni avant ni après lui ». Le gouvernement central dut être satisfait de ses services, car, en i)76 encore, dix ans plus tard, nous le trouvons toujours investi de ces mêmes fonctions, et cependant, î\ cette époque, Nicéphore Phocas et Jean Tzimiscès, son successeur, étaient successivement descendus dans la tombe, et c'étaient Hasile II et son frère Constantin, les fils de Romain II, qui occupaient le trône depuis plusieurs années déjà.
SaintNicéphore eut vraisemblablement sa résidence à Hari.Les deux stratigoi de Longobardie et de Calabre durent être ses premiers lieutenants. Entouré d'une vénération profonde, il se mit -k l'œuvre avec une pieuse ardeur. Toutes les branches de l'administration furent par lui réformées. Partout il s'efforça de panser et surtout de guérir. Un (le ses premiers et plus importants actes fut le relèvement de Tarente. La chute de cette grande cité était déjà presque de l'histoire ancienne. En 027, l'armée sarrasine d'Abou Ahmed Djafar ibn Obéid, après avoir ravagé toute la Calabre, l'avait détruite. Tous les habitants avaient été tués ou transportés en Afrique et In vill»» était d'MMfim'.k depuis un lugubre monceau de ruines désertes.
« C'est seulement en 967 ou 968 que l'empereur Nicéphore Phocas, dit M. Lenormant, résolut de rebâtir Tarente, ne voulant pas qu'un emplacement aussi favorable demeurât abandonné et que les Musulmans s'en fissent une place forte, ni qu'il tombât aux mains d'Otlion P"", l'empereur d'Allemagne, qui menaçait alors les possessions grecques d'Italie. Un des plus hauts personnages de la cour impériale, le magistros Nicéphore, envoyé dans le pays, choisit pour l'emplacement de la nouvelle ville la roche de l'ancienne Acropole, dont il élargit l'assiette par de vastes remblais. Le terrain nouveau, artificiellement créé à cette époque, se reconnaît facilement encore aujourd'hui... Le remblai est presque complètement composé de débris arrachés aux ruines de la ville antique, qui servirent alors de carrière; on s'explique ainsi leur entière destruction. C'est aussi Nicéphore qui fit construire
pour la première fois le pont à sept arches sur le goulet du Mare Piccolo et l'aqueduc de près de 40 kilomètres qui amène des montagnes dans la ville les belles eaux de la source de Vallenza. Le pont a été depuis bien des fois remanié; mais la partie inférieure de ses piles présente encore tous les caractères de la construction byzantine. La nouvelle cité fut peuplée d'habitants des campagnes voisines et de colons amenés de Grèce. )) .Tarente, ainsi relevée, demeura une ville entièrement byzantine oîi Je grec était le langage prédominant. Aussi fut-elle parmi les dernières à tenir fidèlement pour les Basileis. Elle ne tomba qu'en 1063 aux mains de Robert Guiscard.
Une foule d'autres cités et de places fortes furent ainsi relevées ou fondées à cette époque par le magistros Nicéphore et peuplées par ses soins au moyen de colonies d'origine grecque. Catanzaro, dans le thème de Calabre, dont le nom originaire, purement byzantin, était Catasaron, date certainement de cette période, et la tradition constante de la ville et de son église affirme qu'elle fut bâtie sous l'empereur Nicéphore Phocas, à la même époque que l'on releva Tarente. (( D'après <;ette tradition, dit M. Lenormant, l'officier impérial préposé à la construction de la ville s'appelait Fragitios ou Flagitios. 11 y rassembla les populations des localités du voisinage, détruites par les Musulmans, ^^ y joignant de nouveaux colons grecs amenés du Péloponèse. La .situation était admirablement choisie pour une place forte qui commandât tout le pays environnant, et offrît un asile aux habitants des campagnes en cas d'une nouvelle incursion maritime. Dès sa fondation même on en fit une ville considérable, la seconde de la Calabre, et on y établit le siège d'un évêque, dépendant du métropoHtain de Reggio. Etienne, archevêque de cette dernière ville, vint y ordonner ,révêque nouvellement institué et consacrer la cathédrale, dédiée à l'archange saint Michel. Tout ceci se trouve exposé avec de grands détails, mais sans indication de preuves à l'appui, par Vincenzo d'Amato dans un livre intéressant publié par lui en 1670, livre plein de renseignements curieux, bien que manquant d'une critique suffisante \ On
1. Mtmorie sloriche deW Ulu,itrissima,famos'mima e/edelbsima cltta di Catanzaro.
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ne doit en faire usage qu'avec certaine |)r<'*caution. Cei>en(lant il v a un indice de l'authenticité des souvenirs qni rapportent la fondation de Catanzaro au règne de Nicépliore PhocaSjdans le fait de l'existence, tout i\ côté de cette ville, de la forteresse importante de Rocca Niceforo (en latin Rocca Nicepliori, dans les documents grecs JRôha Nikiphorou), butie pour en défendre les approches et dont la localité actuelle de Rocca-Falluca occupe très proltablement l'emplacement. Cette forteresse, sûrement nommée d'après Nicéphore Phocas, a joué un certain rôle dans les guerres de l'époque normande. C'est sur le territoire de la haute cité actuelle de Tiriolo qu'elle avait été fondée, sous l'administration du magistros Nicéphore pour défendre les approches de Catanzaro contre une attaque venant soit du côté du nord et de Cosenza, soit du côté de l'ouest. Ses ruines actuelles sont presque nulles.
M. Lenormant croit encore que Mileto, près de la côte occidentale, a dû, comme la grande majorité des nouvelles villes grecques de Calabre, être fondée à cette même occasion de la grande œuvre réparatrice inaugurée par saint Nicéphore dans l'Italie byzantine. « Le thème d'Anatolie fournit à cette époque de nombreux colons à la Calabre. Il est assez probable que Mileto dut son nom à la patrie d'origine de ceux qu'on y établit lors de la fondation. Cependant on pourrait encore conjecturer que ce nom fut choisi par le duc ou stratigos de Calabre en l'honneur de son supérieur hiérarchique, le magistros Nicéphore, qui était, on le sait, évOque de Milet, en Asie. »
Tout ceci fut au plus haut degré une restauration purement grecque, édifiée avec le plus grand soin. Ce fut, je le répt'te, avec des éléments exclusivement hellènes que toutes ces cités furent repeuplées, éléments destinés à lutter avec succès contre ceux d'origine latine dont Nicéphore Phocas et ses conseillers ne voulaient entendre parler à aucun prix. De même le magistros, sur les ordres de l'empereur, s'occupa de gréciser à nouveau le clergé de ces deux thèmes de Pouille et de Calabre. (( Les églises de ces régions avaient été originairement latines et dépendantes de l'autorité patriarcale du siège de Rome. Les Hasileis respectèrent cet état de choses jusqu'à l'époque des persécutions iconoclastes, et ce fut seulement Léon l'Isaurien qui enlev.r .-n 7^^, à l'obé-
XMPERErR BYZASTIX.
r,82 TN EMPEREUR BYZANTIN
dience romaine, pour les soumettre à la juridiction du patriarche de Constantinople, les deux Églises métropolitaines de Reggio et de Santa Severina, qui comptaient parmi leurs suffragants tous les évêques des Calabres, et aussi celle d'Otrante. L'empereur se vengeait ainsi de la résistance du Pontife de Rome à ses innovations religieuses, mais surtout de sa rébellion politique, d'accord avec le peuple romain, et de l'appui moral qu'il avait donné aux habitants de l'Italie méridionale, écrasés d'exactions par le fisc byzantin et inébranlables dans l'orthodoxie... Après le rétablissement de la paix de l'Eglise et l'extinction de l'hérésie iconoclaste, la nouvelle attribution des sièges de la Sicile, de la Calabre et de la terre d'Otrante, fut maintenue malgré les réclamations du pape Adrien P'au second concile de Nicée, et finit par être acceptée de la Papauté. En 869, les évêques calabrais, et entre autres celui de Rossano, siégèrent comme prélats d'Orient au concile assemblé à Constantinople, qui anathématisa Photius. Dans la dépendance du trône patriarcal de Constantinople, le rite grec se substitua tout naturellement et en peu d'années au rite latin. Il semble d'ailleurs qu'il existât antérieurement dans certaines localités de la Calabre, sans doute depuis la conquête de Justinien. A la fin du neuvième siècle, Léon le Philosophe * acheva de faire disparaître ce qui subsistait encore en plusieurs endroits des restes du rite latin, en interdisant dans toute l'étendue de ses possessions de Calabre l'usage des azymes, comme pain eucharistique. Lorsque Kicéphore Phocas prit de nouvelles mesures pour empêcher les cérémonies latines dans les terres italiennes de son autorité, c'est la Rouille qu'il avait en vue, et non pas la Calabre, où ne subsistait plus un vestige de latinisme - ».
Ces mesures nouvelles auxquelles M. Lenormant fait ici allusion, et qui formaient portion de l'ensemble des dispositions prises par les deux Nicéphore, l'empereur et le magistros, en vue d'helléniser l'Italie méridionale, nous sont en partie connues par un passage de la Legatio de Luitprand que j'ai jusqu'ici volontairement négligé de repro-
1. Fr. Lenormant se trompe ici. Il s'agit en réalité de Léon V TArménien, au commencement da IX* siècle. Voyez Fabre, Le Liber Cemuum, p. 20, col. 2, note 3.
2. Fr. Lenormant, op. cit., I, pp. 361 sqq. Voyez, sur l'esprit qui régnait en Apulie, Ibid.j II, p. 402.
duire. Parlant à ses maîtres des sentiments hostiles que Nic/*phore I*lu»cas entretenait à leur endroit, lY'vêque de Crémone s'exprime en ces*
termes : « Nicéphore, plein de haine impie contre vous et contre 1 hgiisc, vient encore d'ordonner au patriarche de Constantinople de transformer l'éveché d'Otrante eu une métropole et d-^ •- "'- ♦-l''""-'- ""•'
r,H4 UN EMPEUEUll BYZANTIN
les divins iiiystrres soient célébrés en langue latine dans aucune localité de Ponilies on de la Calabre; ils ne le seront plus désormais qu'en langue grecque. Le patriarche Polyeucte a, en conséquence, adressé un bref au chef de cette Église d'Otrante lui donnant toute autorité ])our consacrer des évoques dans les Eglises d'Acerenza, Tursi, 0 ravina, Matera, Tricarico ', toutes ÉgHses relevant incontestablement du pape de Rome '. »
(( Cette grande mission de restauration, de relèvement, de réorganisation des provinces italiennes de la monarchie, )) dit encore M. Fr. Lenormant, que je suis constamment obligé de citer ici, « mission confiée par' l'empereur Nicéphore Phocas au magistros Nicéphore, ouvre réellement une ère nouvelle pour l'Italie byzantine, pour la Calabre et la terre d'Otrante, qui, à dater de ce moment, sans avoir complètement repris la sécurité, commencent à respirer, guérissent leurs plaies, et qui souffriront encore à diverses reprises des incursions musulmanes, mais ne reverront plus des maux pareils à ceux qu'elles ont soufferts pendant près d'un siècle et demi. C'est alors que Tarente est rebâtie, Catanzaro fondé, avec la localité voisine de Rocca Niceforo et peut-être Taverna. Ces établissements et ces fondations de villes sont accompagnés d'une colonisation nouvelle, amenée de l'autre côté de la mer Ionienne, qui vient encore renforcer l'élément grec et assurer sa prépondérance exclusive. ))
Il est temps pour nous de revenir à Otlion et à son armée. Nous les avons laissés célébrant les fêtes de Noël en Apulie. Les guerriers allemands allaient trouver devant eux, non seulement les garnisons byzantines ordinaires fort encouragées par le récent échec des impé-
1. Sur ces mesures sagement i)réservatrices par lesquelles Nicéphore et ses conseillers s'efforçaient (le maintenir en Italie méridionale la suprématie de l'Église grecque, et sur la persistance durant des (•iècle.", dans cette région, du rite, des coutumes et de la langue helléniques, voy. Zampélios, o/;. cit., note 3t;(î. — On trouvera de nombreux renseignements sur les diocèses et les monastères grecs du sud de la péninnule dans le beau livre de M. Paul Fabre sur le Liber Censuum de l'Église romaine, qui est en cours de i>ublication. Ce travail m'est parvenu trop tard pour que j'aie pu en profiter suflasamment.
2. Luitprand saisit cette occasion pour faire contre l'Église grecque la plus violente sortie. Il énumère se» principaux empiétements, surtout en ce (lui concerne la question de l'investiture du pallium. Il conseille très sérieusement à Othon et au pape, pour en linir avec toutes ces usurpations, de faire citer le patriarche Polyeucte devant un concile et de le sommer de faire sa soumission sous peine d'excommunication.
riaux sous les murs de Bari, mais aussi toutes les troupes de .. ... .t
que Luitprand avait vues partir de Byzauce, augmentées des contingents levés par l'infatigaMe prétendant Adalbert et son f^^^e Conrad.
Malheureusement, j\ partir de ce moment, les maigres renseignements fournis par les deux ou trois chroniques italiennes venues jusqu'à nous et par quelques autres sources, se font si rares qu'il devient à peu près impossible de suivre les événements. C'est en vain précisément qu'on chercherait à retrouver la trace de cette expédition byzantine embarquée sur vingt-huit vaisseaux que Luitprand vit partir de Constantînople pour l'Italie le 19 juillet 908. C'est tout aussi en vain qu'on s'informerait de ces huit mille auxiliaires bardés de fer que les deux fils du roi Bérenger avaient promis à Nicéphore par l'intermédiaire de leur envoyé Grimizon. Même Adalbert et Conon disparaissent complètement t\ cette époque du théâtre des événements. Nous savons seulement que le second finit par se réconcilier avec Othon , qui lui confia la marche d'Ivrée, que le premier, au contraire, demeuré l'ennemi irréconciliable de celui qu'il regardait comme un usurpateur, dut quitter pour toujours son pays natal. Il vint terminer en France, à Autun, dans l'exil, sou existence aventureuse et agitée entre toutes.
Probablement les forces byzantines chargées de faire tête aux envahisseurs italo-teutons étaient placées sous la haute direction de l'évêque-magistros Nicéphore, mais leur chef effectif fut un patrice du nom d'Eugénios', qui paraît avoir été un capitaine habile, d'une rigueur poussée jusqu'à la cruauté. Je rappelle que les mercenaires du marquis Adalbert, cités par Luitprand, avaient pour chefs son frère Conon et son lieutenant Grimizon. Assurément ces guerriers devaient faire partie des forces groupées sous le commandement suprême d'Eugénios.
Un seul fait certain est que le séjour d'Othon et de ses bandes sur territoire byzantin se prolongea jusqu'à la fin du mois d'avril de l'an 969. Très probablement l'empereur allemand avait dû aupara-
1. Était-ce là l'eunuque chef de l'expédition partie de Constantînople an mol» de juillet 966?
,\M UN KMPKREUR BYZANTIN
vaut resserrer })liis encore ses liens d'amitié avec les princes de Capone et de IV'névent comme avec les républiques de Naples et d'Amalfi, et le duc Jean de Gaète. Il n'aurait pu sans cela s'aventurer si loin vers le sud. Pandolf'e de Capoue, le vaillant liéros longobard, l'accompagnait en personne.
« L'Italie méridionale, dit Doenniges\ dont l'admirable nature vient éblouir le voyageur, à peine a-t-il franchi les passes de Terracine, lui donnant cette sensation délicieuse qu'enfin il touche au midi tant souhaité, l'Italie méridionale est partagée par l'Apennin en deux vastes et étroites contrées maritimes, l'Apulie ou Fouille d'une part, la Calabre de Fautre. Au delà d'Acerenza, la grande chaîne se divise en deux rameaux secondaires, qui vont, l'un jusqu'à Reggio de Cala- ])re, l'autre jusqu'à Otrante d'Apulie. Pour procéder à la conquête de ces deux régions, possessions dernières des Byzantins en Italie, il fallait avant tout, à l'époque dont j'écris l'histoire, se saisir des nombreux et forts châteaux défendant les rares passages de la montagne par lesquels il était possible de communiquer de l'une dans l'autre. De tout temps d'ailleurs ces défilés avec leurs forteresses ont été considérés par la foule des conquérants successifs de ces provinces comme les premiers points stratégiques à occuper. C'étaient là véritablement les clés des grandes cités maritimes échelonnées de chaque côté sur le rivage.
C'est bien aussi par cette série d'entreprises qu'Othon semble avoir inauguré ses opérations contre les Byzantins. De la Noël 968 jusqu'au mois de mai de l'année suivante les progrès de l'armée allemande, accompagnés, comme toujours, du pillage et de l'incendie, paraissent avoir été assez considérables. La chronique de la Cava,aux renseignements de laquelle on ne peut malheureusement guère ajouter foi, lui fait même 1 «rendre successivement sur les Byzantins : Bovino -, Acerenza, Matera, Oria, Nardo, (^assano, toutes fortes places de l'intérieur du pays, plus beaucoup d'autres châteaux moins considérables. Par l'occupation de