INTRODUCTION
Sarrasins de Crète, d'Asie, d'Afrique et de Sicile, contre les Russes et les Bulgares, contre les Allemands en Italie. Nicéphore fut en outre un grand et intelligent administrateur, un réformateur bien en avance sur son siècle. Sa personnalité est bizarre. A demi soldat audacieux, d'une énergie extraordinaire, à demi dévot rigide et mystique, il résume mieux peut-être (}ue tout autre le type de ces étranges Basileis d'Orient, moitié rois, moitié papes.
J'ai donc choisi Nicéphore Phocas pour sujet de mon livre. J'ai fait précéder l'histoire de son règne de celle de son prédécesseur Romain II, sous le gouvernement duquel il a joué le premier rôle militaire, et, dans deux expéditions célèbres, arraché la Crète aux Sarrasins, et emporté d'assaut la grande cité arabe d'Alep. Dès que j'ai abordé l'étude de la vie de ce prince belliqueux entre tous , je me suis trouvé en présence d'une difficulté capitale : la rareté des documents, leur absence presque complète pour certaines périodes. Malgré que d'assez nombreux chroniqueurs grecs et arabes de cette époque soient parvenus jusqu'à nous, l'histoire du dixième siècle byzantin, comme du reste celle du dixième siècle occidental , est encore enveloppée d'épais brouillards qui ne se dissiperont jamais complètement. Ne voulant avancer que des faits dont je pouvais donner la preuve, j'ai dû, très à contre-eteur, laisser dans l'ombre un grand nombre de points que je n'ai pu suffisament élucider. En outre, par suite même de l'inégale distribution des documents suivant les époques, il m'a fallu subir l'ennui de donner souvent pour suite à un chapitre assez nourri un autre presque vide.
J'ai mis à contril)ution tous les documents dont j'ai pu prendre connaissance : chroni(iues byzantines, arabes, arméniennes, chroniques russes, chroniques occidentales, etc., ainsi que de très rares travaux modernes qui se trouvent pour la plupart cités dans la Bihliographie à la fin du volume. Rien, je le répète, n'avait été fait jusqu'ici, et j'ai du m'en tenir presque exclusivement aux sources mêmes , en trop petit nombre, hélas. Les courts chapitres consacrés à ces dix années si brillantes de l'histoire de Byzance par Lebeau et Gibbon ne peuvent plus compter aujourd'hui. Je fais toutefois une exception unique : M. Ram-
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baiid a écrit sur le dixième siècle bj'zantln à l'époque de Constaritiu Porpliyrogénète une thèse qui, à bien des égards, est un véritable chef-d'œuvre, et dans laquelle j'ai puisé des renseignements très nombreux. Cet historien me paraît être le seul qui ait compris ce qu'a été Byzance : quelque chose de tout à fait personnel, nullement la suite de la Rome antique. Son beau travail fait regretter qu'il ait abandonné ce champ d'études, ou il eût certainement rendu encore de signalés services.
J'espère que mon œuvre bien imparfaite intéressera quelques-uns. Je me suis attaché à grouper autour de l'histoire de mon héros les renseignements de tous ordres sur la vie byzantine au dixième siècle, que j'ai recueilHs dans une lecture attentive des documents contemporains. J'ai voulu fîdre de ce livre comme un résumé de l'existence mihtaire, sociale et poHtique à Constantinople vers l'an 960. Je serais récompensé de ma peine si la lecture de ces pages , qui m'ont coûté plusieurs années de labeur, pouvait inspirer à quelques esprits sérieux l'amour des choses de Byzance, J'ai retiré de mon travail le goût le plus vif pour l'histoire de cet empire extraordinaire.
Je dois témoigner particulièrement ma reconnaissance à plusieurs personnes qui ont de diverses manières contribué à faciHter ma tâche. M. H. Sauvaire, l'éminent orientaliste, a bien voulu traduire et annoter à mon intention bien des pages de ces chroniqueurs arabes qu'il lit si couramment. M. Houdas, de l'Ecole des langues orientales vivantes, m'a rendu le même service pour la lettre de Nicéphore au Khalife et la réponse de celui-ci. M. Th. Wolkov a traduit pour moi de nombreux travaux russes. Le révérend Père Martinov et M. Léger, professeur au Collège de France, m'ont signalé d'importants documents russes et slaves. M. Miintz , avec son obligeance accoutumée , amis à ma disposition les trésors de la riche bibhothèque de l'Ecole des Beaux-arts. M. Omont, de la Bibliothèque nationale, a bien voulu surveiller l'exécution des dessins que j'ai fait exécuter au département des manuscrits. Mon savant et aimable confrère, M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, n'a pas craint de prendre sur son temps déjà si occupé pour rechercher à mon intention de précieux manuscrits
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(le la l)il)liotlirqiie du Vatican et en faire reproduire les plus curieuses miniatures. Mon l)ien cher maître et confrère, M. Oli. Scliefer, auquel ce livre est dédié, m'a permis de faire figurer dans mon travail plusieurs nn'niatures d'un merveilleux manuscrit arabe, joyau de son incomparable bibliothèque. M. le professeur G. Mancini, bibliothécaire {\ Cortone, a, non sans peine, obtenu de faire photographier pour moi le reliquaire d'ivoire conservé dans une église de cette ville, et qui porte le nom même de Nicéphore Phocas. MM. le comte Ch. Lanskoronsky de Vienne, B. de Mandrot et Rey de Paris, le commandant Marmier de Versailles, m'ont communiqué avec une extrême obligeance des photographies inédites, rapportées de leurs explorations en Cilicie et en Syrie. M. A. Sorlin-Dorigny a bien voulu, sur ma prière, faire exécuter de nombreuses vues à Constantinople et m'a communiqué bien des renseignements inédits. J'adresse encore mes remercîments à S. E. Artin Pacha, et à M. Antoine Psychari de Constantinople, pour l'aide amicale qu'ils m'ont donnée de diverses manières.
Je désire exprimer d'une manière toute particulière mes remercîments les plus vifs à MM. Firmin-Didot et C'% pour le concours si parfaitement Hbéral qu'ils n'ont cessé de me témoigner durant tout le cours de l'exécution de cet ouvrage.
Gustave Schlumbergek.
Paris, janvier 1890.
IN
(NIGÉPHORE PHOGAS)