Yahia dit
AU DIXIÈME SIÈCLE. 70S
de tous côtés par Nic(^*phore firent des captifs par milliers. De toutes parts, dit un clironiqueur, les populations affolées s'enfuyaient dans toutes les directions, vers les châteaux, les champs et les montagnes.
Quand l'année chrétienne eut achevé de dévaster ce grand plateaa de la Syrie du nord, elle se détourna une fois encore et franchit le Liban. Pour la première fois depuis bien des années les légioimaires byzantins reparurent sous les murs des villes de Phénicie et leurs chevaux se baigniTent dans les eaux de la Méditerranée, tout le long de ces côtes si belles. Djibleli ou Djabalali, l'ancienne Gabala, succomba la première *. Les dro nions byzantins qui apportaient probablement des munitions ou des troupes de renfort furent repoussés au large par la tempête. Puis on mit le siège devant la puissante place d' Arqa ', l'ancienne Césarée du Liban, bâtie à quatre parasanges k l'est de Tripoli, sur le penchant d'une montagne dont le sommet portait encore une vaste forteresse, k une faible distance de la mer sur la limite de la plaine d'Akkar. Une puissante garnison sarrasine s'y était enfermée. Nicéphore fit creuser un triple fossé tout {\ l'entour et jeta bas les murailles ti coups de béliers et d'autres machines de guerre. Puis l'assaut fut donné. Le pillage dura neuf jours. Dans le château, dit Yaliia, les Grecs trouvèrent l'émir de Tripoli, qui avait été chassé par ses sujets à cause de sa tyrannie. On le fit prisonnier et on lui prit toutes ses richesses et ses magasins qui étaient considérables.
Les Grecs, emportant un immense butin, poussant devant eux tout un peuple de captifs, parurent alors 'devant l'antique Tripoli. Le nom de cette place était devenu Taraboulos. C'était une très forte cité sarrasine, un comptoir commercial important. Les habitants avaient euxmêmes incendié leurs faubourgs et détruit les jardins et les campagnes environnant la ville ; ils s'apprêtèrent à défendre chèrement leur vie. Voyant qu'il lui en coûterait trop de temps pour ce nouveau siège, Nicéphore, après avoir achevé la destruction systématique de ce que les habitants avaient épargné, passa outre. Ce fut alors le tour de La-
1. Kémal ed-Dîn et T^aWa, plna véridiques, il me semble, font arrÎTer Nicéphore derant Djiblcb seulement après son échec sous les murs de Tripoli. '2. Erqah.
». Le 10 du mois de dsoulhedjdjeh de l'année 857, dit Yahla.
takiMi, r.iiuiciiiiuLaodicée. Le commandant musulman de cette place, un ( <i lain Abou'l Houssein Ali ben Ibrahim ben lousouf Alfbsais, dont la famille était, paraît-il, déjà connue de Nicépliore, se porta à la rencontre du Basileus. Après remise d'otages, il conclut avec lui une convention, qui, non seulement, accordait l'aman à la population de Laodicée, mais le maintenait, lui, dans son poste de gouverneur, cette fois pour le compte de l'empire. Dewali du Hamdanide, Abou'l Houssein devenait stratigos ' impérial. De telles et si complètes transformations étaient alors chose commune. Peut-être un jour, parmi les milliers de sceaux de plomb que les fouilles pratiquées sur les emplacements des anciennes chancelleries byzantines ramènent journellement à la lumière, retrouvera-t-on la bulle curieuse du stratigos sarrasin de Laodicée sous le règne de Nicépliore Callinique. (( C'est pourquoi, dit le chroniqueur en achevant ce court récit, les habitants de Latakièh n'eurent rien à souffrir de l'armée chrétienne. » Un foule d'autres places de ce côté furent encore prises par Nicéphore, qui en emporta des sommes incalculables, Tortose entre autres et Maraqiyah,
Alors, après avoir passé deux mois -, et non trois comme le disent certains historiens, à ravager de la sorte les contrées situées sur les deux versants du Liban ^, durant que le monde musulman continuait à s'entre-déchirer, l'empereur Nicéphore, laissant garnison dans les principales forteresses conquises, parut enfin devant Antioche, le dixhuitième jour du mois de novembre 9G8, traînant après lui cent mille prisonniers, presque tous enfants ou jeunes gens des deux sexes. Tout ce qui était vieux ou faible avait été tué ou abandonné, sauf mille vieillards et vieilles femmes auxquels Nicéphore confia la garde de toute cette jeunesse ''. Dix-huit villes à grande mosquée et d'innombrables forteresses , cités secondaires ou bourgades % avaient été prises et en
1. Sardttf/us, suivant Texpression incorrecte de Kémal ed-Dîn, qui rapporte ce fait curieux.