‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 205 sur 237 · Voyez page · texte numérisé non relu

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2. Yahia parle longuement de ces Chorassaniens. Voici ce qu'il en dit : « Les Chorassaniens qui étaient arrivés à Antioche pendant que l'empereur Nicéphore était occupé de la guerre des Bulgai-es envahirent les provinces grecques, y firent du butin et des prisonniers et amenèrent leurs captifs à Antioche. Un grand nombre de Musulmans s'étant joints à eux, les Chorassaniens retournèrent sur le territoire grec et remportèrent une brillante victoire. El Atrâbâzy, le page de Nicéphore, envoyé par lui, les rencontra au canton d'El Iskandanyeh (Alexandrette), situé entre Massissa et Antioche, pendant qu'ils retournaient de leur ghaziah. Il tomba sur eux, tua leurs chefs, fit prisonnier le généralissime Csalâr) des troupes avec beaucoup d'hommes. Les Antiochitains le rachetèrent au prix de fortes sommes et de nombreuses étofEes et moyennant la délivrance des prisonniers qu'ils avaient faits précédemment.

partisans. Lui aussi se disait venu pour combattre pour la Foi. Rien n'était plus fréquent à cette époque troublée qu'une de ces soudaines odyssées de quelque pieux guerrier sectaire, même simulant simplement le fanatisme, entraînant à sa suite des centaines de dévots et déterminés compagnons vers les lieux oîi Sarrasins et chrétiens soutenaient à grands coups d'épée la lutte annuelle et séculaire. Ez-Zaghîly se glissa vite dans la confiance du Kurde. Un jour qu'il se trouvait seul à ses côtés, il se jeta sur lui et le tua. Les serviteurs de la victime, bien que nombreux, s'enfuirent. Le meurtrier, demeuré provisoirement maître de la situation, imposa son autorité à toute la ville.

Ces incessantes dissensions, guerres de rues qui affaiblissaient les défenseurs de la grande Antioche, étaient parfaitement connues des chefs auxquels Nicéphore avait confié le soin d'en faire le blocus. C'est ce qui les engagea vraisemblablement à exécuter, malgré les ordres formels du Basileus, cet heureux coup de main, cette attaque soudaine que je m'en vais raconter et qui devait faire retomber pour un siècle aux mains des Byzantins la puissante forteresse du sud.

Dès longtemps le stratigos Michel Bourtzès, l'aventureux patrice qui ne rêvait que de s'illustrer par quelque éclatant succès, persuadé que la grandeur de la victoire lui vaudrait le pardon du maître, n'avait rien négligé pour hâter si possible la catastrophe finale. Par des reconnaissances incessantes, des alertes toujours renouvelées, il avait mis la garnison sarrasine, bien que très forte, littéralement sur les dents. Tous les convois dirigés vers Antioche de la côte de Syrie avaient été interceptés par ses détachements et la ville, affamée, surchargée d'une immense population réfugiée, commençait à être réduite aux dernières extrémités. De son côté, le stratopédarque Pierre n'avait perdu aucune occasion de razzier le territoire d'Antioche et d'empêcher toute tentative de ravitaillement par la voie de terre.

Les deux chefs byzantins s'étaient aussi ménagé de sûres intelligences avec la population chrétienne très nombreuse que renfermait la ville assiégée. Celle-ci, naturellement, soupirait après la délivrance, appelant de tous ses vœux le triomphe des impériaux. Le Basileus,

lorsqu'il était reparti pour le nord avec son butin et ses captifs, passant par la petite ville forte de Boftqa ou Loûqa', avait secrètement engage, paraît-il, les habitants de cette localit<^*, qui étaient tous chrétiens, à se retirer dans Antioche, sous le faux prétexte de la peur que leur inspiraient les Grecs, en réalité pour trahir les assiégés et servir d'espions à leurs ennenn's. Telle était alors la fureur des haines religieuses qu'une semblable conduite paraissait très naturelle, môme tout i\ fait méritoire. Les gens de Boûqa firent plus même (ju'ils n'avaient promis. Enfermés dans Antioclie, ils s'abouchèrent avec leurs coreligionnaires de la ville, avec ceux aussi d'une foule de petites localités voisines, comme eux réfugiés dans la forteresse depuis le début des hostilités. Lorsque le moment fut venu, ils envoyèrent des messagers au stratopédarque pour lui annoncer que la cité, bouleversée par des séditions toujours renaissantes, privée de vivres, se trouvait sans maître, presque sans troupes régulières, que l'anarchie régnait, que la population, fatiguée d'une veille aussi incessante qu'inutile, s'était relâchée de toute vigilance, que, sur divers points enfin, le rempart se trouvait presque vide de défenseurs, tous les hommes encore valides étant plus occupés à se battre entre eux qu'à surveiller l'attaque des iini)ériaux '. Michel Bourtzès , également averti , ne voulant se laisser devancer par personne, sans tenir compte des recommandations de l'empereur ', résolut de profiter incontinent d'une occasion aussi favorable pour emporter Antioche à lui tout seul. Ardemment désireux d'acquérir cette gloire immortelle , sans même songer à s'entendre avec le stratopédarque qui marchait précisément sur Alep , peut-être même heureux de le voir s'éloigner en ce moment, il quitta en hâte son camp retranché de Bagras et fila sur la ville assiégée. C'était une folle entreprise contre une aussi formidable cité , car il n'avait que très peu de forces sous ses ordres. Il avait, pour plus de diligence, chargé ses échelles sur des chevaux de somme réquisitionnés eu hâte , et quand, descen-

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