Glycas, p
dant de la montagne, il parut de nuit au pied des remparts, au point d^'signé d'avance par la perfidie des gens de Boûqa, nul parmi les Musulmans assiégés ne soupçonna sa présence. C'était une glaciale nuit d'hiver parfaitement obscure. Il neigeait abondamment. Cette portion de la haute muraille se trouvait n'être point gardée, soit négligence, soit bien plus probablement trahison des Bouqiotes auxquels avait été confiée la défense de ce secteur '. Aussitôt un détachement de soldats impériaux d'élite, trois cents seulement, conduit par l'audacieux patrice en personne, appliqua silencieusement les échelles au rempart ". Nul à l'intérieur ne bougea. En quelques instants les Grecs furent dans la place.
C'était au point le plus élevé de la ville , dans la partie haute adossée à la montagne. Les trois premiers parmi ces intrépides qui parurent sur le faîte furent Bourtzès, un nègre de sa garde, et Ishak, fils de Bahrâm , un (( noir renégat )) , ou plutôt, me semblet-il, un Arménien ■\ Dans la tour la plus voisine dormait sans défiance un détachement sarrasin. Les Byzantins se glissèrent comme des bêtes de proie ; ils fondirent sur les malheureux, qu'on égorgea dans leur sommeil. Puis ce fut le tour des gardes de la tour suivante. On en conserva seulement quelques-uns auxquels, sous menace de mort, on ordonna de crier : (( Dieu seul est grand ; il n'y a d'autre Dieu qu'Allah ! » C'était la pieuse formule servant de mot d'ordre aux défenseurs de la ville. Les Grecs espéraient tromper ainsi plus longtemps la garnison. Mais l'imprudentpatrice, trop confiant dans son étoile, s'était engagé dans cette terrible entreprise avec des contingents trop fciibles. Malgré toutes les précautions, à peine les Grecs étaientils maîtres des deux tours, que leur présence fut signalée. En un instant cette énorme population, brusquement réveillée, fut sur pied et
1. Kémal ed-Dîn dit formellement que les Bouqiotes abandonnèrent volontairement le rempart.
2. Cédrénus raconte qu'un Sarrasin traître, du nom d'Aulax, aurait fourni à prix d'or à Bourtzès la hauteur exacte d'une des tours du rempart (la tour Kala) et que cette mesure aurait servi à calculer la longueur des échelles. Ce récit assez absurde n'inspire qu'une confiance médiocre. — Aulax , nom grec, est peut-être bien celui d'un des Bouqiotes qui donnèrent aux Byzantins le signal de l'entrée dans la ville.
3. Quelle preuve plus frappante de l'incroyable péle-méle qui régnait dans ces armées mercenaires, où pullulaient les aventuriers comme les renégats.
courut aux imixSriaux, qui commençaient i\ se r(:'pandre dans la ville. La disproportion des forces était trop grande. Hourtzès dut rap|)eier en hâte ses intrépides soldats. Serrés de près, acculés au mur par un ennemi vingt fois plus nombreux, les Grecs, d'assaillants devenus assiégés, crurent bien qu'ils allaient tous payer de leur vie cette folle équipée. Adossés au rempart, se retranchant i\ la hute dans cette portion de l'enceinte par laquelle ils avaient pénétré, sachant d'ailleurs que toute fuite était impossible, ils résolurent de se déf"»")'" iusqu'à la mort.
Sceau on bulle <le plomb d'au patriarche grec d'Antioche poetérienr k 1« conquête de cctt« riUe par HMpbon. An . droit : saint Pierre, patron de l'égUiie d'Antioche. Au rêvera : la légende TMoi»m,f0ritrdm 4* TttiotfttU, la grmmif Antioche.
Mais la fortune avait décidément abandonné les Sarrasins de Syrie. Quelque violent désir qu'il eût de prendre Antioche à lui tout seul, Michel Bourtzès, comprenant que son entreprise était manquée, ne voulant pas laisser égorger inutilement les braves qui l'accompagnaient, dès qu'il avait vu la mauvaise tournure que prenaient les choses, avait expédié en hâte message sur message au stratopédarque, lui signalant l'affreux péril où il se trouvait. Pierre Phocas venait de se mettre en marche sur Alep. A l'ouïe de ce qui se passait A Antioche , il n'hésita pas, lui aussi, à enfreindre les ordres formels du Basileus, pour sauver la vie à tous ces vaillants. Tournant i\ l'ouest, il gagna à marche forcée les remparts de la ville assiégée '.
1. Kémal ed-Dîn cite ici Jean Tzimiscès parmi les combattants accounx.* ai -c ur- i. P. ,i ;,.«.
UIPEBEUB BYZANTIN*. ■'!
Quand ce renfort quasi providentiel arriva, c'en était presque fait de Bourtzès et des siens. Horriblement serrés de près par des milliers de combattants, enfermés dans l'étroit espace compris entre les deux tours du rempart ou ils se maintenaient encore, ils avaient perdu tout espoir. Des nuées de Sarrasins les couvraient de projectiles et de traits enflammés , battant les deux tours avec leurs machines. Cette lutte inégale durait depuis trois jours et trois nuits quand les soldats du stratopédarque parurent. Ce fut un coup de théâtre , une éclatante surprise. Suivant le beau vers du poète : « L'espoir changea de camp , le combat changea d'âme. )) Devant ce flot impétueux de nouveaux assaillants les Sarrasins reculèrent éperdus. En un clin d'œil une foule de soldats du stratopédarque eurent franchi la portion du rempart que Bourtzès et les siens tenaient encore. Tour après tour furent occupées par eux. En même temps Pierre , avec le reste de ses forces, se précipitait dans la ville par la porte de la Mer, Babel-Bahr, que les gens de Bourtzès lui ouvrirent de l'intérieur à coups de hache.
Alors c'en fut bien fini de la défense. De toutes parts les bataillons byzantins se ruèrent dans la grande place de guerre, poussant de longs cris de joie , partout mettant le feu , partout égorgeant sans pitié ceux qui leur tombaient sous la main. Les habitants, combattants ou non, fuyaient épouvantés, hurlant de désespoir, parfois tentant quelque résistance ; mais que pouvaient ces efforts isolés contre la marée montante des Grecs ? Une grande foule de Sarrasins , hommes et femmes, chercha à gagner la campagne par la porte des Jardins'. Les guerriers orthodoxes les prévinrent. Presque tous furent tués ou pris au milieu d'une effroyable confusion. Beaucoup périrent écrasés contre les murailles ou étouffés sous les pieds de leurs voisins qui jetaient leurs armes en demandant l'amân. D'autres groupes de combattants syriens, plus heureux, réussirent en certains points à retarder la poursuite des Grecs en mettant le feu aux îlots de maisons. Ils parvinrent ainsi à s'échapper par cette même porte