‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 21 sur 237 · Gfrœrer, Byzantinîsche Geschlckten, t. II, p · texte numérisé non relu

Gfrœrer, Byzantinîsche Geschlckten, t. II, p

qui voudrait vraiment pénétrer les détails de cette grande institution guerrière, détails qui ont été à peine effleurés par l'amiral Jurien de la Gravière dans ses belles études de la Revue des Deux-Mondes, il faudrait, avant tout, lire attentivement les très curieux détails consacrés à la guerre navale par le Basileus Léon VI, dans ses traités de la Tactique, et les divers passages du Livre des Cérémonies du Porphyrogénète, qui nous donnent la composition des deux malheureuses expéditions de Crète dirigées l'une par Himérios, en 902, sous Léon VI, l'autre par Gongyle, sous Constantin. J'ai déjà plus haut fait allusion à l'un de ces importants documents. On trouvera dans tous deux une foule de renseignements sur la constitution et l'organisation de la marine byzantine, sur le soin inouï que mettaient les empereurs à tenir constamment leur flotte en état, sur le minutieux aménagement de chaque navire, où le moindre paquet de c'ordes, la moindre réserve de scies, de clous ou de chevilles de bois devait être déposée en double. On y lira les nombreuses instructions adressées au grand amiral, qui doit veiller à tout en personne, exercer constamment ses équipages, les tenir sans cesse en haleine, s'assurer qu'ils possèdent aussi bien le maniement du feu grégeois que celui de l'abordage, qu'ils savent aussi bien s'élancer à l'assaut d'un dromon ennemi qu'éviter les terribles grappins des matelots sarrasins. Il est interdit aux officiers de brutaliser les soldats ; il leur est recommandé de ne jamais accepter d'eux aucune somme d'argent pour le rachat d'une punition. La solde des troupes, le chiffre des contingents de chaque thème sont précisés avec d'infinis détails. « Les dépenses du matériel sont indiquées avec la dernière exactitude; on y compte les haches, les chaudrons, les houes, les hottes, les cordages de navire et les cordes d'arc, les clous, les crochets, les crampons, etc. »

L'écrivain allemand Gfrœrer avait écrit dans le second volume de ses Histoires Byzantines, qui n'ont été publiées qu'après sa mort, survenue en 1861, un très captivant chapitre sur la flotte byzantine ; mais ce n'est qu'un résumé d'impressions qui se suivent sans ordre et ne se terminent par aucune conclusion. L'histoire de lamarine des Grecs au moyen âge est encore à faire ; ce travail serait d'un vif intérêt ; les documents abondent.

Poursuivons l'éiiuraération des forces navales dont se composait l'expédition de Nicéphore. Après les deux mille clielandia, venaient mille autres dromons plus grands encore, ceux-là véritables navires de transport. Chacun était spécialement convoyé et protégé par deux clielandia. Trois cent sept carabia d'après les uns , trois cents d'après les autres, commandés chacun par un protocarabos, à la fois chef pilote et officier de marine, portaient les approvisionnements de blé, de farine, et tout l'immense appareil des machines de guerre et de siège avec le stock des armes de rechange.

Voici la liste des armes de réserve et de rechange qu'il était ordonné d'embarquer sur chaque dromon ^ : soixante-dix cottes de mailles , douze cuirasses légères pour le protocarabos, les artificiers ou siphonaires et les soldats placés à la proue pour les protéger, dix autres cuirasses'ordinaires, quatre-vingts casques de métal, dix casques avec visière recouvrant toute la face, huit paires de brassards de métal, cent sabres, soixante-dix boucliers de cuir cousu, trente boucliers lydiens, quatre-vingts crocs à extrémité acérée pour perforer les navires ennemis à distance , vingt lances-faux pour lacérer les voiles et trancher les cordages, cent épieux, autant de javelots, vingt arbalètes avec le matériel de rechange, dix mille flèches, deux cents petites flèches désignées sous le nom de moustiques , pour piquer les chevaux et jeter ainsi le désordre dans les escadrons ennemis, dix mille chausse-trapes pour blesser les sabots des chevaux , quatre grappins nmnis de leurs chaînes, cinquante surcots en étoffe épaisse à mettre par-dessus la cuirasse, cinquante bonnets ou capuchons dits Immilaiilda. — On peut juger par ce seul exemple de l'immense développement d'une semblable expédition.

Parmi les chelandia, il y en avait que j'ai désignés sous le nom d'ousia. C'étaient des barques russes ou varègues à forme toute spéciale ; des marins russes les montaient probablement. Elles portaient de cinquante à soixante soldats de marine également d'origine russe, détachés des stations de la flotte impériale de l'Adriatique, de l'Illyrie, de Dalmatie et de Calabre.

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