‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 214 sur 237 · LV · texte numérisé non relu

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Guerre de Bulgarie. Marche de guerriera. Miniatiu% d'un manuscrit alaron de U WbliothèqiM vatlMU». Vojr. |«f» %H)t.

de la demeure de ses pères, au faubourg asiatique de Chaltvdoine, qui est aujourd'hui Kadikeui '. De lA il lui fut plus que jamais facile de correspondre secrètement avec son impériale amante. L'accueil glacial de Nicéphore ne l'avait point découragé mais plutôt exa8|)éré. Sentant

1. Suivant le récit de Cédrénus, Tzimisoès, ramené de l'intérieur par an meMsge impérial, m> «erait tout d'abord arrêté par ordre & Chalct-doine, d'où il aurait fait demander à Kioépbore U penniirion de se présenter à Constantinople, permission que celui-ci lui anrait refus*!* pour le présent. U n^Mumit dpBC pas revu Nicéphore avant la nnit du crime.

d'instinct que l'heure était venue et que la route lui était ouverte, que Nicéphore avait fait son temps, que l'impopularité de son ancien frère d'armes, de celui qu'il avait tant contribué à faire empereur, avait atteint sa limite dernière, il se trouvait, en véritable homme de son siècle et de sa race, prêt à tout tenter, résolu à recourir aux dernières extrémités pour s'emparer à son tour du pouvoir. Grâce à des intelligences habilement ménagées par la Basilissa, intelligences de harem dans lesquelles on devine la main des eunuques et des esclaves, le hardi domestique, qui ne connaissait pas la peur, dont l'ambition était bien plus grande encore que son amour pour cette Théophano qui ensorcelait tous les hommes, parvint à avoir plusieurs entrevues mystérieuses avec sa maîtresse dans les profondeurs mêmes du gynécée impérial. Il lui fallait, pour s'unir à elle dans leurs criminels rendez- vous, traverser chaque soir le Bosphore dans une barque et se perdre ensuite dans le dédale des bâtiments palatins. La plus légère indiscrétion eût coûté la vie aux deux téméraires. Le dieu des amants heureux et les trahisons qui peuplaient ce grand Palais, vaste réceptacle d'intrigues innombrables, toutes les convoitises à l'affût qui guettaient l'aube d'un règne nouveau, firent leur sûreté.

Dans ces conciliabules dramatiques, ou l'ambition, la haine, le désir de vengeance s'agitaient à côté de l'amour, la mort de Nicéphore fut définitivement résolue. A condition que lui pérît, Théophano promit à Tzimiscès de devenir sa femme et de lui donner la couronne. Les deux conjurés, fatigués de dissimuler et d'attendre, se résolurent à agir de suite. Toutes les dispositions furent très habilement arrêtées par eux. Jean n'eut pas de peine à trouver des complices parmi les mécontents, dont le nombre s'accroissait journellement par la dureté même de Nicéphore. Les deux plus considérables furent le stratigos Michel Bourtzès, le glorieux vainqueur d'Antioche, furieux de sa disgrâce imméritée, et un autre patrice, Léon Pédiasimos. Deux autres se nommaient Léon Balantés ou Abalantés, celui-là taxiarque, et Théodore le Noir ou Jean Atzypothéodoros, un des plus fidèles de Tzimiscès ; mais il y en eut davantage. C'étaient des hommes déterminés, qui avaient fait leurs preuves et qui tous avaient à se

AI l'IXIKME SIECLE.

plaindre du Basileus '. L'ex-doinestique des Scholes orientale» se les attacha par des serments solennels et par les plus brillantes pronieises en cas de succès. De nombreux colloques eurent lieu nuitamment entre eux et la Basilissa. Des serviteurs aftidés, des eunuques, des femmes esclaves les introduisaient isolément tV la faveur des ténèbres dans des pièces secrètes où Théophano les recevait. Ce simple détail montre combien le pauvre Basileus ('tait trahi juK«iUf dans son Palais.

Le meurtre fut fixé A la nuit du dix au onze dé^iembre. Les plus dévoués conjurés, déguisés en femmes venues soi-disant pour faire visite à la souveraine, dissimulant leurs armes sous leurs longs vêtements, avaient été introduits un à un dans le gynécée ', où Théophano les avait elle-même cachés dans des pièces obscures, tout près de la chambre occupée par l'empereur. Ce jour même, comme la nuit venait, « à l'heure de l'hymnodie, » Nicéphore, assailli plus que jamais par de sombres pressentiments, reçut encore un billet de la main d'un des prêtres palatins; il contenait ces seuls mots d'un laconisme effrayant : « Basileus, sache qu'on te prépare pour cette nuit môme une mort affreuse. Si tu veux t'en convaincre, tu n'as qu'à faire fouiller le gynécée ; on y trouvera des hommes armés qui sont là |x)ur t'assassiner. » L'autocrator, (jui recevait journellement de pareils avis, fût frappé de la précision de celui-ci. Conservant tout son calme, il donna ordre à Michel, préfet du cubiculum, autrement dit chef des eunuques et grand maître de la maison, de faire soigneusement visiter le moindre réduit de l'appartement des femmes. La recherche qui eut lieu aussitôt ne donna aucun résultat. Soit qu'il redoutât le courroux de rimpé»ratrice ou qu'il fût gagné à la conjuration, soit négligence ou incurie, Michel fit ouvrir devant lui toutes les pièces de ce vaste quartier, sauf précisément celles où se tenaient cachés les conjurés en armes. Puis il courut avertir le Basileus que cctto fois encore il avait été dupe de quelque mystification ^

1. Yahia dit que les conjurés étaient au nombre de huit en outre de Tiimisov*. D dédgM Bominati' vement Bourtzès et un autre des vainqueurs d'Antioche, rArménien Ishak (Isaac), <lb de BabrAm. — Ibn el-Athlr parle de dix conjurés en outre de Tzimlacès.

2. Dans une chapelle du Palais, dit Ibncl-Athtr dans an de sea trot* réeiU dn HMortre de Nioéphore. 8. Il semble bien (jue les avertissements n'aient pas manqué A Mioéphoce. OédriBoa parle d'oa bUki

Cependant la nuit était venue de bonne heure en ce Iriste jour d'hiver et durait depuis longtemps déjà. Les conjurés, bouleversés d'inquiétudes atroces, secoués de terreurs secrètes, n'attendaient plus que l'arrivée de l'acteur principal, Jean Tzimiscès, chef du complot.

Viendrait-il? On ne doutait pas de son courage; mais pourrait-il à cette heure de nuit, parce temps affreux, traverser le Bosphore et pénétrer au Palais ' ?

Cependant il fallait à tout prix endormir les soupçons de Nicéphore. Théophano va le rejoindre. Ceci se passait dans ce château même du Boucoléon qu'il venait de faire reconstruire pour son usage particulier, croyant, hélas, s'en être fait un refuge inexpugnable -.Des filles de chefs bulgares, fiancées à des princes byzantins (on était pour lors, on le sait, en pleine lune de miel de la nouvelle alliance bulgare) venaient d'arriver à Constantinople. Elle va, dit-elle à Nicéphore, s'occuper de ces étrangères quelques instants. Qu'il laisse ouverte la porte du cubiculum : elle reviendra bientôt auprès de lui, puisqu'elle partage sa chambre, et alors il sera bien temps de fermer toutes les issues. L'empereur fut-il dupe de cet artifice? Qui le sait? Rassuré peut-être, mais toujours prêt •X regarder en face la mort si souvent bravée dans les défilés de la Cilicie comme dans les déserts de la Syrie, de plus en plus détaché d'un monde d'imposture et d'abjection, ce vaillant homme, qui était un juste, s'absorba longtemps dans ses prières et dans la lecture des saintes Ecritures. Vaincu enfin par le sommeil, il s'enveloppe dans le vieux manteau du saint moine Michel Maleïnos, puis il se couche, comme il le faisait souvent, surtout depuis la mort de son père, non dans le grand lit impérial, mais sur une peau de tigre simplement étendue par terre,

reçu par lui dix jours auparavant l'avertissant de se méfier et désignant en toutes lettres Tzimiscès comme conspirant contre ses jours. Pour ce qui est de cet autre billet remis par nn prêtre quelques heures avant le crime, le même Cédrénus ajoute ceci : « Les uns affirment que Nicéphore, croyant que c'était une pétition, le mit de côté sans le lire ; d'autres, au contraire, disent qu'il en prit connaissance mais n'en tint aucun compte ; d'autres enfin qu'il prévint aussitôt le grand eunuque. La funèbre missive fut retrouvée sur son corps après sa mort. »

1. Ici je me suis beaucoup aidé du récit de cette mort dramatique rédigé avec un véritable talent de restitution par feu Augustin Marrast dans ses EsquUses byzantines, pp. 60 à G2. Je l'ai parfois suivi presque mot à mot.

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