‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 26 sur 237 · Auioui-d'hui Standia · texte numérisé non relu

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tout le temps naviguer de conserve. Le rendez-vous définitif fut fixé entre Chio et Samos, à Phygèles, petit port de la côte d'Asie au sud d'Ephèse, en face de Samos. Pendant que la foule des transports attardés sur la route rejoignait peu à peu le quartier général, Nicéphore détacha en éclaireurs ses meilleurs voiliers, qui reconnurent rapidement la côte septentrionale de Crète et rapportèrent d'utiles informations confirmées par le dire de quelques habitants qu'on réussit à capturer. Ils annoncèrent qu'une grande panique, une incroyable agitation , régnaient parmi la nombreuse population sarrasine de l'île. La nouvelle de l'arrivée imminente de l'immense expédition s'était répandue avec la rapidité de la foudre. L'émir Abd el-Aziz, que les chroniqueurs byzantins nomment Kouroup ou Kouroupas ' , et ses principaux lieutenants, bien que fort surexcités par leurs récents succès sur les impériaux, déployaient une activité extraordinaire pour mettre en état de défense les villes de la côte.

La flotte, assemblée tout entière, quitta enfin Phygèles ". Lorsqu'on fut arrivé au mouillage de Nio, le chemin devenant tout à fait inconnu et dangereux, on s'adressa vainement aux pilotes embarqués sur l'escadre. Pas un ne connaissait la route, tant il y avait longtemps, dit Michel Attaliote, qu'aucun navire grec n'avait osé se hasarder au delà de cet îlot. Cependant des marins de Carpathos, montés sur deux petits navires, vinrent au secours de Nicéphore et se chargèrent de conduire les Byzantins jusqu'à la rive Cretoise, qu'on atteignit sans autre incident. Toute l'expédition naviguait maintenant de conserve. Nicéphore, craignant les surprises alors qu'on était si près de l'ennemi, avait énergiquement tenu à ce que toute la flotte parût à la fois sur la côte Cretoise. Nous ignorons le point précis où se fit le débarquement. Il n'eut pas lieu sans combat.

1. Peut-être est-ce une altération du titre byzantin de curopalate. Voj-ez la note 1 de la page 80.

2. Michel Attaliote, un chroniqueur de la seconde moitié du onzième siècle, qui a intercalé dans son histoire de l'empereur Nicéphore Botoniate un récit anecdotique de l'expédition de Nicéphore Phocas en Crète, raconte à propos de ce départ de Phygèles une absurde histoire qui ferait peu d'honneur, si elle avait quelque apparence de vérité, à notre héros et à sa liberté d'esprit. Préoccupé de ce que le nom de Phygèles rappelait celui de Juite, en grec pJti/ji, il aurait fait procéder à nouveau à l'embarquement des troupes, déjà une première fois effectué en ce lieu, en un point de la côte désigné par un nom de moins fâcheux augure, le promontoire de Hagia.

L'ensemble des hauteurs dominant la plage étaient occupées par des masses sarrasines, piétons et cavaliers, dont les hurlements s'entendaient distinctement et dont les blancs vêtements et les armes polies étincelaient au soleil. La descente à terre commença sur l'heure et directement sur la plage. Michel Attaliote nous dit qu'il ne se trouvait aucun port en ce point. Tandis que les archers et les frondeurs byzantins tenaient les Arabes à distance , les plus gros dromons furent poussés à force de rames sur le rivage ; leurs huis s'ouvrirent soudain ; des plans inclinés furent immédiatement disposés, et les Sarrasins de Crète, épouvantés par ce spectacle, parait-il, tout nouveau pour eux, virent les cuirassiers byzantins se précipiter à cheval et tout armés des flancs de ces navires et s'élancer bondissants sur le sable de la côte.

Sans perdre une heure, durant que l'immense débarquement s'achevait, Nicéphore disposa son avant-garde en trois corps. Les fantassins impériaux, les Russes probablement, serrés en masses profondes, couverts par leurs boucliers qui formaient au-dessus de leurs têtes comme un toit continu, présentant sur leur front une haie de piques, s'élancèrent à l'attaque des hauteurs, (( pareils à des Hons, » dit un contemporain ', chantant l'hymne à la Vierge Victorieuse. Un évêque, assisté de clercs en grand costume, marchait en tête de chaque corps, portant haut une croix colossale, au centre de laquelle se trouvait incrusté un morceau de la Vraie Croix, « divine, très vénérable, très sainte, vivifiante, très secourable ». Les Sarrasins, noirs et nus pour la plupart, les autres cuirassés, vêtus de cottes de mailles ou enveloppés dans d'immenses manteaux flottants d'une éclatante blancheur, couvraient les assaillants de traits et de flèches barbelées , poussant des cris incessants. Avec un mépris complet de la mort, ils s'élançaient sur les masses byzantines sans parvenir à les rompre. Des derviches, hagards, échevelés, fanatiques , couraient pour se faire tuer. Couverts eux-mêmes par la pluie de flèches des archers grecs , qui , à peine débarqués, couraient rejoindre la colonne d'attaque, ces ad-

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