Ce fut une des lAns affreuses disettes du siècle
dées, épuisées de souffrances, insuffisamment vêtues, sans l'admirable énergie que déploya Nicéphore et ses paroles ardentes qui relevaient les courages. Bringas également se montra à la hauteur des circonstances. Par son ordre, d'immenses achats de blé furent faits atout prix par le trésor impérial qui devint lui-même vendeur à un taux modéré. Une guerreim pitoyable fut déclarée aux accapareurs. Du coup, le cours des principales subsistances diminua de près de moitié et la famine se trouva grandement atténuée. En même temps des convois considérables furent dirigés en Crète, et l'abondance reparut au camp byzantin.
Le diacre Théodose, dans son second chant, fait le récit d'une des sorties des assiégés, sortie dirigée par le vieux Kouroupas en personne. Quinze cents cavaliers, des frondeurs, trente-six mille hommes de pied, tous vêtus de la cotte de mailles, tous portant les cheveux ras ce comme de vils esclaves, )) excités par les discours de leur émir qui leur promettait les joies ineffables des trois paradis du Prophète, se ruèrent inopinément sur les Byzantins. Ils trouvèrent le domestique prêt à les recevoir. Les émissaires secrets qu'il entretenait dans Chandax l'avaient prévenu à temps. Tout avait été préparé par lui pour organiser une fuite simulée. Théodose nous décrit la sortie bruyante de cette multitude sarrasine, l'attitude calme, silencieuse des Byzantins. Il nous dit les discours de Nicéphore , les acclamations de ses soldats en honneur de Romain II, « le Basileus divin, le père de ses peuples ». Le piège des Grecs réussit entièrement. Ce fut un immense désastre pour les Candiotes, qui tombèrent dans quatre embuscades successives , et dont la retraite fut un moment coupée. Beaucoup périrent et le massacre fut affreux. Un géant crétois poussa son cheval contre Nicéphore, qui d'un coup lui perça le ventre et le jeta bas. Jusqu'à la fin de ce violent combat, la voix du domestique excitant les siens domina le tumulte. Kouroupas , qui du haut d'une tour dirigeait la lutte, désespéré de voir fuir ses soldats, ordonna de leur fermer les portes, mais il fallut bien les leur rouvrir pour les soustraire à un anéantissement total. Sept sorties semblables furent successivement repoussées par les Grecs ' .
1. Pour exciter la dévotion de ses soldats, Nicéphore fit construire dans le camp nne magnifique église
L'hiver de 961 allait finir et les assiégés, bien qu'épuisés de souffrances, décimés par tant de combats, ne parlaient pas de se rendre. Il fallait à tout prix précipiter les événements. Dès les premiers beaux jours de la nouvelle année, le domestique lança ses troupes à l'assaut des murailles, fort ébranlées sur divers points. Au bruit éclatant des trompes, des naquaires, des tambours, au chant de l'Hymne à la Vierge, chant de guerre des Byzantins, les impériaux se ruèrent au rempart, massés en colonne (on disait encore en phalange) profonde, dissimulés sous un toit de boucliers. De malheureux captifs marchaient en tête pour faire hésiter les assiégés. Du haut des créneaux^ les Arabes, les Ethiopiens, mourant de faim, spectres décharnés , opposèrent une résistance extraordinaire. Un incident de ce premier assaut paraît avoir fait sur les Byzan- ^ , , , v ,. . , ,.