‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 36 sur 237 · Sorte de premier commis aux Affaires étrangères · texte numérisé non relu

Sorte de premier commis aux Affaires étrangères

l()-2 UN EMPEREUR BYZANTIN

|)('rial, le soliste, entonnait sur un rythme lent, triomphant et cadencé, les stro[)hes grandioses de l'hymne de victoire des Byzantins, celui que ^loïse et les enfants d'Israël chantèrent après la délivrance de la terre d'Egypte : (( Chantons à l'Eternel , car il s'est hautement élevé ; il a préci})ité dans la mer le cheval et celui qui le montait. L'Eternel est ma force et ma louange; il a jeté dans la mer les chariots de Pharaon et son armée. Salut, roi des Romains, délices de l'univers que la Trinité a rendu vainqueur. Incomparable soldat, défenseur et tuteur du monde, dompte maintenant toutes les nations par les armes divines de la piété. 7> Toute la compagnie des chanteurs palatins et le peuple entier répondaient en chœur au chanteur unique.

Une fois l'hymne achevé, le logothète du Drôme, un autre très haut personnage, le domestique des scholes, chef des contingent sorientaux, et les stratigoi ou gouverneurs de provinces de passage dans la capitale, ou bien encore les grands archontes ou premiers officiers de la flotte, les turmarques et les autres plus importants fonctionnaires provinciaux empoignaient rudement les principaux captifs, les rois barbares ou les émirs sarrasins, et les entraînaient au pied de la Grande Croix. Alors le protonotaire du Drôme , jetant à terre le plus considérable parmi eux, plaçait sa tète sous les pieds du Basileus immobile dans sa hautaine et cruelle indifterence affectée ; il saisissait le pied droit impérial chaussé de la botte rouge et le portait sur le crâne rasé du malheureux humilié, tandis que le protostrator, grand écuyer, lui plaçait sur la nuque le fer de la lance que le Basileus tenait dans sa main droite. A cet instant solennel oii.le misérable souverain détrôné buvait véritalilement jusqu'à la lie la coupe de l'amertume de sa défaite, où l'Autocrator semblait rayonner de toute la brutale majesté de sa tonte-puissance, tous les autres prisonniers, sur l'ordre de leurs gardiens, se précipitaient ii terre, le ventre dans la poussière, la face dans les mains. En même temps on abattait bruyamment les faisceaux de lances et d'étendards con(|uis.

De nouveau les factions acclamaient l'invincible empereur ; de nouveau le chanteur uniipie s'avançait en face du Basileus dans le grand silence de cette multitude. Cette fois il entonnait ces paroles : c( Qui

est grand comme notre Dieu? Tn es le Dieu qui accomplis des miracles. » Puis on récitait la grande oraison, et entre chaque verset le peuple tout entier criait par quarante fois à intervalles réguliers : « Kyrie eleison, nos ennemis ont été frappés par un juste jugement du Seigneur, » et cette clameur de cent mille voix retentissait jusque sur la côte d'Asie. Puis la foule se prosternait, face contre terre, dans l'attitude de l'adoration et le patriarche à son tour entonnait l'hymne qui commence par ces paroles : « Tu es Dieu, parce que tu es miséricordieux et que tu aimes les hommes. »

Alors les malheureux captifs, qui étaient demeurés tout ce temps dans cette attitude lamentable, se relevaient, leurs blancs habits tout souillés de poussière; l'émir que le Basileus avait continué de fouler aux pieds faisait de même en toute humilité, et tous, sur l'ordre de leurs gardiens, se retirant lentement, à reculons, sans détourner la tête, « pour ne pas offenser la splendeur impériale, )) allaient reprendre leurs places à l'extrémité de l'Augustéon. Puis, sur le signal du préposite, les soldats de la garde des corps de l'Arithmos ou des Vigiles, les miliciens des factions, toute l'immense maison palatine, les rameurs du dromon impérial, les chantres du Palais Sacré, assis sur les petits gradins de pierre du pourtour de la place, en dehors de la colonnade, en face et à droite du Basileus, au son des petits orgues d'argent, entonnaient tous d'une commune voix les grandes euphémies, acclamations officielles en l'honneur du prince, répétant par trois fois chaque formule consacrée : (( Longue vie au Basileus, très grand, très pieux, toujours victorieux ! Que Dieu lui donne de longues années ! Longue vie au Basileus élu de Dieu que le Seigneur dirige et dirigera toujours! Longue vie au Basileus que le monde universel aime et vénère, dont le bras soutient le monde ! Longue vie au Basileus très courageux , toujours victorieux, qui fait la fortune de son peuple ! Longue vie au Basileus orthodoxe ! Fils de Dieu, accorde-lui une longue vie. Fils de Dieu, gouverne avec lui. Fils de Dieu, conserve les jours de notre Basileus, exauce- nous, donne-lui de longs jours. Augmente la foi des chrétiens. Accrois la puissance des Romains et de leurs armées. Augmente le nombre de leurs victoires. Augmente le courage du

peuple du Seigneur. Nous sommes les esclaves fidèles du Basileus. Longue vie à l'Autocrator très grand! Basileus, que le Seigneur te donne un long règne ! Seigneur, donne cent années de règne pacifique à l'empereur orthodoxe. 0 toi qui es l'égal des apôtres, ta Ville prospère te proclame un autre David, très sage héraut de la foi, un apôtre Paul qui a le Christ pour cuirasse ! »

Lorsqu'on célébrait plus spécialement une victoire sur les Sarrasins, on chantait encore : (( Gloire à Dieu, le Maître universel, le Créateur de toutes choses! Gloire à Dieu qui a triomphé des Agarènes! Gloire à Dieu qui a fortifié le Basileus orthodoxe ! Gloire à Dieu qui a frappé les Ismaélites, les adversaires du Christ! Gloire à Dieu qui a déUvré nos captifs des mains des Agarènes ! Gloire à Dieu qui a détruit les villes des Arabes ! Gloire à Dieu qui a mis en déroute ceux qui nient la Sainte Trinité! Gloire à Dieu qui a couvert de honte ce cruel émir, ennemi du Christ ! Gloire à Dieu ! Gloire à Dieu ! »

La cérémonie était terminée. Le Basileus se levait. D'un pas lent il gagnait le petit sanctuaire de la Très Sainte Théotokos du Forum. En cet oratoire, les cubiculaires eunuques, c( ceux qui sont sans barbe );, lui enlevaient son costume d'apparat, lui remettant la tunique et la chlamyde impériale ordinaires. Il remontait à cheval et rentrait au Palais. Le patriarche sur son âne regagnait la demeure métropolitaine. La foule s'écoulait lentement. Les gardes ramenaient au Prétorien et aux autres prisons le troupeau des captifs.

Le curieux chapitre du Livre des Cérémonies que je viens de résumer porte ce titre d'une précision brutale : c( Programme des cérémonies à accomplir lors d'un triomphe solennel au Forum de l'Augustéon sur les ennemis vaincus, lorsque le Basileus doit foider aux pieds le prince des Agarènes. »

Il ne faut pas s'étonner outre mesure de cette mise en scène barbare mais grandiose ; elle avait un but poHtique considérable : frapper l'imagination populaire, rehausser démesurément à ses yeux la splendeur de la personne impériale en précipitant dans la poussière à ses pieds l'ennemi vaincu. Cet émir féroce, dont la légende cruellement sanglante a si longtemps fait l'effroi des Fils de la Vierge Toute Sainte,

ce sultan pillard et meurtrier dont le nom redouté a été si longtemps l'effroi des cités d'Asie, le voilà aujourd'hui vautré misérablement, les bras liés, sous le talon du très pieux Autocrator qui, impassible dans sa quasi divinité, lui broie la nuque de son pied pesant! Ce spectacle à la fois si simple et si terrible de ce groupe tragique impression-

Triptyque d'ivoire de la coUectiou Spitzer. Ce très bel échantillon de l'art byzantin du x" siècle a fait partie jailis de la collection Soltykoff. Sur les volets figurent deux auges et quatre saints, dont un est saint Kicolas. Les deux inférieurs sont les deux saints militaires Théodore et Dométrius.

nait plus vivement les âmes naïves des Byzantins, grands enfants à l'imagination ardente, que cent bulletins triomphants de victoires lointaines. Le peuple dévot de cette vaste capitale, en contemplant de si près cet immense écroulement caractérisé par cette vivante manifestation de la toute-puissance impériale, croyait véritablement voir sous sa forme tangible la délivrance éclatante que le Pantocrator et sa Mère la grande Théotokos avaient une fois de plus accerdé à l'empire

EMPEREUR BYZAXTDf.

gardé de Dieu. Une fois de plus ainsi ce peuple crédule adorait cette Mère vénérée , son Fils divin et leur représentant sur la terre, le glorieux roi des Romains, l'isapostole, c( l'égal des apôtres ».

Du reste, si les Byzantins traitaient durement l'ennemi musulman et accablaient son orgueil, l'ennemi musulman le leur rendait avec usure, et si le talon du Basileus foulait en plein Augustéon la tête rasée de l'émir captif, de même le Basileus vaincu ou le grand domestique prison nier voyait aussi le pied du Khalife ou du sultan s'abattre lourdement sur son front souillé. Lorsque l'empereur Romain Diogène, ce glorieux vaincu, le lendemain de la déroute de Mantzikiert, le 27 août 1071, fut amené, tout couvert de sang, devant Alp Arslan, le sultan des Turks Seldjoukides, celui-ci, pris d'une joie sauvage, bondissant de son siège, renversa d'an coup violent le Basileus debout devant lui et le souffleta à quatre reprises. Il voulait ainsi , suivant la coutume orientale, affirmer par cet acte matériel que l'empereur captif était bien devenu sa chose et son esclave. Et ce n'étaient pas les seuls Byzantins, les seuls Agarènes qui s'acharnaient ainsi, dans un but politique, à humilier, à rabaisser le vaincu. Tous les peuples leurs voisins en faisaient autant. Chaque année, racontent et Dandolo et Marino Sanudo, le Jeudi Saint, le doge de Venise coupait officiellement la tête à douze porcs et à un taureau en souvenir de la victoire de la république sur Udalrich, patriarche d'Aquilée. Pris avec ses douze chanoines, celui-ci n'avait été relâché qu'à la condition d'envoyer annuellement un taureau et douze porcs qui le représenteraient, lui et son chapitre, et subiraient la peine qu'eux avaient méritée. Les Florentins, vainqueurs de l'évêque d'Arezzo, le représentaient dans leurs cérémonies triomphales sous les traits d'un âne mitre. Bien d'autres exemples semblables seraient faciles à citer.

Quand le triomphe sur les Sarrasins ou les autres barbares avait lieu, non au Forum, mais quelque peu plus loin, à droite de la Chalcé, dans le Grand Cirque que tous connaissent sous le nom d'Hippodrome, l'At-Meïdan du Stamboul actuel, le cérémonial était peut-être plus pompeux encore, mais quelque peu différent. La longue rangée des captifs allait, à ce que nous apprend le chronographe officiel, du Man-

ganon, principale prison d'État, jusqu'à la meta des Bleus ou borne

Place de l' At-Meïdan, l'ancien Hippodrome do Byzance ; à gauche, l'obélisque de Théodose ; au centre, la colonne serpentine qui supportait le trépied d'or jadis consacré à Apollon à Delphes en commémoration de la victoire de Platée sur les Perses ; à droite, la Pyramide Murée, obélisque de pierre restauré par Constantin Porphyrogénète. C'est sur cette place célèbre que se sont déroulés les plus grands spectacles comme plusieurs des plus grands événements de l'histoire de Byzance; c'est là qu'ont triomphé tous les grands capitaines de l'empire d'Orient; c'est là qu'éclata la terrible sédition des^factions sous Justinien ; c'est là encore qu'a commencé le fameux massacre des janissaires sous Mahmoud.

des Vénètes, pierre qui marquait la limite des sièges de cette faction.

Au devant d'eux, sur un premier rang, on déposait les armes les plus riches, les armures incrustées, les cottes de mailles, les vêtements splendides, tout le butin de prix ; en seconde ligne, on plaçait à terre les lances, les étendards, les fanions à queues de cheval. Derrière se tenaient les captifs. Plus loin on alignait les beaux chevaux arabes , effarés, bondissants, retenus avec peine par leurs noirs écuyers, la queue et la crinière tressées et ornées pour la circonstance. Plus loin encore figuraient les chameaux, troupe étrange, difforme, qui épouvantait les Slaves et les autres enfants du Nord. Sur les gradins du Cirque, la multitude bigarrée s'étageait à perte de vue. Au moment précis 011 l'Autocrator, sortant du Palais Sacré, allait paraître dans le Cathisma, cette tribune très élevée d'où il présidait à la cérémonie, le domestique des scholes avec le stratigos de service, les turmarques et les autres officiers, descendant dans l'arène, passaient une dernière fois en revue toute cette multitude de prisonniers, hommes et animaux, imposant le silence et les attitudes serviles, redressant l'alignement, rectifiant les groupements. Puis, quand tout était en place, le préposite, humblement tourné vers la tribune impériale, signifiait au Basileus que (( tout était prêt et que le spectacle pouvait commencer. )) Le Basileus lui répondait par un signe affirmatif. Le héraut impérial, de sa masse de fer, frappait trois fois un bouclier de métal suspendu. Au choc retentissant, cent mille voix s'arrêtaient soudain; tous les yeux fixaient le Cathisma. L'empereur debout, soutenu sous les bras par deux patrices^ s'avançait sur le devant de la loge et lentement, par trois fois , faisait le signe de la croix, d'abord au milieu, puis du côté de la faction des Bleus, enfin du côté de celle des Verts. Il s'asseyait ensuite sur le trône d'or. Alors éclataient les bruyantes acclamations des factions, et la longue série des chants et des réponses commençait comme au Forum. Comme toujours, la cérémonie se terminait par le lent défilé des captifs et des dépouilles, puis venaient les jeux.

Pour Tovation pédestre de Nicéphore, qui eut lieu au Cirque au printemps de l'an 961, les choses durent se passer de même. Nous n'avons malheureusement que peu de détails. Le matin, le jeune Ba-

sileus, avant de se rendre à l'Hippodrome à la rencontre du domestique victorieux, après avoir été longuement, comme à l'aube de chaque grande cérémonie, adoré par les innombrables séries de dignitaires, était monté à cheval et s'était rendu processionnellement à Sainte-Sophie, précédé par le protostrator, grand écuyer, tenant la lance impériale ornée du flamoulon ou banderole de couleur éclatante, munie à son extrémité d'un fragment de la Vraie Croix, ce vénérable, vivifiante, qui procure la victoire. )) A Sainte-Sophie, l'Au-

Fragmeut d'une étoffe de pourpre byzautiue du x" siècle trouvée dans la châsse de saint Anno II, archevêque de Cologne, à l'abbaye de Siegbourg. Cette étoffe porte les noms des empereurs d'Orient Romain Lécapène et Christophe son fils. Elle a donc été tissée entre les années 919 et 944 (voyez pages 110 et 11 1;.

tocrator s'était rencontré avec le patriarche, venu lui aussi de son palais en lente procession, chevauchant sur un âne ou sur une mule. L' c( égal des apôtres » et le (( patriarche œcuménique, archevêque de la nouvelle Rome », s'étaient, suivant les rites, donné le baiser de paix, tandis que les clercs innombrables de la Grande Eglise chantaient autour des ambons les hymnes appropriés en Thonneur de la Vierge Hypermachos, (( Celle qui combat pour les siens )).

De son côté, Nicéphore, qui avait passé la nuit en dehors des murailles', dans son camp, avec ses soldats, avait été reçu sous la porte

1. Syméon Magister dit cependant que pour cette ovation pédestre il partit de sa maison de Constantinople.

Dorée par un fonctionnaire spécial qui lui avait mis une couronne d'or sur le front. Puis, à pied', à travers la Ville immense et les acclamations infinies, il avait rejoint sous les voûtes de la Grande Eglise le Basileus et le patriarche Polyeucte, se frayant péniblement avec ses soldats un passage au milieu de la foule enthousiaste, le long des larges voies dallées dont les portiques, les églises, les palais, les maisons disparaissaient sous les feuillages artistement disposés, sous les longues guirlandes de laurier et de fleurs odoriférantes, sous les interminables suites de draperies d'étoffes orientales aux grands dessins d'hommes et d'animaux. On appelait cela à Byzance c( couronner la Ville. » Les feux de milliers de torches allumées en plein jour étincelaient de toutes parts. Partout des brûle-parfums répandaient l'odeur pénétrante de toutes les variétés des encens d'Arabie. Sur tous les balcons on avait exposé les objets précieux de chaque famille, vaisselle d'or et d'argent, candélabres, diptyques peints ou sculptés. Dès la première heure des hérauts palatins avaient parcouru la cité, prescrivant à haute voix de l'orner de la sorte et d'arroser d'eau de senteur les rues que le cortège devait traverser. Une énorme population, revêtue d'habits de fête, mélange de cent races diverses, apparaissait à toutes les fenêtres, couvrait tous les toits, encombrait toutes les rues, rudement contenue par les soldats de la garde barbare, détachements des diverses hétairies, et par les miliciens des factions aux costumes bizarres ahgnés en files serrées sous le commandement de leurs démarques. Tous les yeux cherchaient Nicéphore que tout un peuple acclamait.

Au Cirque, la cérémonie se poursuivit suivant les formules immuables que j'ai plus haut décrites. Après la théâtrale humiliation des vaincus, après les interminables euphémies, avant l'ouverture des jeux, le défilé commença au pied du Cathisma, sous les yeux du jeune souverain. Ce défilé constituait toujours la pompe la plus belle de ce jour de triomphe, celle que les foules byzantines attendaient avec la

1. J'ai dit déjà que, lorsqu'il s'agissait d'un véritable triomphe, le Basileus on le général victorieux montait à cheval ou bien s'avançait porté dans un char. Certains empereurs, par humilité dévote, plaçaient dans le char l'image de la Vierge « invincible », « Celle qui donne la victoire, Celle contre laquelle on ne peut lutter, le Chef suprême », et suivaient à pied portant la Vraie Croix.

plus joyeuse impatience et qui arrachait à leurs imaginations ardentes le plus de cris d'admiration, le plus de démonstrations enthousiastes.

Ainsi défilèrent devant Romain II, devant Théophano, dans tout r éclat de sa jeune beauté , cachée avec ses femmes et ses eunuques derrière les grillages de Féglise Sainte-Marie Chalcopratienne , devant toute la cour enfin, gaie, pompeuse et parée, Nicéphore, ses

Coffret arabe d'ivoire, moutc en argent ; conservé à la cathédrale de Bayeux.

glorieux soldats et ses noirs captifs. Les vases remplis de dinars d'or et de dirhems d'argent fin aux noms des Khalifes, les tapis de pourpre de Damas et de Perse, les vêtements brodés d'or, les verres richement émaillés, les étoffes somptueuses toutes couvertes de caractères étranges et de dessins de plantes et d'animaux bizarres, les colliers de pièces d'or, les meubles d'ivoire et d'ébène, les parures magnifiques serties de pierres précieuses , d'écaillé et de nacre , toutes les armes si pittoresques des guerriers de l'Islam, cimeterres, casques, boucliers, rondaches et cuirasses étiiicelant sous la damasquinure, la ciselure et les turquoises enchâssées, les faisceaux de lances, les arcs recourbés par milliers', éblouirent les yeux des Byzantins, accoutumés cependant à tant de spectacles superbes. Un témoin oculaire compare ce gigan-

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