de notre ère
fait son entrée solennelle le 29 octobre 944. Elle devint aussitôt sa résidence habituelle, le centre et la capitale de ses vastes et mouvants Etats. Plus tard encore, après des vicissitudes très diverses, après avoir été même chassé deux fois d'Alep, il avait conquis, toujours sur rikhchidite, Damas \ Emèse, Antioche, et affermi définitivement sa souveraineté sur la majeure partie des villes de la haute et moyenne Syrie avec une portion de la Mésopotamie. Il continua comme par le passé à vivre surtout dans les camps. Chaque année de son existence aventureuse et inquiète fut, à partir de son avènement à Alep, marquée par quelque entreprise contre les Byzantins ; on en connaît plus de quarante, sans compter ses guerres contre ses voisins musulmans et ses expéditions au désert pour châtier les tribus pillardes de Bédouins nomades. Je récapitulerai tantôt les faits les plus saillants de ces premières campagnes de Seîf Eddaulèh contre le pays de Roum. Auparavant je voudrais en quelques mots dire ce que fut, non seulement comme guerrier, mais aussi comme souverain et comme lettré, cet Arabe fameux, le personnage à la fois le plus illustre et le plus attachant des grandes guerres gréco-sarrasines du dixième siècle. Je voudrais présenter au lecteur ce noble chef syrien, digne adversaire de Nicéphore.
Pour celui qui fouille les chroniques byzantines du milieu du dixième siècle, durant plus de vingt ans, de 945 à 967, un nom unique, je le répète, revient à chaque page comme celui du constant et infatigable mais aussi du plus redoutable ennemi de l'empire grec, c'est celui du prince d'Alep, Seîf Eddaulèh, le Hamdanide. Ce fut le type accompH de l'émir sarrasin du moyen âge, cruel, fastueux, passionnément épris du pouvoir, se procurant par tous les moyens les sommes immenses dont il avait incessamment besoin pour la solde de ses troupes essentiellement mercenaires, mais hardi, de la plus brillante, de la plus téméraire bravoure, sans peur comme sans faiblesse, chevaleresque, policé, capable des plus nobles et des plus généreuses actions, protecteur éclairé et passionné des lettres et des arts,
1. Il ne conserva que peu de temps la possession de cette ville.
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rgalcineiit fait pour liabiter les palais des J\[iUe et une nuits ou la tente dn 1 k'doniii pillard. Un contemporain ' nous le dépeint heau entre tons les fds de Hamdan, dont la beauté était célèbre : ce la perle du milieu du collier qu'ils formaient )), éloquent, libéral. f( Sa royale demeure était l'attrait des visiteurs, la balte favorite des voyageurs, l'espoir des nécessiteux, le champ clos des poètes et des littérateurs. Jamais, sauf à la porte des Khalifes, on ne vit réunis autour d'un mcme prince tant de maîtres es poésie. )) Sa cour brilla du plus vif éclat tant qu'il vécut. Son beau palais suburbain d'Alep, El Halébah, oii il aimait à se reposer dans les rares et courtes périodes de calme qui succédaient à ces incessantes prises d'armes, était le rendez-vous universel des lettrés, des artistes, brillants représentants de cette civilisation arabe alors encore si brillante. Ce libre fils du désert, cet émir intrépide (}ui se riait du danger, ce cavalier admirable et sans égal qui, suivi de ses fameux gardes du corps, passait sa vie au galop de son coursier parcourant en un jour des distances énormes sur toutes les routes de l'Asie, qui n'avait pas passé un jour sans monter les merveilleux chevaux de ses grands haras, ce parfait homme de guerre sarrasin qui, depuis la première adolescence, avait chaque année conduit en pays chrétien ou contre ses propres coreligionnaires quelque foudroyante expédition, quelque razzia dévastatrice, ce souverain somptueux qui donnait audience aux ambassadeurs étrangers dans un décor d'une richesse éblouissante, fantastique, qui vivait au milieu d'un luxe féerique, se plaisait à stimuler lui-mcme l'ardeur poétique des chantres de sa cour. Le soir, aux environs du harem parfumé, dans les jardins embaumés, le long des eaux froides du fleuve Kouaïk ', dans les cours dallées de marbre, au son argentin des jets d'eau répandant la fraîcheur, ou bien, au désert, sous sa vaste et somptueuse tente de guerre a aux piliers hauts comme des mâts de navire, » il aimait a écouter rêveur ses improvisateurs favoris qui mettaient en vers ses phis belles victoires. Lui-même était un poète accompli, un littérateur excellent, adorant la noble science de poésie. Le fameux