‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 48 sur 237 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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2. Aboiilfaradj dit 3,000 seulement. La diversité des informations portant sur un même fait est parfois vraiment désespérante.

3. Suivant d'autres récits, Léon Phocas était de retour de sa campagne de Syrie lorsque Seîf Eddaulèh pénétra en pays chrétien. S'il n'attaqua point aussitôt l'émir, c'est qu'il disposait de forces insuflB santés.

4. La Karcbanah ou Karchenah des historiens arabes. Forteresse montagnarde importante située aux environs de Malatya, l'ancienne Mélitène, au nord de Samosate, à cinq heures de marche de l'Euphrate.

contrer un seul corps de troupes ennemies '. Ce fut une razzia superbe ".

Léon Phocas ne se révéla qu'en novembre, en plein Ramadan, lorsque le Hamdanide, chargé d'un prodigieux butin après de longues semaines de pillage, eut repris la route de Syrie. Le curopalate, généralissime des forces grecques en Asie, n'avait à sa disposition que des soldats fatigués, fort décimés par de longues et presque incessantes campagnes. On lui avait en outre envoyé quelques mauvaises milices, mal armées, ramassées à la hâte dans les thèmes voisins. Il était ainsi peu préparé à recevoir le choc d'un ennemi nombreux excité par de récents succès ; mais, bien renseigné par des traîtres, il sut choisir admirablement le lieu oii il comptait courir la chance d'une lutte décisive.

Les guerriers sarrasins, alignés en longues files, fiers de leur course merveilleuse, admirablement montés et armés, poussant devant eux d'innombrables captifs, des troupeaux sans fin, des chars remplis de dépouilles, tout le pillage des villes et des monastères, galopaient sans défiance à travers les campagnes byzantines, dédaigneux d'un adversaire qui sans cesse se dérobait. Seîf Eddaulèh, le brillant émir, ce type parfait du hardi cavalier sarrasin dont toute la vie s'était passée à faire la guerre, monté, nous dit Léon Diacre, sur une jument arabe d'une taille et d'une méchanceté extraordinaires, cavalcadait joyeusement, se livrant, heureux du grand butin conquis, à de constantes et étourdissantes fantasias. Ce détail n'est-il point typique? et combien cette race arabe s'est peu modifiée depuis dix siècles! c( Sans cesse courant de l'avant à l'arrière-garde de l'immense colonne en marche, le Hamdanide, poursuit le chroniqueur, jouait habilement de sa lance qu'il maniait avec une admirable dextérité, la jetant en l'air et la rattrapant au vol sans jamais ralentir la folle vitesse de sa monture. » On croirait lire les prouesses hippiques de quelque chef de J3édouins du Nedjd ou du Sahel.

1. Cependant El-Aïni dit que l'émir d'Alep battit le fils de Chamachiq (Jean Tzimiscès) précisément dans les environs de Charsian.

2. Ghazya, suivant le terme même employé par l'historien Abou'l Mabâcen pour désigner cette expédition.

M'j ex KM l'KUKIIJ liVZANTIN

()ii ('tait aiiiv(' ati pied du Tanriis oriental. L'année sarrasine s'enuau'c a dans un délilr saiivaf^e de la ronte de Syrie, défilé aux parois alinij-tes (juc les (ii-ecs désignaient sous le nom de Kylindros et que i\('nial (Ml-I)iii nonnne Magliara-Alcolil '. C'était une des voies principales par lesipielles on fraueliissait la montagne pour dé})ouclier en terre sarrasine. lia forteresse ou elisure byzantine qui en défendait le passage porta.it ce mcine nom de Kylindros '. Le curopalate ou plutôt domesti(|ue l^éon, car ce dernier titre bien plus élevé lui avait été conféré p)ar le ])asileus depuis le départ de son frère pour l'expédition de (hvte, venait précisément de faire sa jonction avec divers stratigoi, parmi lesquels celui du thème de Cappadoce, le patrice Constantin ]\Ialéïuos. Us lui avaient amené quelques contingents des districts voisins, rudes milices montagnardes. Le généralissime, estimant ce lieu i)ropice ])our surprendre son adversaire, s'était embusqué avec toutes ses forces dans le défilé, occu])ant la forteresse et les nond)i-eux ouvrages et retranchements qui en défendaient le parcours. Les troupes grecques s'étaient parfaitement cachées. Lorsque toute la cavalerie sarrasine et l'énorme convoi de captifs et de chameaux chargés furent engagés dans l'étroit vallon, comme déjà les têtes (le colonnes franchissaient l'issue méridionale, les trompes et les tamb(»urs liyzantins soimèrent; au bruit de ces instruments, les impériaux, poussant des cris affreux, surgirent de toutes parts et la troupe alépitaiiie fut incontinent cernée.

Alioulféda affirme (pie les conseils n'avaient point manqué au ïïaradanidc, mais qu'il s'entcta à revenir par la même route suivie par lui au départ, a L'('niir, nous dit ce chroniqueur, professait un incioyable mépris pour l'opinion d'autrui, ne se fiant qu'à sa propre cxpf'iiriice, su])portant imi)atiemment le moindre avis, voulant tout lairc par lui-môme sans consulter personne, ne souffrant pas qu'on lit h(mncur du plus petit de ses succès à la sagesse de ses conseillers,

1. .\lk..iiL"Mik, -iiiv.iii- l-'ir\ t.iL.'. ',j,, l'if., t. XI, p. I'.m;. lIotL' J.

■J. (•.ir.nii-, Srylitzi- f. (r;iu! iv- chniiiiciii. nrs d-iincn!. [kit coiit vc. an lieu de ce combat le nom il AiicliM--,.-. Aiulr.i--..- ,■: K\liii(.ln.- ct:iieii! iirobabk'ineiit deux Idéalités t rès voisines. Je ne suis pas

iMi-vi'iiit à lij- idriititifi-.

AU DIXIEME SIECLE. Il",

exigeant qu'on en attribuât tout le mérite à lui seul. » Léon Phocas avait compté sur l'imprudence d'un adversaire aveuglé par ses succès. Son calcul ne l'avait point trompé.

Ce fut un grand massacre qui frappa l'imagination des contemporains. Une foule de guerriers sarrasins, beaucoup de hauts hommes de l'Islam furent égorgés ou assommés sous les roches et les troncs d'arbres roulant des hauteurs. Leurs cadavres dépouillés jonchèrent les chemins de la montagne. Un plus grand nombre furent faits prisonniers. Tous les captifs chrétiens furent délivrés, tout le butin recouvré ; le trésor et les bagages du Hamdanide furent pris. Chambdas (( l'impie », Chambdas ce le fanfaron », se défendait avec rage. Son fameux cheval géant fut tué sous lui. Entouré de toutes parts, il allait succomber, lorsque son écuyer Joannice, un chrétien renégat, lui donna sa monture et lui sauva la vie au prix de la sienne. Il réussit à se dégager, bondissant vers la sortie du défilé. La poursuite commença furieuse, mais le Hamdanide et les quelques cavaliers qui le suivaient encore montaient des chevaux merveilleux '. Ils réussirent à distancer les Byzantins. S'il faut en croire Léon Diacre, l'audacieux émir dut surtout son salut à une ruse de guerre dont on retrouve la trace dans les récits de bien des luttes d'autrefois. Il serait parvenu à diminuer l'ardeur de la poursuite en faisant, tout du long de sa course folle, jeter à poignées sur la route les besants d'or qu'il avait conquis en terre chrétienne et que les mulets de son armée portaient dans des sacs. Les fugitifs passèrent leur première nuit en un lieu nommé Alghawanît. Seïf Eddaulèh rentra avec trois cents cavaliers seulement dans son palais d'Alep '.

Parmi les chefs sarrasins qui tombèrent aux mains des soldats grecs, les historiens arabes citent Abou'l Achâïr \ que Cédrénus appelle Apolasar, parent de l'émir, et le fameux poète Abou Firâs,

1. Dans les récits des chroniqueurs, qui confondent si souvent toutes ces expéditions assez semblables les unes aux autres, il est, cette fois encore, comme lors de la déroute de 950, question d'un saut prodigieux du coursier de Seîf, saut auquel celui-ci aurait dû son salut.

2. Aboulfaradj dit cent. Abou'l Mahâcen dit que l'émir fugitif sortit des défilés du Taurus dans le voisinage de Tarse.

3. n fut interné diins la citadelle de Charsian, puis envoyé à Constantinople où il mourut.

également son cousin \ Parmi les tués, ils nomment le cadi d'Alep^ Abou'l Hosaïn Alrakkî ". Seîf Eddaulèli, dit-on, voyant étendu sur la route le cadavre de ce serviteur dévoué mais prévaricateur qui l'avait maintes fois mal conseillé, le foula aux pieds de son cheval, s'écriant : « Que Dieu n'ait point pitié de toi, car c'est toi qui m'as ouvert les portes de l'injustice. » Hamid ibn-Namousi et Mousousia Khan périrent également sous le sabre byzantin.

c( C'est ainsi, s'écrie le chroniqueur Léon Diacre, que le curopalate Léon Phocas délivra les provinces d'Asie. » Longtemps, paraîtil, des monceaux d'ossements blanchis, épars dans ce sauvage défilé de Kyhndros, redirent au passant la déroute de l'arrogant Hamdanide et de ses goums rapides. Tous les historiens du dixième siècle font allusion à cette grande catastrophe qui eut, je l'ai dit, un retentissement formidable. Dans le traité de VAi^t militaire de l'empereur Nicéphore Phocas, au chapitre m, qui est consacré aux procédés à suivre pour tendre une embuscade à l'ennemi dans un défilé des montagnes, l'écrivain officiel, après avoir décrit les diverses péripéties de la surprise, s'écrie : c( Pareille aventure est arrivée par trois fois à l'odieux Chambdas; deux fois il s'est laissé surprendre sous le règne du bienheureux et glorieux Basileus Constantin, une fois sous celui de son successeur le bel empereur Romain. Tous ont encore présente à la mémoire la terrible déroute que subirent alors les guerriers contempteurs du Christ. »

Tous les chroniqueurs grecs contemporains parlent du Hamdanide sur ce même ton, preuve éclatante de la terreur qu'il inspirait et des souffrances sans nom que ses incessantes attaques avaient infligées aux provinces asiatiques de l'empire. Jamais ce nom exécré n'est prononcé sans qu'une épithète de haine ne lui soit accolée, « Chambdas l'impie », « Chambdas que Dieu confonde », « Chambdas, ce fléau des orthodoxes, ce misérable contempteur du Christ ».

La nouvelle de la victoire du curopalate Léon éclata comme un

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