CHAPITRE IV
Campagnes de Nicéphore eu Cilicie et en Syrie de 901-962 et 9G3, sous le règne de Romain II. — Vastes projets du domestique des scholes d'Orient. — Arant tout , il veut détruire la puissance du Hamdanide et conquérir la Syrie. — Pour atteindre ce résultat, il lui faut d'abord soumettre la Cilicie. — Description de cette province et de la chaîne du Taurus qui la sépare du reste de l' Asie-Mineure.
— Défilés de cette montagne. — Système de la gueiTC de frontière gi'éco-sarrasine au dixième siècle. — Le livre de la Tactique de l'empereur Nicéphore. — Etat de la Cilicie à cette époque. — Ses nombreux châteaux et places fortes. — L'Amanus la sépare de la Syrie. — Campagne foudroyante de Nicéphore en Cilicie (hiver de 961 à 962). — Prise de nombreuses forteresses. — L'armée retourne célébrer les fêtes de Pâques â Césarée. — Rentrée des Byzantins en Cilicie (printemps de 9C2). — Siège et prise d'Aïn-Zarba. — Exil de la population sarrasine. — Prise de plusieurs autres forteresses, entre autres, de Sis. — Les Bj'zantins franchissent les défilés de l'Amanii#. — Description de ces défilés, — Marche de Nicéphore sur Alep. — Les armées sarrasines. — Description de la Syrie du nord et de la principauté d'Alep. — Les Byzantins s'emparent des forteresses syriennes, Membedj, etc. — Ils paraissent devant Alep. — Description de cette ville et du palais de Seîf Eddaulèh. — Lutte pour Alep. — Seîf Eddaulèh est définitivement battu. — Prise et pillage d'Alep.
— Le château de la ville seul résiste. — Effort infructueux des Grecs pour s'en emparer. — Mort d'un prince byzantin. — Retraite de Nicéphore. — Il apprend la nouvelle de la mort de Romain II.
Nicéphore , chargé de bienfaits par Romain , ne fit que passer à Byzance. Cédrénus et Zonaras, qui se trompent certainement et passent tout à fait sous silence l'ovation de 961 formellement mentionnée par Léon Diacre, disent que pour des raisons dynastiques, raisons du reste faciles à concevoir, le domestique victorieux reçut l'ordre de ne point rentrer dans la capitale, mais de passer directement de Crète reconquise en Asie qu'il allait défendre. La vérité paraît être que Nicéphore vint bien à Constantinople, qu'il y reçut les honneurs du triomphe, mais que fort peu de jours après il dut repartir pour l'Asie. En effet, que ce fût en raison des craintes qu'il inspirait à la cour et surtout au défiant Bringas, peut-être tout simplement à cause de nouvelles agressions du Hamdanide brûlant de venger sa récente dé-
route, toujours est-il que, dès l'été de cette même année 961, nous retrouvons Nicéphore en Asie à la tête de l'armée d'Orient. Très certainement la plus grande partie des troupes de l'expédition de Crète fut transportée directement de Chandax dans les ports de la côte asiatique, et seulement des détachements d'élite suivirent leur général h Byzance pour figurer dans son ovation.
Avant de repartir pour l'armée, Nicéphore fut investi à nouveau du
Camd'O byzantin du Cabinet de Franco (jaspe sanguin). Le Christ nimbé tenant les évangiles de la main gauche et de la droite donnant la bénédiction. Sur la monture en argent, qui paraît du xiii" siècle et qui est de fabrique occidentale, on lit en beaux caractères niellés ces mots : SORTILEGIS VIRES ET FLUXUM TOLLO CRUORIS : J'ûte les forces aux sortilèges et farrite le flux du sang. Ce camée byzantin a donc passé au moyen âge pour un ta lisman contre le mauvais sort et diverses maladies.
titre de domestique des scholes d'Orient que son frère Léon avait porté en son absence. Celui-ci, malgré ses récents succès, dut s'effacer devant l'immense popularité du vainqueur de Chandax. On tenait au Palais Sacré à frapper un grand coup pour en finir en une fois avec l'opiniâtre émir d'Alep, et Nicéphore était bien l'homme désigné pour cette grande opération militaire \
Chambdas c( que Dieu confonde, » au lieu de s'humiHer devant le Dieu des chrétiens et de baiser dévotement la main qui l'avait si rude-
1. "Voyez dans Leonhardt, oj). cit., pp. 13-15, Texposé des motifs du départ si brusque de Nicéphore pour rejoiudre son commandement d'Asie.
ment frappé, avait presque sur-le-cliamp tenté de venger sa défaite par de nouvelles déprédations. La guerre s'était poursuivie durant l'hiver tout du long de la frontière méridionale de l'empire. Nadjâ, l'esclave blanc favori de Seîf Eddaulèh et un de ses meilleurs lieutenants, à la tête de contingents nombreux, avait remporté dans le mois de Ramadan des succès assez considérables sur territoire grec, en avant de Miphracta qui est Mayyafarikîn. Dans une de ces rencontres , il avait même battu des forces très supérieures sous le commandement du patrice Michel de Harît et du dynaste arménien Tornig. Ce dernier avait été fait prisonnier avec plusieurs patrices. Le reste des impériaux, retranchés sur une hauteur, avaient été massacrés après une résistance désespérée '. Nadjâ rentra dans Alep avec un grand butin d'une valeur de plus de trente mille deniers et deux mille prisonniers, dont cinquante hommes de marque, liés de chaînes '.
Malgré ces avantages, il semble bien que l'émir d'Alep ait été fort affaibli par la grande défaite éprouvée au défilé du Kylindros, et tout semble indiquer ^ que dans la campagne dont je vais faire le récit il fut cette fois plutôt attaqué qu'agresseur, comme c'était son habitude. Si le premier ministre Bringas poussa si vivement les choses de ce côté, c'est aussi apparemment qu'il ne voulait pas laisser le temps au Hamdanide de réparer ses pertes. Un symptôme grave nous montre à quel point la puissance de l'émir était ébranlée : ses vassaux songeaient à se détacher de lui, et cette même année 350 de l'hégire ' vit un de ses principaux lieutenants, l'émir de Tarse, Ibn-Alzayyat, ordonner que la prière officielle serait dorénavant dite dans les mosquées au nom du seul Khahfe et que celui de Seîf Eddaulèh n'y serait plus prononcé ^
L'annonce de l'arrivée de Nicéphore, que précédait sa grande re-
1. Voy. Freytag, Geschichte der Dynastie der Ilamdaniden, Z. der D. M. G., t. XI, p. 197.