Leonhardt, op. cit., p. 14, note
5. Aboulfaradj et Ibn el-Athîr mentionnent à cette date, première moit-ié de l'an 9G1, une expédition malheureuse des Arabes d'Antioche dans la région de Tarse. Les Sarrasins tombèrent dans une embuscade des Byzantins et furent fort maltraités. Le chef sarrasin d'Antioche se sauva couvert de blessures.
nommée militaire, jeta l'épouvante en pays sarrasin. Les coureurs du Hamdanide disparurent comme par enchantement du territoire de l'empire. Mais le domestique d'Orient n'était pas homme à se contenter de si peu. Le pensif et résolu homme de guerre, en suivant à la tête de ses lourdes légions, à travers les immenses campagnes qui s'étendent de l'Olympe de Bithynie au Taurus, cette route de Syrie qui coupe diagonalement la presqu'île d'Asie-Mineure et qu'avaient parcourue avant lui tant de conquérants antiques, mûrissait dans sa tête de bien autres projets. Il s'agissait pour ce grand capitaine, pour ce fervent Byzantin, à la fois citoyen épris de l'antique grandeur de sa patrie et dévot chrétien orthodoxe, de refaire de toutes pièces aux dépens de l'Islam ce vieil empire des Romains dont tout bon fils de Constantinople pleurait chaque jour la triste déchéance. Ce qu'il avait fait pour Crète, il voulait aujourd'hui l'accomplir pour ces riches provinces de CiHcie, de Syrie, de Mésopotamie depuis si longtemps tombées aux mains des vils sectateurs de Mahomet. Cet homme d'un patriotisme fier, actif, persévérant, songeait constamment au relèvement de l'ancienne puissance romaine.
Pour atteindre ce résultat, tout entier à son beau rêve, Nicéphore donnait ses soins exclusifs, opiniâtres à son armée \ Son grand succès de Crète l'avait encouragé. Ilsavait qu'il pouvait compter sur ses troupes. Il avait un objectif à la fois politique et religieux très net et très simple. Il voulait chasser le Sarrasin maudit jusque dans les déserts d'Arabie, affranchir du joug du faux prophète les belles cités de Syrie, les campagnes de Palestine, les terres de Mésopotamie, restaurer en même temps le culte du Dieu vrai dans Jérusalem, cette capitale chré-
1. Lisez dans Zonaras la fière et brutale réponse qu'il fit à l'empereur Eomain II, comme celui-ci, au début de son règne, se plaignait que tout allait de mal en pis et que les Sarrasins étaient partout les maîtres. « Les choses vont ainsi, lui dit-il, parce que c'est toi qui gouvernes et mon père qui dirige l'armée. Toi, tu gouvernes de travers. Quant à mon père, il n'aime que l'argent. Si tu le veux, tout peut changer encore, mais ne crois pas que ce soit l'affaire d'un jour. » Alors, ajoute le chroniqueur, Romain le laissa libre de diriger à sa guise toutes les questions militaires, et lui se mit à l'œuvre aussitôt pour réorganiser la flotte et l'armée. — Les choses ne durent cependant pas se passer exactement ainsi, et Zonaras a inventé une partie de la réponse de Nicéphore. Il est en effet certain que, dès le règne de Romain II, Bardas Phocas était à la retraite et n'exerçait plus le commandement supérieur, dans lequel son fils l'avait remi^lacé. Je n'ai cité ce passage que pour faire voir à quel point les questions de réorganisation militaire avaient préoccupé l'esprit de Nicéphore dès l'origine même de sa fortune politique.
tienne, délivrer le saint sépulcre, reporter enfin à la fois les bornes de l'empire byzantin et celles du patriarcat œcuménique au Tigre d'une part, aux sables d'Arabie et de la péninsule sinaïtique de l'autre. Le but était grandiose, les circonstances se trouvant, je le répète, éminemment favorables, et certes il eût été facilement atteint par un tel capitaine suivi de pareils soldats si le Palais Sacré de Constantinople n'eut existé avec ses éternelles intrigues, si seulement celles-ci eussent, pour quelques années, cessé de s'agiter et de ruiner l'empire en l'ébranlant incessamment. Si l'effort guerrier que je vais raconter n'eut donc pas les résultats définitifs que l'empire était en droit d'en attendre, il en eut cependant de fort importants qui furent même durables, et, en tout cas, cette expédition de l'an 9G1 et celles qui suivirent constituèrent un brillant et glorieux épisode qui releva haut la vieille suprématie des armes romaines dans le Levant. Les guerres syriennes de l'empereur Nicéphore et de son successeur Jean Tzimiscès sont certainement la page la plus belle de l'histoire byzantine militaire depuis les exploits des généraux de Justinien. Dans la suite, l'empire ne vit plus jamais rien de semblable, même sous les grands princes de la dynastie des Comnènes. L'année 961 marque le début de ces fameuses campagnes de Cilicie et de Syrie conduites par ces deux empereurs successifs, qui furent deux hommes de guerre incomparables et qui, je le dis encore, eussent certainement réussi à atteindre le but admirable qu'ils s'étaient proposé si l'esprit d'intrigue qui sans cesse veillait à Byzance n'eut sans cesse paralysé leurs efforts, sans cesse rendu vain le fruit de leurs victoires, si une femme aussi, véritable mauvais génie de l'empire, l'impératrice Théophano, n'eût par sa beauté funeste constamment troublé les cœurs de ces intrépides soldats et fait enfin de ces deux vaillants champions de l'empire deux ennemis acharnés.
Ces guerres ciliciennes et syriennes, si belles, si hardies, qu'il serait si curieux de pouvoir étudier minutieusement et restituer en détail, hélas, nous ne possédons sur elles que les notions les plus succinctes et les plus arides. Les chroniqueurs arabes, les rares historiens grecs qui nous ont laissé des documents sur le dixième siècle, nous ont bien transmis le récit des événements principaux, mais c'est un récit d'une
désespérante brièveté, ini simple et fort incomplet sommaire des campagnes successives, avec bien des confusions difficiles à démêler. Aucun renseignement sur les faits secondaires, sur ces mille détails qui sont le charme et comme le sel de l'histoire; rien que des notions géné-