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Plaque de bronze byzantine de ma collection. Le Christ prêchant aux poissons et aux oiseaux. On a:er^oit une grande variété d'animaux ailés ou marins.
raies et quelques faits capitaux. Aucune animation, aucun souffle, rien qu'un résumé bien sec. Pas une ligne sur les soldats qui composaient ces immenses armées, sur tous ces humbles que nous voudrions tant connaître et qui ont écrit de leur sang obscur chaque page de ces annales. Impossible de mettre de la vie dans un récit pour lequel nous
n'avons à consulter que des sources si imparfaites ; il faudrait pour Fanimer j mettre du sien, ce que ne tolère point le sévère génie de l'histoire ; il faudrait en tout cas déployer un talent d'écrivain que je suis loin de posséder, hélas. Je m'efforcerai d'atténuer cette sécheresse, mais comment l'éviter tout à fait dans l'énumération nécessairement si monotone de ces campagnes qui se renouvellent chaque année entre les mêmes adversaires, presque dans les mêmes conditions, dans les mêmes lieux, avec des péripéties presque identiques?
La première chose à faire pour le général byzantin qui voulait au dixième siècle arracher l'empire de l'Asie aux mains des Sarrasins était de leur enlever la Cilicie, autrement dit le thème de Séleucie, qui comprenait la plus grande partie de cette antique province oii ils s'étaient implantés dès le huitième siècle '. En effet, je l'ai dit, le plus redoutable ou plutôt le seul ennemi de l'empire en Asie, à cette époque d'anarchie du Khalifat, était le prince Hamdanide qui résidait à Alep, et dont la souveraineté s'étendait surtout sur la Syrie septentrionale. Une fois la Syrie conquise, une fois Alep aux mains des soldats orthodoxes, il n'y avait plus d'obstacle militaire bien sérieux qui pût s'opposer à une marche en avant d'une part sur Jérusalem, d'autre part le long du Tigre et de l'Euphrate sur Bagdad, la capitale des Khalifes, coeur même de la puissance de l'Islam.
Il fallait donc commencer par conquérir la Syrie. Or, pour passer d'Asie-Mineure, qui était à ce moment encore presque tout entière byzantine, en Syrie, qui, elle, était complètement musulmane, le principal, presque le seul passage a toujours été la Cilicie. Qui tient solidement du côté du nord les passes de l'Amanus, ce rameau du Taurus qui sépare les deux provinces, peut défier non seulement les menaces d'invasion venant du sud, mais est maître d'inonder à son plaisir la Syrie de ses troupes. Qui les tient par contre du côté du sud peut en un instant occuper la Cilicie. Ces deux contrées se commandent réciproquement. Or, en 961, au moment où Nicéphore allait inaugurer ses grands projets de restauration de l'empire, ce n'é-
1. Le Khalife Haroun al-Rachid en avait déjà fait restaurer et fortifier les places de guerre principales.
AU !" \ ' '-ME SIÈCLE. 161
taieut point les seules passes de rAmamis qui étaient aux mains des soldats du Hamdanide, mais bien la Cilicie tout entière, les passes de TAmanus étant en plein pays sarrasin. Les cavaliers de Seîf EddaulMi les traversaient en paix comme ils voulaient. Les émirs des villes ciliciennes étaient les lieutenants du prince d'Alep, et même en temps de paix ses avant-postes occupaient les extrémités méridionales des défilés de la grande chaîne du Taurus qui, elle, sépare la Cilicie du reste de l'Asie-Mineure. S'ils en eussent occui^é également les extrémités septentrionales , c'en eût été fait des possessions de l'empire byzantin en Asie. Car qui tient les deux versants du Taurus est maître, en venant du sud, d'envahir à son gré la Cappadoce et de la Cappadoce de s'avancer jusqu'au centre des thèmes asiatiques, jusqu'aux rives môme du Bospliore.
Que l'on consulte une carte pour mieux saisir ces faits, d'ailleurs si simples. La Cilicie, cette étroite région triangulaire enfermée de toutes parts par de hautes montagnes sauf sur son littoral méridional, par sa position entre la Syrie et le reste de l'Asie-Mineure, barre entièrement la grande route de Constantinople vers cette même Syrie, cette grande route du Bosphore et de l'Hellespont vers les rivages orientaux de la Méditerranée et le cours moyen de l'Euphrate qu'ont prise dans des sens divers tous les conquérants de l'antiquité. Constamment cette province, par sa proximité de la Syrie, a tenté la cupidité de tous les maîtres de ce pays, comme les bois de ses forets ont tenté celle de tous les souverains du voisinage désireux de se créer des flottes de guerre.
Blottie au pied de ces hauts sommets qui lui forment une si redoutable ceinture, semée de hautes, abruptes, profondes et presque inaccessibles vallées dans le nord , de plaines basses parfaitement unies dans le sud, hérissée de forteresses, coupée de fleuves impétueux, la Cilicie, bornée au sud par la mer, est protégée contre le nord et l'ouest par l'inmiense rempart du Taurus, protégée contre l'est par l'Anianus '. Kii venant du nord pour pénétrer en
l. Voir, sur la Cilicie, l'excellent travail public par MM. C. Favre et B. Mandrot (Lins lo Bulhlin dt la Société de Géographie de lï"?*, soua le titre : Voyoge en Cilicie, 1874.
IMrKRKUB DTZAKTIX. '*
162 UN EMPEEEUR BYZANTIN
Cilicie, il faut vaincre le Taurus ; toujours en venant du nord et pour sortir par le sud-est de cette même Cilicie, il faut vaincre l'Amanus. Alors seulement on peut entrer en Syrie. Or, la Cilicie étant aux mains des Sarrasins, on conçoit bien ce que j'ai dit, que pour les chasser de Syrie il fallait avant tout déblayer la route en leur reprenant cette province d'un si difficile accès et en refoulant derrière TAmanus leurs bandes sans cesse renaissantes. Voici pourquoi le grand effort des armées byzantines fut à cette époque de conquérir avant tout solidement la Cilicie. Voici pourquoi également le grand effort des armées arabes fut de s'y maintenir à tout prix, dans le double but de couvrir la Syrie et de tenir à leurs propres incursions les portes ouvertes sur le territoire byzantin.
Jusqu'ici on s'était en général contenté de se fortifier contre cette formidable Cilicie, de barrer, si possible, à ses invasions le passage du Taurus. Maintenant il fallait s'emparer définitivement de cette terre, et ce fut contre elle que Nicéphore marcha résolument. Ce premier effort de l'empire militaire renaissant fut immense. Dès les premiers jours de janvier 962, Nicéphore, qui depuis plusieurs mois était occupé à réorganiser l'armée d'Asie et à fondre les nouvelles levées dans les cadres aguerris venus de Crète, rassemblant ses troupes dispersées dans tous les cantonnements des thèmes frontières, s'avança rapidement vers la Cilicie. « Sa marche était pareille à celle de la foudre, » disent les chroniqueurs. Ses soldats étaient en nombre prodigieux. Il y avait bien longtemps qu'on n'avait vu rassemblée pareille armée byzantine. Elmacin affirme que le domestique des scholes d'Orient avait sous ses ordres deux cent mille combattants, dont plus de trente mille cavahers cataphractaires. Un autre historien oriental, Aboulfaradj, parle de cent mille cavaliers '. Elmacin et d'autres ajoutent cet étrange détail, que l'armée était suivie de quatre mille mulets chargés de tentes de feutre rouge pour les bêtes de somme et aussi de ces chausse-trapes que les Grecs étaient dans l'habitude de jeter dans les gués, dans les défilés, et aux alentours de leurs camps, pour
1. Cent soixante mille hommes suivant Aboii'l Mahâcen, cent vingt mille suivant d'autres.
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enferrer les hommes et les chevaux. Il y a certainement là une forte exagération, et ce renseignement est surtout curieux en ce qu'il nous prouve que l'usage de ce petit engin de combat n'était guère connu des cavaliers arabes et leur fit grand'peur '.
Croix votive byzantine île bronze de la collection Frœliuer. L'inscription, en l)eaux caractères, signifie : Siméoii le chingeur (argentier) et ilé-jns ont conmeii {ctltf croùr).
Quoi qu'il en soit, l'armée qu'entraînait derrière lui le hardi domestique était certainement inmiense. Rien ne devait résister à la première attaque de cette trombe furieuse dont l'apparition soudaine pa-
1. Peut-être, au lieu de chausse-trapes, faut-il entendre a lîalissades de fer qu'on posait autour du camp durant la nuit r>.
raît avoir produit une impression extraordinaire sur les esprits des Arabes.
La Cilicie est divisée en deux portions : Cilicie occidentale et montagneuse ou Cilicie Trachée, et Cilicie orientale ou cliampetre, ou encore Cilicie des plaines. Celle-ci, qui seule nous occupe et qui constamment a été le champ clos de ceux qui se sont disputé la route de Syrie ou au contraire celle du Bosphore, est bornée de toutes parts par le Taurus, qui la couvre au nord et à l'ouest de ses cimes neigeuses et de ses vastes forets, et par l'Amanus, qui la sépare à l'est des premières terres de Syrie. C( Les limites de cette région , dit M. Dulaurier \ sont si bien tracées par la nature, elles la séparent d'une manière si tranchée des pays voisins, que l'on ne saurait imaginer une démarcation politique différente de celle qu'indique le relief du sol. A l'ouest s'élèvent, comme un mur immense de circonvallation, les hautes chaînes de l'Isaurie et de la Cilicie Trachée. Ce massif de montagnes présente la figure d'un vaste triangle dont la base, au nord, s'appuie sur les plaines de la Lycaonie; l'un des côtés est tracé par le bord oriental du golfe de Satalie ; le second côté par le rivage oriental du golfe de PompéiopoHs ; le sommet de ce triangle est le cap Anemour, la pointe de terre la plus méridionale de l'Asie-Mineure.
a A la pointe orientale du massif triangulaire se soude la chaîne formidable du Taurus antique qui, sous les différents noms modernes de Bulghar-Dagh, Allah-Dagh et Youldouz-Dagh, se continue au delà du fleuve Sihoun par les ramifications de l'Anti-Taurus jusqu'à Siwas (Sébaste) et Tokat (Eudoxias), en enveloppant la Cilicie du côté du nord. ))
Vers l'extrémité occidentale de ce rempart aux puissants contreforts revêtus de vastes et admirables forets de sapins, de grands pins rouges de Caramanie, de cèdres, de genévriers", s'ouvre un premier défilé dont