‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 58 sur 237 · IS'J · texte numérisé non relu

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triomplier de tous les obstacles. La disproportion des forces ('•tait trop

considérable. Il est probable aussi que tous les défilés de la montagne

conduisant en Cilicie étaient déjà aux mains des Byzantins ainsi que les forteresses et clisures qui en défendaient l'accès. En tout cas, tous les chroniqueurs, aussi bien Léon Diacre que les historiens arabes, nous montrent les têtes de colonnes de l'armée impériale débouchant directement dans les plaines fertiles de la Cilicie champêtre vers l'extrême fin du mois de janvier 962, le 27 ou le 28, et répandant la terreur parmi les populations sarrasines, qui, n'osant tenir en rase campagne, se réfugièrent de toutes parts dans les enceintes fortifiées, renonçant à livrer bataille, se bornant à la défensive et à la guerre de guérillas. Les Byzantins mirent aussitôt le siège devant les principales places fortes.

Les sources n'indiquent point la route que suivit Nicéphore avec le gros de ses forces pour franchir le Taurus. Il est probable qu'il pénétra en Cilicie par le défilé le plus occidental, celui des Pylse Ciliciœ, qui constituait en somme la voie la plus courte et la moins incommode pour le passage d'une grande armée.

La Cilicie est, je l'ai dit, un pays fort accidenté. c( De courtes, profondes et sauvages vallées, arrosées par des fleuves au cours bondissant et furieux, puis errant, descendent brusquement du Taurus et débouchent dans la plaine immense, parfaitement unie, fertile à l'excès, qui s'avance partout jusqu'à la mer, où elle se termine par des plages d'alluvion sablonneuses. C'est cette plaine qui constitue la partie essentielle de la Cihcie champêtre. )) En réalité le sol de celle-ci est bien, ainsi qu'on l'a dit \ la création de trois fleuves célèbres : le Cydnus, le Sarus et le Pyrame (le Tarsous Tschaï, le Sihoun, le Djeyhân des Turcs) qui descendent des hauteurs du Taurus et de l'Anti-Taurus pour aller se déverser dans la mer de Chypre. (( L'action énergique de leurs eaux rapides sur les roches au travers desquelles elles se sont frayé passage, en a détaché et en entraîne sans cesse des masses de fragments pierreux, de terre et de sable. De ces débris entassés est née au sein de la mer la vaste et fertile plaine qui des bords du Pyrame se prolonge jusqu'àceuxdu Cydnus, l'Aleïus campus des anciens, le Tchoukour Ova (plaine basse) moderne. »

1. Dalaurier, op. c, 1. 1, p. xxxix.— Voy. aussi E, Reclus, t. IX de la Géographie universelle, p. 522.

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C'est dans ces vallées, sur les rives de ces Heuves glacés, dans cette l)laine si riche que s élevaient jadis les cités si nombreuses et si populeuses de la Cilicie, dont les plus importantes avaient nom Tarse ou Tarsous, Adana, Mopsueste ou Massissa, Anazarbe, Séleucie ou Sélefké. Toutes ces villes, à l'époque dont je fais le récit, étaient parfaitement fortifiées. En outre, sur toutes les crêtes des montagnes, le long de toutes les vallées jusqu'aux sommets du Taurus, les kastra s'échelonnaient en longues séries. C'étaient laces fameux et imprenables* châteaux qui donnaient à cette contrée de Cilicie, au moyen âge, un cachet guerrier tout particulier , ces forteresses formidables, nids d'aigles dans lesquels les Arméniens plus tard devaient s'installer si solidement, lorsque, quittant les hauts plateaux de leur patrie première, ils se transportèrent en masse au douzième siècle en Cilicie pour y fonder le glorieux royaume chrétien de Petite-Arménie. Aucune province de l'ancien empire romain ne comportait un plus grand nombre de lieux fortifiés, et les Aral)es, lorsqu'ils s'étaient emparés de ces contrées, s'étaient gardés de laisser péricliter d'aussi précieux moyens de défense. Toute la côte aussi était semée de ports nombreux munis de solides remparts.

Un pâté montagneux formé de hautes collines, rameau détaché de l'Amanus, sépare, sous le nom de Djebel Missis ', la grande plaine cilicienne de la petite plaine annexe d'Issus qui borde les rivages du golfe d' Alexandrette. Sur le rivage oriental, celle-ci n'occupe plus qu'un très étroit espace entre la mer et l'Amanus. C'est par là que passe la grande route d'Asie-Mineure en Syrie par la Cilicie.

Ce pays de Cilicie, le pachalik actuel d' Adana, pays aujourd'hui désolé, A peine peuplé d'un pele-mcle inouï de races diverses, traversé par des hordes de Turkomans et de Kurdes errants, parsemé de villes en ruine ou de misérables villages, était, â l'époque oii y pénétra l'armée de Nicéphore, d'une richesse infinie, d'une fertilité incomparable. Les Sarrasins, solidement établis dans toutes les anciennes cités byzantines, y avaient apporté leurs admirables procédés d'agriculture, leur système perfectionné d'irrigation. Toute cette campagne était un vaste

1. Parfois d'Ameran Dagh. Voyez Favre etMandrotjOp. ciV., premier art., pp. 6 et 34; deuxième art.,

jardin, et chaque été les belles moissons ciliciennes tombaient abondantes sous la faucille des moissonneurs musulmans. Toutefois, l'état de guerre presque perpétuel sur les limites de cette province absolument frontière avait en même temps, je le répète, imprimé à cette contrée un aspect particulièrement belliqueux. Ce n'étaient partout que forteresses arabes, vieilles clisures byzantines restaurées par les architectes infidèles, tours sarrasines, murailles gigantesques sur lesquelles se lisaient en grands caractères coufiques, avec les inscriptions saintes en l'honneur d'Allah, les longues épitaphes louangeuses à l'adresse des Khalifes. Quelques mots en vérité peuvent suffire à peindre ce pays à cette époque reculée du dixième siècle : partout de beaux champs de blé, partout d'immenses forêts de palmiers \ partout aussi une ville crénelée, un village fortifié, quelque puissant kastron ou quelque tour isolée, parfois une simple enceinte ; le laboureur arabe, fils de la voisine Syrie ou de la lointaine Egypte, le javelot ou l'arc au dos, chaque jour suivait la charrue effleurant à peine cette terre si riche ; sitôt que le feu du poste d'alarme ou la voie haletante du coureur officiel, lancé à toute vitesse d'un poste à l'autre, annonçait l'approche des cavaliers byzantins, sitôt que sur le plus haut des monts on avait vu reluire les cottes de mailles des soldats de Roum, ce même laboureur, poussant devant lui ses boeufs, ses troupeaux, entraînant sa famille, courait se réfugier derrière la muraille hospitalière ; alors, comme une gigantesque pelote d'aiguilles, la Cilicie sarrasine, avec ses campagnes soudain désertes, n'offrait plus aux attaques de l'ennemi héréditaire qu'une forêt de créneaux derrière chacun desquels brillait une arme. Des émirs puissants, presque indépendants, bien que plus ou moins nominalement vassaux du Hamdanide, régnaient à Tarsous, à Aïn-el- Zarba • (l'antique Anazarbe), à Adana, dans d'autres villes encore. La population entière étant armée, ces chefs pouvaient disposer en peu de temps de fort nombreux combattants. En outre, à la première alerte, il était clair que les Sarrasins de Cilicie recevraient de très importants renforts du Hamdanide, toutes les passes de l'Amanus étant

1. Disparues aujourd'hui presque complètement. Voy. E.D. B^yia, Li/e in asiatic Turl-e>/, Londres, 1879.

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