Quatre mille Tareiotes seulement, au dire d'Ibn el-Athlr
lar, UX EMPEUEUR BYZANTIN
cette rencontre fatale. Son successeur fut un certain Rasîk en-Nasîmy, dont nous aurons à reparler dans la suite.
Nicépliore, dans cette foudroyante campagne, s'était montré comme toujours homme de guerre consommé. Ne se contentant pas d'enflammer le zMe de ses soldats par d'ardentes harangues, il avait combattu sans cesse au premier rang, payant de sa personne avec une incomparable vaillance. De grands résultats avaient été acquis en vingt jours. On avait fait un immense butin, des milliers de prisonniers. Le saint temps du carême approchait. Soit dévotion pure, soit pour tromper Seîf Eddaulèh sur ses intentions futures en simulant une retraite, soit pour aller chercher des renforts et donner du repos aux troupes surmenées, soit bien plutôt, il me semble, à cause des fortes pertes subies, ou parce qu'il manquait des ingénieurs ou des machines nécessaires au siège des plus grandes forteresses, Nicéphore, abandonnant pour l'instant ses projets sur Anazarbe, donna soudain, vers le 25 février, après son triomphe sur les Tarsiotes, l'ordre de suspendre les hostilités. Laissant probablement en Cilicie la principale portion de son armée pour qu'elle s'y reposât de ces trois semaines de combats incessants, il s'en alla passer le grand jeûne et les fêtes de Pâques de l'autre côté du Taurus, à Césarée, lapins grande ville de l'Asie-Mineure centrale.
L'antiijue capitale des rois de Cappadoce, qui comptait encore quatre cent mille âmes lorsqu'elle fut saccagée sous Valérien par les Perses de Sapor, était à cette époque le chef-lieu du thème byzantin de Charsian. Les principales routes d'Asie s'y croisaient. Son commerce de transit était très considérable. Au-dessus du district volcanique qui l'entourait se dressait le célèbre mont Argée, dont le cône puissant aux neiges éternelles s'élève isolé â environ quatre mille mètres au-dessus de la mer Noire et du golfe d'Issus. C'est le plus haut sommet, la plus hère cime de toute l'Anatolie ^
Césarée, au dixième siècle, était encore une belle, grande et florissante cité byzantine. Certainement, en s'y rendant à ce moment, Nicéphore avait aussi un autre but, celui de se rapprocher assez de Cons-
1. (f Ainsi que le savait déjà Strabon, né à quelques journées de marche au nord du volcan. » Eeclus, op. cit., t. XI, \K 17G.
tantinople pour pouvoir plus facilement communiquer avec ses amis de la capitale et conférer avec les émissaires qu'ils lui expédiaient pour le tenir au courant. Il est probable que déjà alors la santé du jeune Basileus Romain II avait commencé à décliner rapidement. Il était de toute nécessité pour l'ambitieux généralissime des forces d'Asie, le personnage le plus en vue à cette époque dans l'empire, d'être soigneusement informé des incessantes intrigues qui chaque jour se nouaient et dénouaient au Palais Sacré.
Pâques, en cette année 962, tombait le 30 mars. Nicéphore, cer-
Sceau de plomb du Cabinet de France, ayant appartenu au célèbre partisan arménien Georges Mùlias, devenu stratège impérial sur la frontière d' Asie-Mineure au commencement du x* siècle (voyez p. 116). Au droit, le buste de la Vierge. Au revers, la légende : Georges Mélias protospathaire, timlige impérial de Mamitlra, d'Anazarhe et de Tzamandot.
tainement pour ne pas exposer ses troupes aux brûlantes atteintes d'un été syrien, ne rouvrit les hostilités qu'au commencement de l'automne '. Repassant le Taurus à la tête d'une armée plus considérable encore, forte de deux cent mille hommes au moins, augmentée de plusieurs milliers de cavaliers cuirassés, de trente mille pionniers o: destinés à démolir les remparts des villes prises et à ouvrir des chemins t\ travers les neiges des montagnes, » munie enfin d'un formidable parc de machines de siège, il s'apprêta derechef à se frayer le chemin vers Aie p. La grande forteresse d'Anazarbe et le colossal château de Sis étaient sur sa route. Il décida de les enlever de vive force et se présenta d'abord devant Anazarbe.
Cette cité puissante, l'Aïn-Zarba des Sarrasins, l'Anavarza des Turcs d'aujourd'hui, forteresse redoutable dont les murailles étaient
l.n faut i)lacer durant cet intervalle une incursion en Cilicie d'un corps de troupes sarrasines commandé par Nadjâ, le lieutenant favori de l'émir d'Alep. Nadjâ semble avoir surtout cherché à venger la défaite de l'émir de Tarse. Il dut se retirer en hâte.
fameuses dans tout le Levant pour leur force extraordinaire comme pour leur hauteur, s'élevait à l'extrémité septentrionale de la riche plaine aléienne, ce Pratum Palliorum de Guillaume de Tyr, où plus tard fut tué Bohémond II d'Antioche dans un combat contre les infidèles, oii devait également périr l'empereur Jean Comnène. Bâtie sur un affluent du Pyrame ou Djeyhân, à peu de distance de ce roi des fleuves ciliciens, sur la grande voie de Tarse à Marasch comme sur celle de Tarse en Syrie par le golfe d'Issus, fortifiée par Justin P'', puis par Justinien \ puis encore par Haroun al-Rachid, le Khalife légendaire, avec toutes les ressources du génie militaire arabe et byzantin à la fois, cette populeuse métropole antique de la seconde Cilicie, capitale de l'ancien thème byzantin de Séleucie, dressait vers le ciel ses longues lignes de créneaux que dépassaient seuls les minarets de ses mosquées. Etendue au loin dans la plaine, elle semblait comme accroupie au pied de l'énorme et long rocher presque partout à pic, le Kouinda, immense croupe isolée de cinq kilomètres de long et de deux à trois cents mètres de hauteur, parfois si étroite qu'il n'y a pas plus de quinze mètres d'un précipice à l'autre, sur laquelle s'élevait son redoutable kastron dont les ruines immenses subsistent encore aujourd'hui -. La célébrité de ses fortifications réputées imprenables dans tout le monde oriental lui avait valu le nom mythologique et prétentieux de Troas ou nouvelle Troie. Sa position auprès de ce formidable rocher lui donnait pour l'époque une force extraordinaire.
Aujourd'hui encore les ruines désertes de la gigantesque forteresse du Koainda, réparée pour la dernière fois par les Arméniens, celles de la tour du donjon presque parfaitement conservée, celles de la double enceinte de murailles qui forme un vaste fer à cheval percé de quatre portes, les restes des magnifiques aqueducs qui se prolongent à des lieues de distance, et qui à cette époque avaient transformé ses campagnes en un verger magnifique, véritable paradis terrestre, attestent la grandeur passée de cette cité déchue. Les seuls et tristes habi-
1. Ce qui lui valut à un moment les noms de Justinopolis et de Justinianopolis.
2. Voyez, surcesinguliermassif qui porte le château d'Anazarbe, Fabre et Mandrot, op. cit., V'' art., p. 8, et 2" art., p. 125, V. Langlois, Rev. archvoh, 185G, I, et E.-J. Davis, op. cit.
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tants de ces lieux jadis si riches et si fréquentés sont deux on irMi> familles de paysans karamaniens, qui cultivent péniblement l'intérieur de l'enceinte. M. E. J. Davis, il y a quelques années, y a trouvé un aventurier syrien établi avec un certain nombre de suivants.
Aboulfaradj, Abou'l Maluicen, Nowairi et Deliebî nous ont laissé quelques détails sur ce siège par la grande armée de Nioéplinro. î/ac-
Auazarbe. Portions de l'enceinte et du château bâti sur la croupe du Kouinda , d'après une photographie inédite
prise en 1875 par M. B. Mandrot.
tien des impériaux fut impétueuse au delà de toute expression. La garnison arabe, bien que fort nombreuse, épouvantée par la violence de l'attaque, sans espoir d'être assez rapidement secourue par le Hamdanide, mal approvisionnée, voyant que les troupes impériales avaient entièrement investi la ville et que les béliers byzantins étaient sur le point de faire brèche au pied du rocher, qui avait été partiellement occupé par les assiégeants, demanda l'amun presque aussitôt. Nicéphore, quelque peu ébloui par ce trop facile succès, surtout mal ren-
soigne sur l'état de la garnison, crut devoir accorder aux habitants la vie sauve et la faculté d'emporter leurs biens les plus précieux. Les Grecs firent leur entrée dans la ville conquise dans un des premiers jours de février, et le domestique d'Orient n'eut pas de peine à se rendre un compte immédiat de l'état de détresse extraordinaire dans lequel s'étaient trouvés les assiégés par suite de la soudaineté de l'investissement, qui les avait empêchés de se munir de vivres. Encore quelques jours, ils eussent été forcés de se rendre à merci. Furieux d'avoir été joué et d'avoir accordé à des infidèles vaincus des conditions relativement aussi douces, le dur homme de guerre, peut-être après s'être laissé forcer la main par ses soldats avides de butin, n'hésita pas à modifier sur l'heure ses volontés à l'égard des assiégés, à aggraver tout au moins leur situation déjà si misérable.
Des messagers, courant à travers la ville, firent savoir à la population préalablement désarmée que la convention première était désavouée et que tous les habitants sans exception eussent à se réunir en hâte dans l'enceinte de la mosquée principale, la Djami. Ceux-là seuls qui s'y trouveraient réfugiés seraient épargnés. Les contrevenants seraient incontinent passés par les armes. Ce brusque changement épouvanta cette multitude déjà effarée. Les Sarrasins avec leurs femmes et leurs enfants se précipitèrent par milliers dans les cours immenses de la mosquée, vastes espaces ceints de murs à ciel ouvert. Au coucher du soleil, les portes furent fermées par les fantassins impériaux et ce troupeau de malheureux de tout sexe comme de tout âge passa cette glaciale nuit d'hiver dans les affres de la plus poignante incertitude. Au matin, les soldats byzantins \ lancés parles rues, parcoururent la cité, massacrant tous les retardataires, tous ceux qui n'avaient pas obtempéré à Tordre du jour précédent, n'épargnant pas plus les femmes que les enfants. Puis on ouvrit toutes grandes les portes de la mosquée où tremblait depuis la veille la foule sarrasine , et l'ordre impitoyable fut dorme à tous ces malheureux d'avoir à quitter la ville sur-le-champ, sans pouvoir emporter autre chose que les tristes habillements dont ils