‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 62 sur 237 · Ou plutôt encore Djebel Missis · texte numérisé non relu

Ou plutôt encore Djebel Missis

3. Ilist. armén. des croisades, t. I, p. xxvi. Voyez, sur l'Amanus, Favre et Mandrot, oj). cit., art. 1, pp. G et 28 seq.

A r MXIÈME SIK

aller attaquer le Haindanide au cœur de sa puissance. Les deux principaux parmi ces passages étaient désigiK^'S dans l'antiquité sous le nom de Portes ou Pyles Amanides et de Portes de Syrie ou Pyles Syrienne». Le col de Bagtché, qui coupe le Giaour-Dagh actuel , répond au plus septentrional des deux, aux Pyles Amanides. « C'est par ce défilé que déboucha l'armée perse de Darius dans l'étroite plaine d'Issus, où clic

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vint si imprudemment se livrer aux coups décisifs d'Alexandre. Cette passe, longue, étroite, escarpée, était défendue de distance en distance par des murs qui la traversaient de part en part et par des portes fortifiées disposées aux endroits les plus étroits du parcours '. »

Le second défilé, le plus méridional comme de beaucoup le plus important, représente les Pylœ Syriœ proprement dites, c'est-à-dire le

1. Pi/l(E Amanides ou Amaniade.o, on encore Amanica". M. Dulaurier dit que les Turcs nomment aujourd'hui ce défilé Derbend-el-Merrv. Voyez aussi le Guide Joanne de la Syrie, éd. Chauvet et Isambcrt, 1882, pp. 735 b, 73G a et 703 a.

fameux passage resserré entre la mer et l'Amanus, qui est un peu audessous d'Alexandrette, et qui de tout temps a servi de limite entre la Cilieie et la Syrie. Cette ville lui a valu son nom actuel d'Iskanderoum (Alexandrette en turc). Au dixième siècle comme dans tout le moyen âge, cette route était infiniment fréquentée par les marchands et les voyageurs. C'était la voie ordinaire des invasions d'Asie-Mineure en pays syrien ou vice versa. A l'époque des croisades, elle portait le nom significatif de Portella (Porte) et les souverains arméniens y avaient établi un office de douanes pour toutes les marchandises introduites de Syrie dans leurs Etats. De la Portella même à la forteresse de Bagras ou Pagrse (Qala!at Bagras) au pied du versant syrien de l'Amanus, on franchissait la montagne par deux voies ayant ce dernier point pour lieu commun d'arrivée, l'une nommée aujourd'hui la passe du col de Beïlan, et qui a été de tout temps la voie la plus praticable, la plus courte et la plus fréquentée pour se rendre de Cilieie en Syrie (c'est la route que suivent les pèlerins de la Mecque ; c'est par là que pénétrèrent Alexandre le Grand comme aussi les bandes de la première croisade) ; l'autre plus au nord est le défilé de Bagras proprement dit, qui monte directement des Pylse Syriae ou Portella pour redescendre sur cette localité. De Bagras, avant de gagner Antioche, on longe les bords du vaste lac marécageux de ce nom et l'on traverse une partie de la grande plaine turcomane nommée El-Amk'.

Avant d'atteindre ce passage des Pylae Syriae , l'envahisseur venant du nord-ouest, c'est-à-dire de la Cilieie et en dernier lieu de Massissa ou d'Anazarbe, avait à franchir tout au fond du golfe d'Alexandrette un premier défilé, celui de Demir-Kapou ou Kourd-Koulek, porte monumentale formée par la montagne en se rapprochant immédiatement de la mer ".

Cette frontière de l'Amanus, moins élevée que celle du Taurus, était

1, Voir, sur ces passages de l'Amanus, Favre et Mandrot, op. cit., !'••■ art., pp. 29 et 31. Voir surtout l'article de M. le commandant Marmier dans la Gaz. archéol. de 1884. Cet auteur s'inscrit en faux contre l'opinion généralement admise qui fait passer à Beïlan les armées d'Alexandre et de Cyrus. Pour lui la route de Beïlan ne fut ouverte qu'après Alexandre et consécutivement à la construction d'Alexandrette. Quant au vainqueur de Darius, il suivit avec son armée, au dire du commandant Marmier, la route plus méridionale par Myriandos, puis à travers le Kizil-Dagh, vers le village actuel de Kasli ou Asli.

•2. On donnait également dans l'antiquité à ce défilé le nom de Pi/les Amanides.

le point le plus vulnérable de la Cilicie. Aushî, «Irs rantiquité, toutes les passes lie ce côté avaient-elles été pourvues de solides et nombreux ouvrages de défense et hérissées do forteresses. La place «l'Alexandrette commandait le débouché des Pyla; Syria* proprement dites.

L'armée byzantine franchit l'Amanus vers la fin de novembre ou dans les premiers jours de décembre de l'an 0C2. Nous i^^orons par quel défilé elle fit son entrée en Syrie*. Nous ignorons également (|uelle résistance lui fut opposée à ce moment. Les chroniqueurs, trop brefs, se taisent sur ces i)oints. II dut naturellement y avoir de nombreuses escarmouches, mais très probablement aussi rien de plus. Les forces impériales étaient trop considérables, et puis surtout il semble certain que Seîf îÀldaulMi, rassuré A tort par la retraite de Nicéphore au printemps derriore le Taurus jusqu'à Césarée, fut complètement pris au dépourvu par sa nouvelle marche en avant dans l'automne de cette même année. La prise d'Anazarbe, de Sis et des autres forteresses ciliciennes fut beaucoup trop rapide pour qu'il eût eu le temps de réparer son erreur et de regagner le temps perdu. Aussi, lorsque les têtes de colonnes impériales se présentèrent aux portes des défilés amaniens, il est probable qu'elles ne rencontrèrent qu'une bien légère résistance. Les chAteaux de la montagne, les ouvrages construits sur le }>arcour8 des passes tombèrent de suite aux mains des soldats dç Nicéphore ', et son immense armée déboucha triomphalement dans ces vastes plaines syriennes qu'il s'agi-ssait de conquérir et de faire rentrer à nouveau sous la domination du Basileus très chrétien. Cette fois les Grecs allaient avoir à se mesurer contre le Hamdanide en personne.

Ce serait, je l'ai dit déjà, une grande erreur de croire que les troupes de l'émir d'Alep et en général celles des autres souverains musulmans de cette éi>oquc fussent composées de hordes confuses et uniquement pittoresques recrutées parmi Irs avontnriors (!«• l'Islam. Certes les

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armées orientales à cette époque entraînaient à leur suite beaucoup d'irrëguliers, de simples maraudeurs, d'innombrables Bédouins du désert groupés par tribus, des sectaires fanatiques, des bandes de derviches, mais le fond en était composé de véritables milices de chevalet de pied, possédant une organisation parfaite, se recrutant suivant toutes les règles des armées les plus régulièrement organisées.

Ce serait une non moins grave erreur de croire que dans ses longues guerres contre les Grecs, Seîf Eddaidèh n'ait eu à sa disposition d'autres combattants que ceux originaires des provinces qui relevaient directement de son autorité, paysans et bourgeois de Syrie et de Mésopotamie. Chaque printemps, lorsque sonnait l'heure de la guerre sainte contre les chrétiens maudits, des croyants, des dévots fanatiques, ivres d'une pieuse ardeur, des aventuriers surtout, jeunes et bouillants, avides de courir fortune, de se distinguer, de gagner gloire et butin aux dépens des infidèles, accourant par milliers de toutes les régions du monde musulman, venaient se ranger sous la bannière du populaire émir. Le reste était en grande partie composé d'esclaves achetés dans ce but sur tous les grands marchés de l'Islam, en Egypte principalement, d'enfants chrétiens convertis de force à l'islamisme, de mercenaires turcs, nègres, barbares, souvent pas même orthodoxes, ou encore simples renégats venus du pays de Roum.

L'équipement et l'armement des soldats arabes ne différaient guère de ceux du guerrier grec : arcs et flèches, lances et javelots, épées et haches de combat. Un casque protégeait la tête ; une cotte garnie de métal enveloppait le buste ; des brassards et des jambières de fer recouvraient les bras et les jambes. Les ceintures, les brides des chevaux, les fourreaux des épées, étaient incrustés, damasquinés d'argent. Les selles, toutes pareilles à celles des Byzantins, n'étaient presque en rien différentes de celles encore en usage dans tout l'Orient.

c( Un des caractères les plus remarquables de la lutte entre les Arabes et les Grecs au dixième siècle, dit M. Rambaud, un trait qui la distingue absolument de toutes celles que les Byzantins eurent à soutenir à cette époque contre leurs voisins, à l'exception peut-être des Bulgares et des Francs, c'est la similitude des procédés de guerre. Les

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Grecs iront plus & re|K)U88er ici des bordes luirbares, mais à lutter contre des troupes r6guli^reft. Sans doute les Aral>e8 nieimient avec eux l'caucoup de tribus indisciplinc^es, tnai^ troupes permanentes

avaient les mêmes armes, les mOmes cuirasses, les mCmes anuures cataphractes, la mcme tactique, les mêmes princi|)es de castram<^tation que les Byzantins. Ils partageaient avec les Grecs rii^'ritage des vieux Romains. Cette cgalit<!?de force explique, mieux que bien d'autres raisons qu'on a invoqu^'cs, les longues vicissitudes, la monotonie même et les faibles résultats des campagnes entreprises de part et d'autre '. » Constantin Porpbyrog^*nète, au chapitre vingti^me de son traita' de t Administration, a fait une courte description des guerriers sarrasins :

•mm i» plMBb 4^111 BMBbr* 4a k tncSXi» àm AateM dmemàuttt da àmaUr 4mlr à» Orèto (v«t« l MMMidoVoada n« rfMa tril» putl«4a b» ooUMtfoB. Ab droit, iSgl* «• Mis» OwrfM ; Mirf*«% >• >'«**>«!

< Ce sont de vigoureux et belliqueux soldats. Lorsqu'un millier d'entre eux d^>fend une position, il est de toute impossibilité de s'en emparer. Ils montent presque toujours à dos de chameau. Dans le combat ils ne revêtent ni armures vt'ritables ni cottes de mailles, mais bien des casaques de plaques de métal. Leurs armes sont la longue lance, le vaste bouclier couvrant presque enti6rement le corps, l'arc fait de bois pliant et de si grandes dimensions qu'un homme de petite taille ne i)arvient À le bander qu'à grand'peine.

« Le transport des bagages, du mat<5riel de guerre, des vivres, des impetlimenta de toutes sortes, ne se faisait pas comme chez les impériaux par le moyen de charrettes ou de K'tes de somme, chevaux,

1. Voj-«f I« earlcns diapitre oooMCié par M. de Knaer «us dioM* de k gMir» dMi In AaUi daM k tooM I** d« «on bel outnge iatital* : Cmbmtf«iekieJkl4 J«» OrittU» mUr im Ch^tm, Vksao, lrt7&. J'en al extzait le» pa— apa qui «ttiTenL

mulets ou Anes, mais bien presque constamment à dos de chameau. Durant le combat les Arabes n'usaient ni de la trompette ni de cornes de guerre, mais bien de petits tambours dont le son rauque, précipité, étrange, contribuait avec l'aspect troublant des chameaux difformes, nous dit l'empereur Léon dans son traité de la Tactique, à jeter l'épouvante parmi les chevaux ardents et rétifs de la cavalerie byzantine. Des quantités incroyables de ces chameaux de toute race et de toute origine suivaient les armées arabes. Les bâts et le harnachement étaient ornés de banderoles, de tresses et de houppes de couleur, et ces immenses, interminables colonnes en marche, toutes diaprées de ces taches multicolores, soulevant sur leur route de prodigieuses poussières, présentaient le plus extraordinaire et le plus imposant spectacle. Les cris bizarres de ces sauvages animaux se mêlaient à ceux de leurs conducteurs, aux chants nasillards, aux mélopées gutturales des derviches, au bruit sourd des tambours, à l'éclat des cymbales. L'infanterie sarrasine était souvent renforcée par des archers venus d'Afrique, armés à la légère, qui formaient l'avant-garde en tête de la cavalerie. Dans les marches rapides chaque cavalier prenait à dos un fantassin. »

Avant de pénétrer dans la Syrie du nord avec les bandes aguerries de Nicéphore Phocas, donnons en quelques lignes un aperçu de la coufiguration de cette contrée fameuse où tant de fois déjà s'étaient jouées les destinées du monde oriental, où cette fois encore il s'agissait de savoir qui serait le maître de l'Asie, de l'empereur de Roum ou du Hamdanide, prince d'Alep.

Lorsqu'on a franchi les passes de l'Amanus en venant de Cilicie, on a devant soi l'immense territoire connu sous le nom de Syrie du nord, qui va des rives de la Méditerranée au cours de l'Euphrate. A l'époque dont j'écris l'histoire, toute cette contrée formait la majeure partie de la principauté d'Alep sous l'autorité de Seîf Eddaulèh. Si l'on consulte une carte, on verra que cette étendue de pays comprend, en allant de l'cccident à l'orient, diverses régions fort distinctes. D'abord, sur le littoral de la mer, une plaine fertile s'étend entre celle-ci et les

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