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montagnes ; là s'élevaient au dixième siècle de nombreuses cités sarrasines, ports de commerce ou châteaux maritimes encore florissants qui portaient les noms aujourd'hui classiques de Latakieh ou Laodicée, de Djibléh ou Gabala, la Zibel des croisades, de Paltos, de Tortose ou Antaradus, de Rouad ou Aradus, d'Amrit ou Marathus, d'Orthosie, de Taraboulous ou Tripoli ', etc., etc. Cette côte si riche est bornée à l'est par une haute chaîne de montagnes qui fait suite vers le nord au mont Liban dont elle se trouve séparée par le cours du Nahr-el-Kébir. Ce sont les monts Bargylus des anciens, aujourd'hui monts des Ansariés, qui s'étendent du sud au nord sur une longueur de 175 kilomètres, et séparent le bassin de l'Oronte de celui du littoral ou de la Méditerranée. Leur extrémité nord est contournée par ce fleuve qui les sépare ainsi des montagnes Noires, Djébel-Mouçâ, dernier et puissant contrefort de cet énorme éperon du Taurus que je viens d'étudier sous le nom d'Amanus. Du côté de l'est, ces montagnes des Ansariés offrent l'aspect d'une crête très escarpée tandis qu'à l'occident et vers la mer elles s'abaissent par une série de gradins.
La vallée de l'Oronte fait suite vers l'est aux monts Ansariés qui lui servent de borne à l'occident. Le grand fleuve syrien aujourd'hui appelé Nahr-el-Açi, qui a pris sa source près de Balbeck entre les chaînes du Liban et de VAnti-Liban, se dirige d'abord presque directement au nord. 11 traverse le lac de Homs (l'antique Emèse, la ville sainte d'Héliogabale), puis près de Hamali, l'ancienne Epipliania, il s'infléchit à l'occident pour couler bientôt de nouveau au nord dans une large vallée marécageuse formée à l'ouest par les montagnes des Ansariés. A l'est, cette vallée est bordée par l'immense plateau qui s'étend jusqu'à l'Euphrate, plateau dont l'altitude moyenne ne dépasse guère quatre cents mètres, puis plus au nord par des contreforts montagneux nommés aujourd'hui Djebel Schachsabou et Djebel Hassergieh. Sur les pentes de cette dernière montagne s'élève la cité de Harrenc, non loin d'Antioche. Enfin l'Oronte tourne brusquement à l'ouest en
1. J'emprunte les éléments de cette description à VJ:s.<ai géographique sur le nord de la Syrie, publié par M. E.-G. Rey avec carte à l'appui dans le Bulletin de la Société de géographie pour l'année 1873. Depuis lors cet auteur a publié à la librairie Hachette une carte rectifiée de cette même région.
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contournant le Djebel Kossaïr, croupe nord de la montagne des Ansariés. Il reçoit ensuite les eaux du grand lac d'Antioclie ou Ak-Denis et va se jeter dans la mer, un peu au sud des ruines de Séleucie.
Ce lac d'Antioclie occupe le centre d'une large plaine nommée El- Anik, fort basse, bornée à l'ouest par l'Amanus. 11 reçoit lui-même deux cours d'eau : l'Afrîn, qui vient de fort loin au nord-est, et le Karasou, qui prend naissance au pied du Taurus et coule vers le sud-ouest dans une large plaine ou vallée bornée à l'occident par l'Amanus, à l'orient par le Djébel-Akrad ou montagne Kurde, autre éperon moins élevé que le Taurus projette vers le sud.
Enfin la portion la plus considérable, mais non la plus fertile, de la principauté d'Alep était formée précisément par cet immense plateau qui s'étend de la vallée de l'Oronte à celle de l'Euphrate, et dont toute la partie orientale n'est qu'un vaste désert de sable parsemé de quelques oasis. On y trouve deux petits cours d'eau ; un , le fameux Kouaïk, le fleuve d'Alep, qui arrose les jardins de cette ville et va se perdre au sud dans le marais salé d'El Matk ; l'autre, le Nalir ed Dheheb, plus à l'orient, qui se jette également dans un grand lac salé.
J'ai dit les bornes de ce plateau à l'occident comme à l'orient; ce sont deux fleuves célèbres, l'Oronte et l'ï^uplirate. Vers le sud, il se continue avec les plaines du pachalik de Damas et les sables oîi se cache Palmyre. Vers le nord, resserré entre l'Euphrate, qui se rapproche là de l'occident, et la longue chaîne de l'Amanus, il se termine par ces vastes régions montagneuses mal définies qui annoncent l'Anti- Taurus. De cette chaîne si longue partent dans cette région, et dans la direction du sud, trois éperons principaux : le plus occidental est cet Amanus que j'ai tant de fois nommé ; puis vient le district montagneux du Djébel-Akrad qui divise les bassins des deux affluents du lac d' Antioche, le Kara-sou et l'Afrîn ; enfin, le plus oriental constitue ce territoire montueux qui s'étend de Killis à Aïntab et jusqu'à la rive droite de l'Euphrate. Le Kouaïk y prend sa source.
De nombreuses cités recouvrent cet immense plateau qui forme aujourd'hui encore le pachalik môme d'Alep. A l'époque de la souveraineté des Hamdanides, les plus importantes de ces villes après la
capitale, avaient nom Aïntab, Dolouk, Killis, Hazart, Saizar, Membedj et Bâli tout t\ l'orient, puis Tereb, Sermin, Kinnesrin, l'ancienne Clialcis de Cyrrhestique, puis, non loin de l'Oronte, Albaia, Apamée, Maaret en Noanian, puis Hamali et Homs, que j'ai citées déjà en décrivant le cours de l'Oronte.
Après Alep, Antioclie était la ville principale du Hamdanide *, c'était la première forteresse de Syrie.
Seîf Eddaulèh, pris à l'improviste par la marcbe si rapide des Byzantins, s'était donc vu dans l'impossibilité de défendre les passes de l'Amanus, et les avant-gardes byzantines débouchèrent triomphantes dans les plaines syriennes. L'arrogant émir, qui si souvent avait fait chanter par ses poètes la déroute des escadrons orthodoxes, dut voir avec une douleur profonde les défilés par lesquels il avait tant de fois pris joyeusement le chemin du pays de Roum, les châteaux qui en couvraient les approches et qu'il avait avec tant de soin restaurés et réédifiés, les villes fortes formant à ses Etats cette ceinture septentrionale qu'il avait crue invulnérable, tomber successivement aux mains des chrétiens. Découvrant, mais trop tard, le péril extrême qui le menaçait, il rassembla, d'un de ces efforts énergiques dont il était coutumier, les premières troupes qu'il put lever en hâte durant que le reste de son armée se concentrait rapidement dans Alep, et se porta au galop de ses quatre mille cavaliers à la rencontre de l'armée d'invasion et s'avança jusqu'à la petite ville d'Azzas ou Ezzas, la Hazart des croisades, à douze heures de marche au nord d'Alep. Là, comprenant enfin à quelles forces énormes il allait avoir affaire, il dut, le désespoir dans l'âme, renoncer à pousser plus avant et à attaquer avec des contingents aussi faibles un ennemi tellement supérieur en nombre. Tournant bride, il regagna précipitamment sa capitale, n'ayant plus qu'une idée, la mettre en état de défense pour la sauver à tout prix, comprenant bien que c'était là le véritable objectif d'un aussi grand déploiement de troupes ennemies. Nadjâ, l'ancien esclave blanc, le plus intrépide de ses suivants et son lieutenant favori, fut laissé par lui en arrière à Ezzas avec trois mille coureurs pour surveiller et inquiéter les progrès de l'armée d'invasion.
SUFKRECR BYZANTIN.
Cependant les Byzantins s'avançaient de toutes parts à marches forcées, prenant les unes après les autres les villes et les châteaux de la principauté. Il en fut bientôt des régions septentrionales de la Syrie comme il en avait été de la Cilicie. Pas une forteresse qui ne capitulât presque aussitôt. Les garnisons arabes qui tentèrent de résister furent impitoyablement massacrées jusqu'au dernier homme ; les autres tombèrent en captivité et furent expédiées en terre chrétienne. Partout les populations, entraînant leurs troupeaux, chargeant leurs biens sur leurs innombrables chameaux, fuyaient éperdues , pourchassées de toutes parts, sabrées par les éclaireurs et les cavaliers barbares de Nicéphore. La joie, l'enthousiasme régnaient au camp byzantin, et ces soldats dévots, chaque jour gagnant du terrain vers le sud, croyant combattre et périr plus encore pour le Christ que pour le Basileus, son représentant sur la terre, voyant tomber devant eux tant d'enceintes fortifiées, jadis conquises par les Agarènes impies, croyaient déjà toucher aux bornes de l'antique empire romain et rêvaient pieusement d'entrer à Jérusalem pour chasser du saint sépulcre à grands coups d'épée les maudits qui le souillaient de leur présence depuis tantôt deux cent vingt années.
Parmi les principales forteresses de cette région septentrionale qui furent à ce moment enlevées par Nicéphore ou ses lieutenants, la grande et riche Marasch (autrefois Germanicie), Dolouk, Aïntab, Membedj, et Paban, aujourd'hui Altoun-Tach-Kalé *, paraissent avoir été les plus importantes, car leur chute est signalée par tous les chroniqueurs '. Doulouk ou Dolouk, l'ancienne DoHché^ était à cette époque un très fort château voisin d' Aïntab. Membedj ou Manbedj, qu'on nommait encore Bambyce, nom qui rappelle l'introduction dans le vieux monde de l'industrie de la soie, siège archiépiscopal de Commagène sur la grande route d'Antioche à Edesse de Mésopotamie par Alep, en pleins sables
1. Eaban (Ra'bân), ville forte da la comté d'Édesse à l'époque des croisades, située au pied d'une hauteur dans la grande plaine d'Araban entre l'Amanus et l'Euphrate. En 958 déjà,, quatre ans auparavant, elle avait été assiégée par le parakimomène Basile et Jean Tzimiscès. En 370 de l'hégire (980) nous la retrouvons aux mains des musulmans.
2. Dehebî signale le passage de l'armée impériale à Omk, localité qu'il n'est plus possible d'identifier aujourd'hui.
AU DIXIÈME SIÈCLE. 21Î
du désert, à quinze mille mètres de l'Euplirate seulement, était l'antique Hiérapolis, le centre religieux de toute TAramée, l'ancienne «( cité sainte » d'Atargatis ou Dercéto, l'Astarté syrienne, la mystérieuse déesse-poisson aux prêtres mutilés dont le culte y avait eu de tout temps sou siège principal. De tout temps aussi cette ville avait été un des grands marchés de l'Asie, un des grands rendez-vous des caravanes orientales. Les richesses immenses du temple célèbre de sa déesse avaient dès longtemps été pillées par les soldats de Crassus, mais elle n'en était pas moins demeurée un des principaux entrepôts du commerce syrien. Aujoud'hui encore des ruines importantes, tant antiques que sarrasines, semées au milieu d'une plaine rocheuse, une vaste nécropole riche en vieilles tombes musulmanes, attestent sa grandeur passée. Lorsqu'un corps byzantin détaché sous la conduite de Théodore, un neveu du domestique, vint dès le mois de shauwal de l'an 351 de l'hégire *, camper au pied de ces murailles lointaines, le gouverneur de Membedj se trouvait être depuis assez longtemps déjà un tout jeune homme de noble naissance, type accompli de l'Arabe fin, lettré, généreux, proche parent du Hamdanide et son favori bienaimé, Abou Firâs el Harb ibn Saïd ibn Hamdân. Lui aussi était un poète charmant, auteur de vers gracieux. C'était môme ce talent poétique qui, en un jour de bonne humeur de Seïf, avait valu au noble chef arabe ce poste important qui lui rapportait la somme très considérable de deux mille dinars chaque année.
L'arrivée des Byzantins sous la grande Membedj fut, semble-t-il, fort soudaine, comme du reste toute leur marche en avant ; c'était alors leur tactique habituelle de faire de ces invasions subites et rapides, et cela leur réussissait admirablement. Abou Firâs, qui ne s'attendait à rien d'aussi prochain, se trouvait à la chasse, probablement à la chasse au faucon. Surpris presque seul dans les environs de sa cité par les éclaireurs de Théodore, il se défendit héroïquement, mais affaibli par de nombreuses blessures il dut se rendre avec soixante-dix de ses cavaliers. Ce devait être un des plus grands personnages de cette brillante cour
1. Novembre 9G2. Elmacin dit que Théodore n'avait avec lui que mille chevaux.
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d'Alep, puisque presque tous les historiens arabes de cette époque signalent sa captivité. Elle dura plusieurs années durant lesquelles il vécut à la cour impériale à Constantinople. En 966 seulement, nous le verrons plus loin, il fut racheté par Seîf Eddaulèh, ou plutôt échangé contre divers patrices byzantins. Blessé d'une flèche à la cuisse dans un combat, il en était demeuré boiteux. Durant sa captivité, ses fortes convictions religieuses lui furent, paraît-il, d'un grand secours. Il composait des poésies pieuses pour se consoler de sa soHtude. Il mit une opiniâtreté extrême à se faire racheter, et adressait constamment des supphques en vers à Seif Eddaulèh et à ses fils. Sa mère, à laquelle il était uni par les liens de la plus étroite affection et qui avait continué de résider à Membedj, alla à Alep pour implorer l'émir en sa faveur, mais elle échoua longtemps dans sa mission, Seîf Eddaulèh ne parvenant pas à réunir la somme énorme exigée par les Byzantins, et cet échec même fut cause d'un traitement plus dur appliqué par leurs geôhers déçus à son fils et aux autres Sarrasins prisonniers à Byzance. Sur ce, nouvelle pièce de vers du poète prisonnier. Ceux-là, fort pressants et fort beaux, nous ont été également conservés. Abou Firâs y met surtout en scène sa malheureuse mère dont il était l'enfant unique '.
Les Byzantins, vainqueurs à Membedj, poussant jusqu'à l'Euphrate leurs têtes de colonnes, parurent sur ces rives désertes et les chevaux des escadrons cataphractaires burent les eaux du grand fleuve asiatique. Mais le but du domestique était avant tout de s'emparer d'Alep. Il voulait frapper au plus vite ce coup décisif et détruire la puissance et le prestige du Hamdanide en venant l'attaquer dans sa capitale même, en le chassant de cette ville qu'il avait agrandie, fortifiée, enrichie, à laquelle depuis tant d'années il avait donné dans tous les pays d'Orient un lustre si grand par la renommée de ses victoires et par l'éclat de sa cour. C'est pourquoi, rappelant de toutes parts ses troupes détachées, poussant droit au sud, Nicéphore poursuivit à
1. Kémal ed-Dia l'a confondu arec Abou"! Achaïer (l'Apolasar des écrivains bvzantins, de Cédrénns en particulier), pris rannée d'auparavant à la déroute du défilé du Kvlindros ou de Maghara Alcohl. Voyez page 143. Celui-là monrut en captivité à Bvzance.
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d'Alep, puisque presque tous les historiens arabes de cette époque signalent sa captivité. Elle dura plusieurs années durant lesquelles il vécut à la cour impériale à Constantinople. En 966 seulement, nous le verrons plus loin, il fut racheté par Seîf Eddaulèh, ou plutôt échangé contre divers patrices byzantins. Blessé d'une flèche à la cuisse dans un combat, il en était demeuré boiteux. Durant sa captivité, ses fortes convictions rehgieuses lui furent, paraît-il, d'un grand secours. Il composait des poésies pieuses pour se consoler de sa soHtude. Il mit une opiniâtreté extrême à se faire racheter, et adressait constamment des suppliques en vers à Seîf Eddaulèh et à ses fils. Sa mère, à laquelle il était uni par les liens de la plus étroite affection et qui avait continué de résider à Membedj, alla à Alep pour implorer l'émir en sa faveur, mais elle échoua longtemps dans sa mission, Seîf Eddaulèh ne parvenant pas à réunir la somme énorme exigée par les Byzantins, et cet échec même fut cause d'un traitement plus dur appliqué par leurs geôliers déçus à son fils et aux autres Sarrasins prisonniers à Byzance. Sur ce, nouvelle pièce de vers du poète prisonnier. Ceux-là, fort pressants et fort beaux, nous ont été également conservés. Abou Firâs y met surtout en scène sa malheureuse mère dont il était l'enfant unique '.
Les Byzantins, vainqueurs à Membedj, poussant jusqu'à l'Euphrate leurs têtes de colomies, parurent sur ces rives désertes et les chevaux des escadrons cataphractaires burent les eaux du grand fleuve asiatique. Mais le but du domestique était avant tout de s'emparer d'Alep. Il voulait frapper au plus vite ce coup décisif et détruire la puissance et le prestige du Hamdanide en venant l'attaquer dans sa capitale même, en le chassant de cette ville qu'il avait agrandie, fortifiée, enrichie, à laquelle depuis tant d'aimées il avait donné dans tous les pays d'Orient un lustre si grand par la renommée de ses victoires et par l'éclat de sa cour. C'est pourquoi, rappelant de toutes parts ses troupes détachées, poussant droit au sud, Nicéphore poursuivit à
1. Kéraal ed-Dîu l'a confondu avec Abou'l Achaïer (l'Apolasar des écrivains byzantins, de Cédrénus en particulier), pris l'année d'auparavant à la déroute du défilé du Kylindros ou de Maghara Alcohl. Voyez page 143. Celui-là mourut en captivité à Byzance.
toute vitesse sa route sur Alep, chassant devant lui les corps détachés de l'armée ennemie. Nadjâ, rudement bousculé par l'avant-garde byzantine sous le commandement de Tzimiscès, courut rejoindre l'émir, qui, sourd au bruit de la chute de ses forteresses, continuait à préparer avec la plus indomptable énergie la défense de sa capitale chérie, mettant tout en œuvre pour réparer le temps perdu.
Béroé ou Berœa, l'antique et populeuse métropole sjTienne, l'Alep ou Haleb des Arabes, que les Byzantins nommaient Chalepé ou Chelepé, était tombée depuis plus de trois siècles aux mains des Sarrasins. Soumise aux Khalifes d'abord, aux Toulounides ensuite, puis un moment à Nasser Eddaulèh, l'émir de Mossoul, puis aux partisans de rikhchidite d'Egypte, elle avait fini,. je l'ai dit, par tomber en 944, après bien des vicissitudes, aux mains de Seîf Eddaulèh son possesseur actuel. Elle était devenue sa capitale et sa résidence favorite. Il avait infiniment agrandi et embelli cette belle cité, principale station intermédiaire du commerce entre Alexandrette et l'Euphrate, grand rendezvous des caravanes de tout le monde oriental. Elle se dressait, blanche et éclatante, dans cette vaste plaine mamelonnée qui s'étend jusqu'à l'Euphrate, à peu près à égale distance entre ce fleuve et l'Oronte, au centre d'une contrée très ondulée, très découverte, ceinte de colHnes basses à la distance de quelques milles seulement \ Soixante ou soixante-dix milles et le défilé des Portes Syriennes ou de Beïlân la séparaient d'Alexandrette, le port le plus rapproché de la côte méditerranéenne. Quatre-vingt-dix à cent milles la séparaient d'Antioche. D'immenses murailles crénelées avec un large fossé enveloppaient son ample circuit. Etalée sur huit éminences de hauteurs diverses, occupant en outre et surtout les vallons intermédiaires ainsi qu'une étendue considérable de terrain en plaine, elle se divisait, alors comme aujourd'hui, en ville basse et ville haute. Sur la plus élevée de ces collines, butte artificielle aux flancs à pic garnis de murailles pour retenir les terres croulantes, située à l'extrémité nord-est de la ville, mais reliée
l.Voj-ez, entre autres, A. Russe!, The natural hhtoi-y ofAleppo, 2^ éd. -publiée Tp^iV Pat. Russell, Londres, 2 vol. in-4», 1794.