AL DIXIKMK SIECLE. -I-IS
à l'enceinte par le rempart même et par conséquent en communication avec elle, se dressait le vieux kastron byzantin transformé dès longtemps en forteresse sarrasine. Aujourd'hui encore s'élève en ce lieu le chuteau turc d'El-Qalaali, qui s'aperçoit de fort loin. Seîf y avait fîiit à cette époque transporter son trésor et ses principales richesses. Cette colline du château se reliait elle-même à l'ouest à la plus élevée des hauteurs ceignant la ville, le mont Gausan, qui a constamment joué un rôle important dans les divers sièges qu'Alep a eu à subir.
La capitale de Seîf Eddaulèh était surtout défendue par ses belles et fortes murailles de cinq kilomètres de tour que neuf portes traversent encore aujourd'hui. La plus importante de celles-ci, Bab Kinuesrin, passe même pour avoir été construite par le Hamdanide, mais elle a été certainement rebâtie depuis.
Cette enceinte d'Alep était, au moment de ce premier siège par Nicéphore, fort ancienne déjà et malheureusement très dégradée. Alors comme aujourd'hui, les eaux un peu troubles de la rivière Kouaïk, venant du nord, glissaient lentes et silencieuses, rasant les murs occidentaux de la cité '. Sujette en hiver à des crues redoutables, elle arrosait les jardins fameux qui formaient â Alep cette ceinture admirablement cultivée et irriguée tant chantée par les poètes des Hamdanides, ces jardins célèbres par la culture presque exclusive de la pistache, qui étaient comme un divin oasis de fertilité et de fraîcheur au milieu de la dure plaine environnante. Les jours de fête, la riche et gaie population alépitaine, dans ses costumes chatoyants , s'y répandait en foule. Les harems multicolores s'y ébattaient bruyamment. C'était la vie arabe du dixième siècle dans ce qu'elle avait de plus gracieux, de plus élégant et de plus fastueux à la fois. Aujourd'hui encore, la beauté des jardins d'Alep, de ceux de Baboullah et de Bayadoun surtout, est demeurée célèbre ; on y cultive tous les fruits d'Europe et d'Asie. Dans les bosquets embaumés sur les rives du Kouaïk s'élevaient les demeures de plaisance
l.Le Kouaïk, Tancien Chalus, prend sa source à trois ou quatre journées au nord d'Alep, dans les montagnes d'Aïntab, et va se perdre dans les sables qui forment l'immense marais d'El-Matk à six lieues au-dessous de cette ville.
des plus riches habitants, des parents du Hamdanide, des premiers sheiks. La splendeur de toutes était édipsée par le merveilleux palais suburbain que s'était fait construire le noble émir en dehors des murailles, au nord de sa cité tant aimée, et qu'il avait appelé du nom d'El Halébah. Le fleuve Kouaïk traversait d'une extrémité à l'autre son immense enceinte entourée de murs. Ce devait être, comme tous les autres palais des princes arabes de cette époque, plutôt une ville véritable, agglomération immense de constructions diverses, d'édifices de toutes sortes perdus au milieu des jardins, qu'un grand bâtiment isolé comme le sont d'ordinaire nos résidences princières d'Occident. Toutes les splendeurs de l'art oriental alors à son apogée y étaient accumulées. Moténabbi et ses confrères en poésie font de fréquentes et enthousiastes allusions aux félicités de ce séjour sans pareil.
Le château d'El-Qalaah, bâti sur les débris de la forteresse qui si longtemps a défendu la capitale des Hamdanides, est aujourd'hui luimême presque ruiné. C'est une triste et quasi inutile bâtisse turque ; mais de son sommet on jouit d'une vue étrange sur cette masse immense de blanches terrasses et de coupoles plus blanches encore dominées par d'innombrables minarets, encadrées dans la verdure de l'oasis environnant. Plus de cent mille habitants ' peuplent encore cette belle et curieuse cité qui aux temps agités de Seîf Eddaulèh en comptait, dit-on, plus du double.
Nicéphore, brûlant et détruisant tout sur son passage, s'avançant à la tête de toutes ses forces avec la rapidité de la foudre, se flattait presque encore de surprendre le Hamdanide, qui durant si longtemps avait été dans l'ignorance des véritables mouvements de son armée. Déjà les avant-gardes de cavalerie cataphractaire avaient franchi à la nage le Kouaïk, dont tous les gués étaient soigneusement gardés par les Sarrasins. Mais le brillant domestique et Jean Tzimiscès, son non moins brillant lieutenant, le second dans l'armée après lui, avaient affaire à un ennemi digne d'eux. Bien que pris de court par cette marche