‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 65 sur 237 · Soixante-quinze mille environ, d'après M. Eey · texte numérisé non relu

Soixante-quinze mille environ, d'après M. Eey

EUPEREUR BYZANTIN".

extraordinaire et empêché de pouvoir réunir tous ses contingents trop dispersés, Seîf Eddaulèli avait réussi à être relativement prêt. En peu de jours il avait mis tant bien que mal sa capitale en état de défense. Toute l'énorme population mfde de l'immense cité, tout ce qui était capable de porter les armes depuis les enfants de seize ans, fut enrôlé dans les cadres alépitains. Une pareille levée se faisait rapidement. Chaque Sarrasin de cette époque guerrière était im soldat, parfaitement exercé au combat, toujours excellent cavalier. Il suffisait de mettre l'arc ou la lance dans la main de ces hommes de fer, en apparence paisibles artisans ou marchands immobiles dans leurs boutiques du Bazar, il suffisait de les faire haranguer dans quelque mosquée sainte par la parole enflammée de quelque uléma ou de quelque santon prêchant la guerre sainte, pour les transformer aussitôt en combattants fanatiques, ignorant la peur, faisant froidement le sacrifice de leur vie.

Avec cette armée citoyenne improvisée, grossie de ses troupes régub'ères, esclaves, mercenaires et mamelouks, lansquenets du dixième siècle oriental, et de toutes les tribus de nomades du désert depuis Tadmorqui est Palmyre, jusqu'à Ourfa qui estEdesse, Seîf Eddaulèh estima qu'il avait quelque espoir encore de résister aux Grecs. Détachant ses meilleures troupes, il les lanç^a à la rencontre de l'armée ennemie sous l'habile et énergique direction de Xadjâ qui venait de le rejoindre. A travers les récits confus des chroniqueurs arabes on démêle difficilement quel but se proposait l'émir en dégarnissant ainsi au dernier moment sa capitale de la plus im])ortante et plus utile fraction de ses défenseurs. Voulait-il gagner du temps, chercher à arrêter la marche de l'ennemi, jusqu'à ce qu'il eût réuni et armé assez de monde pour livrer sous les murs d' Alep une bataille décisive ? Cherchait-il plutôt, et la suite des événements rend cette hypothèse plus probable, à prendre l'ennemi entre deux attaques, à l'attendre de pied ferme durant que Nadjâ tomberait sur ses derrières? Tout ce que nous savons de certain, c'est que ses plus fidèles conseillers écliouèrent à le détourner de ce plan et lui représentèrent en vain qu'en se séparant ainsi de son meilleur lieutenant et de tant de soldats réguliers, il risquait de présenter

sa capitale presque sans défense sérieuse aux coups de Nicépliore '. Comme le gros de l'armée grecque s'avançait du côté du nordouest (c'étaient, on le sait, de simples corps détachés qui avaient pris

Prédication dans une mosquée. Miniature d'un manuscrit arabe appartenant à M. Ch. Scbefer.

Aïntab, Membedj, etc.), Nadjâ se porta tout d'abord dans la direction de l'occident jusqu'à Altarib, le Tereb d'aujourd'hui, à huit

1 . Pour ce fameux siège d'Alep par Nicéphore, nous n'avons guère que les récits bien courts d'Aboulf éda et d'Aboulfaradj. Les Grecs ne disent rien ou se bornent simplement à mentionner la prise de la capitale duHamdanide.Léon Diacre, le principal historien de Nicépliore, semble même ignorer cette campagne en Syrie; il ne parle que de la conquête de la Cilicie et fait retourner aussitôt après le domestique à Constantinople. Cédrénus, d'autre part, reporte le siège d"Alep et la pointe en Syrie à la seconde année du

heures de marche d'Alep; obhquant de là vers le nord, il s'efforça de tourner les impériaux et de porter toutes ses forces sur leurs derrières. Mais Nicéphore se trouvait parfaitement renseigné par ses espions et ses éclaireurs sur les mouvements de l'ennemi et la décision qu'il prit aussitôt devait entraîner la perte de ce dernier. Modifiant, lui aussi, brusquement sa marche pour éviter Nadjâ, il fila soudain avec toute son armée dans la direction du nord-est , semblant battre en retraite, puis tout aussi subitement il rebroussa chemin à la hauteur de Dolouk, décrivant de la sorte un demi-cercle immense qui l'éloignait absolument de Nadjâ désorienté et hésitant. Reprenant alors rapidement la direction du sud et doublant les étapes, il apparut soudain à Tobbal ', village situé au nord de la capitale, et gagna de là le château d'Ezzaz. Nadjâ était au loin, cherchant à s'orienter. La route d'Alep était ouverte devant les soldats du Basileus !

Cependant Seîf Eddaulèh venait également de se jeter en avant avec quelques troupes à la suite de son lieutenant, soit qu'il voulût tenter d'opérer sa jonction avec celui-ci, soit qu'il eût plutôt l'intention de le rappeler à lui. Brûlant du désir de se mesurer avec les chrétiens maudits, il avait fait promettre un dinar par tête à tout volontaire alépitain qui consentirait à le suivre, mais il ne s'était pas éloigné d'Alep de plus d'une parasange ', que soudain des Arabes nomades , fuyant éperdus devant les coureurs ennemis, galopèrent à sa rencontre et lui apprirent que l'armée impériale tout entière, qui s'était si habilement débarrassée de la poursuite de Nadjâ, était tout proche et marchait si vite qu'elle paraîtrait au plus tard le lendemain matin sous les murs d'Alep.

Fort ému, l'émir rétrograda sur l'heure. Confiant la défense de sa capitale à la population armée, sa première idée fut, cette fois encore, de se jeter dans la campagne avec les quelques soldats réguliers qui lui restaient et de rejoindre par des chemins de traverse les contingents

règne de Nicéphore, faisant confusion avec l'expédition qui eut réellement lieu cette année. Le manuscrit anonyme du Vatican, que certains attribuent à Julius Polydeucès, est le seul parmiles documents d'origine chrétienne qui fasse mention assez détaillée de ces événements importants.

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