‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 66 sur 237 · Une heure à une heure et demie de marche · texte numérisé non relu

Une heure à une heure et demie de marche

Je Nadjà |)um i'uiulre ensemble sur les Grecs et chercher à le^ jii eiulre entre une attaque de lui et une sortie des défenseurs d'Alep. Mais force lui fut presque aussitôt d'abandonner encore ce plan en apparence si sage et si hardi. Ce n'est point, comme le prétendent les chroniqueurs arabes, qu'il en ait été détourné par les supplications du peuple alépitain effrayé de voir son souverain s'éloigner de lui en ce péril et désireux de combattre sous ses yeux le saint combat contre les infidèles *, mais bien plutôt parce qu'il se défiait des menées secrètes qui pourraient être si facilement dirigées contre son autorité en ces moments si troublés. En vrai prince musulman du dixième siècle, il n'avait qu'une confiance fort limitée en la fidélité de ses fonctionnaires et de beaucoup de ses sujets, et savait fort bien que le moindre insuccès dans ces circonstances critiques lui vaudrait, dans sa propre capitale, non seulement des hostilités plus nombreuses encore, mais très probablement aussi de déterminés compétiteurs. En conséquence, et bien que son esprit aventureux fût vivement séduit par les chances de succès que pouvait présenter son projet primitif, il se résigna t\ ne point quitter sa capitale et à attendre l'ennemi sous ses murs. Cette résolution désastreuse devait causer sa ruine. Il allait affronter à la tête des confuses milices alépitaines l'ennemi nombreux et éprouvé qu'il n'avait jusqu'ici osé attaquer en bataille rangée avec ses troupes régulières. Certainement, à ce moment il espérait encore fermement que Nadjâ réussirait à rattraper les impériaux et à les charger en queue tandis que lui leur résisterait de front.

Mais Nadja, égaré dans la campagne comme Grouchy à Waterloo, ne parut point! La raison vraie de cette déplorable absence nous échappe. Le hardi partisan ne réussit-il point à reprendre contact avec l'ennemi, ou hésita-t-il à l'attaquer dans des conditions défavorables ? Nous l'ignorons. Un seul fait paraît certain, c'est que Seîf Eddaulèh avec ses milices urbaines mal disciplinées eut à supporter seul le choc de toutes les forces impériales. L'anonyme du Vatican dit que l'émir avait encore à ce moment beaucoup de monde avec lui. Elmacin, au

1. Voyez dans Freytag, Geschichte der DynaMie der Haindaniden, les propos échangés à cette occasion entre l'émir et le peuple d'Alep.

contraire, affirme que son armée était fort réduite. Tous deux ont raison ; le premier veut parler des milices alépitaines ; le second vise les troupes régulières en très petit nombre dont Seîf Eddaulèh disposait pour lors^ puisque la très grosse part de celles-ci était inutilisée sous la conduite de Nadjâ.

Dans cette masse bigarrée des défenseurs d'Alep, toutes les races musulmanes se trouvaient confondues. Outre les milices purement citadines et les contingents syriens proprement dits, paysans convertis depuis trois siècles au mahométisme, le même anonyme du Vatican cite dans l'armée de l'émir de nombreux contingents curdes et deïlémites. Les Curdes donc, ces farouches et libres montagnards, ces guerriers pillards et nomades de l' Asie-Mineure, servaient alors déjà comme mercenaires dans les armées asiatiques. Quant aux Deïlémites, leurs voisins, c'étaient eux aussi de féroces et belliqueux habitants de la montagne, originaires, ceux-ci, du nord de la Perse, peuplades guerrières, de race turque, habitant les environs de la Caspienne '. Les émeutes des troupes deïlémites ont souvent fait trembler dans leur palais de Bagdad les faibles Khalifes du dixième siècle. Le nom de ces rudes soldats figure dans l'histoire dès le septième ^.

La fortune avait décidément abandonné le Hamdanide. Avec ses contingents indisciplinés ^, il avait quitté ses cantonnements deBânkoûsâ, quartier élevé situé au nord ds la ville et pris position en un point appelé Alhassàsah. Il n'est plus possible aujourd'hui d'identifier ce lieu, mais certainement il était situé sur le fleuve Kouaïk, dont il s'agissait de défendre le passage. Bosra le Petit, un des mamelouks de l'émir, portait sa bannière. Son vizir Abou Mohammed As-Sayyâdi et son cousin Abou Taglib ben Dawoud ben Hamdan combattaient à ses côtés. L'attaque impétueuse des masses byzantines ne se fit point attendre. Elle devait être irrésistible pour des soldats improvisés, tels que l'étaient

1. En particulier les montagnes qui séparent le Ghilan et le Mazanderam des provinces d'Algebal et d'Irak-Ajami.

2. Voyez Théoph. Simocatta, lib. IV, cap. iv, éd. Rey, p. 9G, et Agathias, 92 D. Ajoutons que ce nom oriental a fourni un bien mauvais jeu de mots au diacre Théophile, le chantre de l'expédition de Crète (Acroas. V, p. 22).

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