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ment, la veille de Pâques, le grand samedi, il avait tancé publiquement le Basileus Constantin en pleine basilique de Sainte-Sophie, devant un peuple immense, ce ce qui ne fut pas agréable à l'autocrator, » ajoute Cédrénus qui raconte le fait. Ce fut encore ce même prélat qui instruisit dans la religion chrétienne la fameuse czarine Olga, lors de sa venue à Constantinople, et il le fit avec son ardeur et sa sévérité accoutumées.
Romain II, quatrième Basileus d'Orient de la dynastie macédonienne, fut bien ce que tous craignaient, un prince déplorable : non pas, je le répète, qu'il ne fut doué de qualités charmantes, de facultés précieuses, mais le plaisir avait pour lui de trop irrésistibles attraits. Gouverner ses peuples était au-dessus de ses forces ; il en laissa le soin à d'autres ; son premier ministre dirigea l'empire. Lui, presque toujours absent du Palais, vécut dans des villas au milieu des bois, s'entourant de favoris souvent odieux, de mimes, de bouffons, de comédiens, tous gens de basse extraction, de courtisans efféminés, de filles, même de personnages louches aux mœurs infâmes.
En peu de jours la cour du Basileus défunt eut fait place à une cour nouvelle. Les vieux serviteurs de Constantin VII disparurent devant les compagnons de plaisir du jeune empereur. Les patrices, les protospathaires dont le prince défunt s'était entouré durent quitter le Palais, non cependant sans avoir été comblés d'honneurs et de richesses par Romain, qui, n'étant point méchant, demandait seulement qu'on le laissât vivre à sa guise.
Il y eut de rares exceptions. La plus notable fut en faveur du plus important personnage de la cour. L'eunuque Joseph Bringas, patrice , grand préposite ou chef des eunuques, en même temps que grand drongaire, c'est-à-dire grand amiral, le principal ministre des dernières années de Constantin , fut, sur le vœu de ce prince mourant, choisi par Romain pour continuer à gouverner l'empire , on dirait aujourd'hui pour être chef du cabinet ou président du conseil. Déjà comblé de dignités, cet administrateur vigilant, dévoué, très perspicace, très habile, énergique, se connaissant en hommes , mais rapace , sans scrupule , avide du pouvoir et surtout brutal, dur et hautain, sans pitié pour les malheu-
reux, fut fait par le nouveau Basileus à la fois chef du sénat et parakimomène ou grand chambellan, chef des cubiculaires. Toutes les affaires furent mises entre ses mains. A la fois tout puissant au Palais, où il commandait à tous comme parakimomène, où il représentait le prince constamment absent, et président du grand conseil de l'empire et du sénat, ces deux principaux rouages du gouvernement central , en un mot maître absolu du pouvoir, dont Romain ne se souciait que pour qu'on l'en délivrât , Joseph Bringas, déjà si influent sous le dernier empereur, fut, durant ce règne de trois ans et demi, le chef unique et incontesté de l'immense Etat byzantin. La plupart des chroniqueurs de l'époque ont été sévères pour lui, et ont blâmé son avarice, ses exactions, son maintien orgueilleux et dur jusque dans l'extrême adversité. 11 eut peutêtre aussi le tort bien grand, par ambition personnelle, d'encourager la déplorable vie que menait Romain II. Cependant ce fut un grand ministre, car, outre le gouvernement ferme et énergique dont tout l'empire jouit sous sa main, il eut cet immense mérite de concevoir, de combiner presque à lui seul, de mener à bien avec l'aide de Nicéphore Phocas qu'il choisit lui-même, la glorieuse expédition de Crète , magnifique opération militaire qui devait illustrer à jamais le règne si court et, sauf cela, si incolore du fils de Constantin VII.
Les historiens du dixième siècle nous ont dit les noms de quelques autres hauts personnages de l'administration nouvelle. Sisinnios, de la classe des protospathaires, qui avait jadis rempli les fonctions de sacellaire, homme sage, dévoué au bien pubUc, nommé d'abord préfet de la Ville, c'est-à-dire de la capitale, fut bientôt remplacé dans ces très hautes fonctions par une des créatures du premier ministre, le patrice et ancien surintendant des guerres, Théodore Daphnopates, dont nous ne savons qu'une chose, c'est qu'il fut un des historiens de son époque'. Quant à Sisinnios, créé patrice, il devint logothète général, c'est-à-dire grand trésorier de l'empire. Le trésor de Saint-Marc à Venise possède un vase précieux jadis consacré par lui dans quelque église de la capitale, ainsi qu'en témoigne l'inscription gravée
1 . Son histoire est perdue, à moins cependant qu'elle ne constitue une portion de la chronique anonyme connue sous le nom de Thecrphanes continuatus. Voyez F. Kirsch , Byzantinische Studlen, p. '284, note 1.
sur la base de ce monument précieu lironiqueur anonyme qui
a donné pour ces règnes une suite t\ l'historien ïliéophane fait un vif éloge de ce Sisiunios et de son administration irréprochable durant son court passage i\ la préfecture de Byzance. Ses deux adjoints, tou.s deux dignes de lui, furent le protosecretis Théophylacte Matzitzikos
Calice d'ngatc arec uiont\ire en nrpc-ut au iiimi 'Ik .■•i-.iiiiiui>, i^iiiiict; et logotbète géntnl; conservé on trésor de Saint-Marc à Veuisc.
LÉGENDE QRECQtJX GRAVÉE BCR LA B.VSE I>:
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Tr-^DUCtion : Seigneur, prête secours à Sisiunios, pairicc ci logoiuctc.
et le critis (juge) Joseph, de l'ordre des spatharocandidats ' eut la charge de logothète du prétoire, c'est-à-dire la présidence de la justice urbaine. De tels honmies eussent pu exercer une influence heureuse sur le jeune empereur. Malheureusement celui-ci admit dans son entourage immédiat des personnages funestes. Une nomination surtout causa un scandale iiioiiï. Joaii. <ii'n,,îiiiiif' Chu-rina, nnrien clerc pala-
I. Un des degrés de la hiérarchie nobiliaire p;«i;ituK' à Dytinco.
22 UN EMPEREUll BYZANTIN
tin de réputation abominable, avait été chassé de la cour par Constantin à cause de ses mœurs honteuses; pour échapper à une plus dure punition , il avait du se réfugier dans un cloître et s'y faire moine. Il était eunuque. A peine le vieil empereur mort, il jeta là le froc et osa reparaître au Palais. Non seulement Romain, dont il était l'indigne favori , lui pardonna ; non seulement il lui permit de reprendre le vêtement de prêtre séculier, mais il osa le mettre presque au premier rang après Bringas en le créant patrice et grand hétériarque, c'est-à-dire commandant le premier bataillon des gardes barbares chargés de la garde de la personne même du prince. Polyeucte, l'austère patriarche, fit entendre vainement des protestations indignées. Le scandale de ce moine défroqué, devenu tout-puissant à la cour, irritait jusqu'à la fureur ce prélat vertueux. Rien n'y fit. Romain tint bon. Chœrina vint affirmer impudemment que l'habit monastique lui avait été imposé de force et que des voeux aussi peu sincères se pouvaient rompre facilement. Bringas, se voyant de la sorte plus sûr de régner sans partage, fut assez lâche pour soutenir l'empereur et son favori contre le patriarche. Tant que Romain vécut, rien ne se fit dans le Palais sans la permission de l'infâme Chœrina. « A la mort du Basileus, dit le chroniqueur Cédrénus, on lui imposa de nouveau l'habit monacal; son âme vile n'en fut point changée pour cela. »
Mais la véritable maîtresse du Palais et de l'empire fut bien Théophano. A peine le vieil empereur avait-il expiré , à peine le couvercle du sarcophage s'était-il refermé sur son cadavre, que des dissensions violentes éclatèrent au sein de la famille impériale. La nouvelle Basilissa portait une haine mortelle à sa belle-mère, l'impératrice douairière Hélène, fille de Romain Lécapène, et à ses cinq jeunes belles-sœurs. La comparaison entre son humble origine et celle de toutes ces princesses, filles d'empereur, exaspérait la hautaine parvenue. Elle n'eut plus d'autre idée que de chasser toutes ces femmes de sa présence. Comme elle dominait entièrement son faible époux , elle obtint facilement ce qu'elle désirait. Bien probablement du reste, la vieille princesse et ses filles ne se gênaient guère pour témoigner de leur mépris à la fille du cabaretier.
Couverture (l"argeut dorO, orntede vhigt-trois émaux cloisonnés sur or, d'un cvangéliaire grec du x" siècle conservé à la bibliothèque de Sienne. Ce livre magnifique fut acheté en 1359, pour le compte de la république de Sienne, moyennant 3,000 florins d'or, d'un certain Italien qui en avait fait l'acquisition à Constantinople des agents de l'empereur Jean Cantacuzène. (D'après les Arts industriels au moyen âge, de M. Jules Labarte.)
Théopliano l'emporta donc sans peine. L'autocrator déclara à sa
mère et à ses sœurs qu'elles eussent à quitter leurs appartements du gynécée du Palais Sacré pour se retirer dans des couvents et y prendre le voile. Telle était la voie constamment suivie à Byzance pour débarrasser la cour des princesses gênantes. Cet arrêt sans pitié désespéra les jeunes Porphyrogénètes. Il y eut au Palais des scènes d'une violence inouïe. Hélène et ses filles, folles de lionte et de douleur, implorèrent Romain; les salles du gynécée retentirent de leurs cris. La vieille impératrice se traîna suppliante aux pieds de son fils , embrassant ses genoux. Le chroniqueur a négligé de nous dire si Théophano était présente; en tout cas, elle était proche. Pleurs, cris, prières, tout fut inutile. Romain, intimidé par ces éclats, eût voulu céder. Il n'osa. Seulement Hélène obtint de rester au Palais. Ses filles durent se résigner à leur lamentable exil. Elles étaient cinq : Zoé, Théodora, qui plus tard devait à son tour devenir Basilissa en épousant Jean Tzimiscès , Théophano, Anne et Agathe. C'étaient des princesses accomplies. Leur père, ce Basileus savant et lettré entre tous, leur avait fait donner la plus brillante éducation. Il les chérissait, ne pouvant se passer d'elles, veillant sur elles avec un soin jaloux , constamment préoccupé de développer leur esprit. Sa préférée était Agathe, qui ne le quittait jamais, le soignait avec un dévouement profond dans ses fréquentes maladies et lui avait souvent tenu lieu de secrétaire.
La séparation entre la mère et les filles fut déchirante. Elevées doucement sous l'aile paternelle, les pauvres jeunes femmes n'avaient jamais rêvé sort pareil. Aucune n'avait la vocation du cloître, et pourtant il fallait obéir. Cette exécution tragique dut avoir lieu presque aussitôt après l'avènement de Romain. Les cinq princesses pleurant, se lamentant, se tenaient étroitement embrassées, groupe touchant qui eût ému le cœur le plus barbare. Les cubiculaires eunuques durent les arracher les unes aux autres et les jeter dans les litières qui les emportèrent rapidement à leurs nouvelles demeures.
Les lettres de cachet des Basileis pouvaient bien constituer un procédé expéditif pour mettre fin aux intrigues , aux situations fausses , pour se débarrasser des personnalités fâcheuses ; mais, surtout lorsqu'il s'agissait de femmes, elles n'étaient pas toujours docilement obéies.
EMPEREUE BYZANTIN.
r N i:.Mi'i;i;i;ri: iîyzaxtix
Toiiics les cliroimiucs l)y/;iiitiiics nous ont n|)p()rt6 l'cclio douloureux (Ks cris (le CCS jcTuics ])riiicesscs eutniîiices de force dans des couvents, cdiiii-aiiilcs (r<'cliaiigcr les somptueux vêtements brodés du gynécée cMiitrc la ,i;-rossicre robe brune de la ealoyère ' , voyant tomber sous les ciseaux consacrés leur lon^aie chevelure, mystique offrande du mariage divin an([uel elles se trouvaient condamnées. On donnait à Byzance un nom bien doux à cette cérémonie lugrdire, on disait qu'une telle était all('e « vivre avec les anges. )) Si l'on dressait la liste de toutes les Basili>sa', de toutes les filles des nond)reuses races impériales qui se sont succédé durant mille ans et plus au Palais Sacré, on en rencontrerait bien peu qui n'aient, volontairement ou non, fait un séjour plus ou moins prolongé, séjour bien souvent aussi long que la vie, mais toujours d'un mortel eimui, dans la froide et nue cellule d'un des innombrables monastères de Constantinople ou de son immense banlieue. Rien ne i)eut donner, ;\ nous modernes, l'idée d'aussi fréquents, d'aussi sondains, d'aussi complets changements dans une même vie, de chutes aussi pi'ot'ondes, de réveils aussi cruels, aussi inattendus. Rien, à lîyzance, n'était plus prés de la couche somptueuse aux draperies brochées d'or du sacré coiton ou chand)re à coucher de l'impératrice que la niiscral)lc paillasse de quelque monastère de filles à Byzance. La mise au couvent des })auYres soeurs de Romain ne se fit pas plus facilement. On cpinmenca par les transporter au monastère du Caniclion. (JV'iait un ancien palais bâti au siècle précédent parle fameux Théocîi<i<', qui avait joU(' un rôle considérable sous le règne de l'iconoclaste empereur Tlicophile. Tour à tour magister, logothète, préfet du Caniclion-', i! avait présidé à l'éducation du fils de Théophile, Michel III, dit rivrogiH", <iui l'en récompensa en le faisant massacrer à l'instigation du tancuN l);irdas. Il fut assassiné dans le Circ^ue par un soldat fédéré iti^-«' ^\^- <'r:m('e. c est-à-dire un mercenaire scythe de Tauride, un 'J'auni^cytlie. comme on disait alors. Ses biens immenses furent confis-