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qués. Son merveilleux palais avec ses bains, ses jardins, devint propriété d'Etat et on y installa un monastère de femmes. C'est là que les filles de Constantin Vil furent, malgré leurs supplications, rasées et consacrées au Seigneur. Elles y retrouvèrent une autre princesse, elle aussi nonne involontaire, qui depuis tantôt trente années menait la sombre vie du cloître. C'était l'Augusta Sophie, leur tante par alliance, femme d'un des fils de Romain Lécapène, le Basileus Christophe. A la mort de son mari, elle avait dû se retirer au Caniclion. Pour une raison que nous ignorons, les pauvres recluses ne demeurèrent que peu de temps dans ce premier asile. On les sépara les unes des autres, probablement parce qu'elles s'excitaient réciproquement à la résistance. Trois seulement, Zoé, Théodora, Théophano, furent envoyées au palais d'Antiochos. Cet édifice, bâti au cinquième siècle aux environs de l'Hippodrome et de la Grande Eglise par le Perse Antiochos , qui fut grand eunuque à la cour de Théodose le Jeune, était devenu également propriété d'Etat. Un couvent de filles y était annexé. Les deux autres sœurs Anne et Agathe eurent pour demeure un autre monastère, celui de Myrelaeon, qu'avait édifié leur grand-père Romain Lécapène lorsqu'il était régent.
Jean, cathigoumène ou supérieur du grand couvent de Stoudion, avait été délégué pour présider à la prise de voile des cinq princesses. Ce fut lui qui leur coupa les cheveux. Il est probable que ses pieux discours furent moins puissants à amener les jeunes femmes à supporter leur sort nouveau qu'une décision que prit Romain à leur égard. Au lieu de les laisser végéter misérablement de la vie des pauvres caloyères, il voulut qu'elles tinssent leur rang et leur fit assigner la même pension qu'elles avaient eue au Palais. Elles vécurent dès lors d'une existence à peu près comparable à celle que menaient les filles nobles, chanoinesses en Occident. Théophano, heureuse d'être débarrassée d'elles, ne s'opposa point à cet adoucissement. En réalité, les choses allèrent même bien plus loin. Nous le savons par Cédrénus. « Le bon moine du Stoudion n'eut pas plus tôt le dos tourné, nous dit-il, que les jeunes personnes, jetant bas leurs habits religieux, se refusèrent à les reprendre et se remirent à mano-er de la viande. )) Romain dut céder encore sur ce point.
tant il est vrai que, même à Byzance, (( il était plus aisé de venir à bout d'un bataillon de soldats que d'une troupe de petites filles. »
La véritable victime de toutes ces tragédies de famille, qui marquèrent le début du règne nouveau, fut la vieille impératrice Hélène. La vénérable Augusta, déjà fort malade, ne put se consoler de son bonheur domestique disparu , de cette maison vide , de toutes ces jeunes et chères créatures dispersées et malheureuses. Les dédains de Théophano durent également la faire cruellement souffrir. Longtemps alitée dans ses appartements du Palais Sacré, elle passa dans les larmes la dernière année de sa vie. Elle pardonna néanmoins à son fils et mourut pieusement le 19 septembre 961. Romain, qui se montra plus tendre pour elle dans cette grande afiliction, lui fit faire de magnifiques funérailles. Elle fut pompeusement ensevelie à ce même couvent de filles de Myrelseon, à côté du jDalais de ce nom, où deux de ses filles avaient été enfermées, et que son père, le vieux Romain Lécapène, avait fondé lors de sa toute-puissance. Il y était enseveli ainsi que son fils, le Basileus Christophe^ et sa femme, l'impératrice Théodora. Hélène fut conduite à sa dernière demeure par son fils , par le sénat, par la cour et la Ville tout entières. Son corps, placé dans un cercueil en forme de gaine dorée, richement incrusté de perles et de pierreries, fut déposé, d'après Cédrénus, dans le sarcophage même oii reposait la dépouille de son père, dans un sarcophage tout voisin, suivant d'autres témoignages.
Revenons à Romain II, à son ministre Bringas, aux débuts officiels de ce règne si court. Comme c'était l'usage de temps immémorial, le premier soin du gouvernement fut de notifier l'avènement du nouveau maitre du monde, du nouveau Kosmocrator, à tous les souverains alliés ou vassaux. Des liens d'amitié furent renoués avec chacun d'eux. De même tous les hauts fonctionnaires provinciaux, les stratèges des thèmes \ les chefs des topotérésies ou districts frontières, les gouverneurs des clisures -, châtelains des grandes forteresses frontières , les domestiques d'Occident et d'Orient, généralissimes des armées d'Eu-
1. On désignait à cette époque sous le nom de thèmes les provinces de l'empire d'Orient.