Ville d" Asie-Mineure
IXIKME SIÈCLK.
ment pris leurs dispositions qu'il semble que ce fut par les lutins de Nicéphore stulement que Bringas reçut la première nouvelle de ces graves événements. Ce fut pour lui un coup de foudre et la lecture de ces missives brèves, im|)érieuse8, le transporta de fureur, «t TI reçut l'évêque d'EucIiaïUi, dit un chroniqueur, comme si c'eût été l'envoyé de quelque petit souverain de Scytliie, de quelque misérable chef barbare. » Le pauvre prélat fut par son ordre enchaîné et jeté au cachot. Puis l'eunuque, cet homme énergique et hautain , résolu î\ ne céder jamais, se prépara à une résistance désespérée. Mais il se trouvait pour cela dans la situation la plus fâcheuse, étant en réalité seul t\ supporter le poids des événements. Sa rapacité, sa réputation très justifiée d'accapareur, sa dureté envers les classes pauvres l'avaient dès longtemps rendu profondément impopulaire. Sa qualité d'eunuque, ses allures hautaines, son abord rogne et emporté lui avaient créé des ennemis en foule dans tous les rangs de la société.
Cet homme vieux et cassé, cet eunuque ridé avait une ame de fer. Sans perdre courage, il ne songea qu'à lutter, qu'à découvrir un compétiteur capable d'arracher à la fois à Nicéphore la couronne et la main de Théophano. Seul, il fit face à tout. Son premier soin fut d'organiser la défense de la capitale. Tous les points stratégiques importants furent occupés par les divers corps de la garde et par les bataillons du thème de Macédoine pour lors en garnison t\ Byzance. Il croyait pouvoir compter sur eux à cause de la haine traditionnelle
Roi (le JikU en costume d'empereur bt-nntlii. Miniature d'un d«s plu* b«»ux maniwcriU Io'muiUm du X* siècte d« k BtbUothèqne
qu'ils portaient aux soldats arméniens, et avant tout, naturellement, à leurs chefs, les Phocas et les Tzirniscès. Le commandement de la défense fut confié par lui aux plus courageux patrices, à des chefs intrépides, la plupart adversaires personnels des Phocas et des Gourgen, à Marianos Apambas, celui-là même qui venait de rejeter les offres de Bringas, à Fex-stratigos Paschal, à Nicolas et à Léon de l'illustre maison des Tornice'. Les remparts furent hâtivement mis en état, les portes closes et murées, le port barré. Constantinople , derrière les mille créneaux et les trois cents tours de son immense enceinte, reprit soudain cet aspect étrange, silencieux et effrayant de colossale place de guerre dans l'attente, qu'elle avait revêtu tant de fois déjà à travers les sanglantes annales de son orageuse histoire.
Le dimanche 9 août, un peu plus d'un mois après le départ de Césarée, une rumeur éclata soudain dans la ville anxieuse. Les avantgardes de Nicéphore venaient d'apparaître en face de la capitale, dont elles n'étaient plus séparées que par le Bosphore. Dès la première heure du jour elles s'étaient présentées aux portes de Chrysopolis, ce faubourg asiatique de Constantinople qui a nom aujourd'hui Scutari, et l'avaient occupée sans rencontrer de résistance. Nicéphore avait aussitôt installé son quartier, général au palais d'Hiéria. C'était une charmante villa impériale aux jardins ombreux arrosés d'eaux vives. Les empereurs du dixième siècle aimaient à y venir prendre le frais durant les étés brûlants qui les chassaient du Grand Palais Sacré ". Comme le prétendant mettait le pied dans cette résidence, il y fut rejoint par plusieurs de ses plus importants partisans, qui, à la première nouvelle de son arrivée, avaient réussi à sortir de Constantinople. Son frère.
1. Marianos Apambas, Nicolas et Léon Tornice figurent déjà dix-huit ans auparavant parmi les conjurés qui aidèrent le Basileus Constantin à se débarrasser de ses beaux-frères les Lécapénides. Les Tornice étaient de nobles archontes arméniens, et cependant les adversaires de Phocas.
2. Cette villa impériale, sise aux portes mêmes de Chalcédoine, sur une pointe de la rive asiatique du Bosphore, aujourd'hui désignée sous le nom de Féner-Bagtché, avait été bâtie par Constantin Vil. La cour avait coutume d'y célébrer vers la mi-septembre la procession des vendanges, curieuse cérémonie, relique dernière des fêtes bachiques transformées en bénédiction solennelle des grappes. Le Lh-re des Ccrvmonies décrit en détail cette scène étrange. On se croirait en plein paganisme, n'étaient la présence du patriarche et les invocations au Dieu tout-puissant, protecteur de la vigne. L'empereur distribuait les premières grappes aux dignitaires. Les factions chantaient un hymne au vin et à la grappe. Cela s'appelait la procession d'Hiéria (ou mieux des Hiéria).
AU DIXIÈME SikCLE.
Léon Phocas, était du nombre. IJien quY'troitenient surveilk-, il (tait parvenu, après s être longtemps caché dans la ville, A s'échapper par un souterrain et »\ gagner, déguisé en homme du commun, la rive d'Asie. Nicéphore aurait voulu profiter de l'émotion universelle que son approche avait soulevée dans Hyzance pour se jeter sur le champ dans la capitale avec son armée. Un obstacle essentiel le força de s'nr-
Darid et Goliath. Ooliath costumé en guerrier bysantio, rètn de la cotte de mailles, ooiffé da oaaqiw de vatM, anné de la lance et du bouclier. D'après nne miuiature d'un célèbre manuscrit bjzantin du x* siècle de te BlbHoiitèqae de Salut-Marc de Venise, le psautier de l'empereur Basile II, pupille de Nicéphore PhocM. (D'après les Arts imdu*ti-ieh n " moyen âge, de M . Jules Labartc.)
reter brusquement. Par un ordre du Parakiinoiiiène, toutes les embarcations du Bosphore, tous les navires de la flotte impériale, avaient été retirés sur la rive d'Europe. Le passage du détroit était pour le moment impossible.
Cependant à Constantinople l'émeute grondait. Sitôt que le bruit de la marche de Nicéphore s'était confirmé, Bringas avait lancé un décret, signé des deux petits empereurs, mettant hors la loi tous les parents et les partisans de l'usurpateur. Un certain nombre furent assez heureux pour s'échapper aussitôt ou du moins pour se cacher jusqu'il l'arrivée du
•2H8 rX HMPKlîEUR BYZANTIN
Xicc'plioro. r.'inni eux se trouvait, ou l'a vu, le frère même du prétendant, le lirill.'int v.'iinijueur de Kylindros. Les antres furent jetés en prison cl i^-ard('s comme otages. Le rarakimomène exaspéré voulait leur faire ere\er les yeux. De ces infortunés, le plus illustre certainement était le jtropre ])ère de Xicé})liore, le vieux magistros Bardas. Le célèbre guerrier, si longtemps le chef victorieux des scholes d'Asie, aujourd'hui {)lus (}n'octogénaire, accablé par les ans, n'avait pu fuir.
Lors(|ue Xicépliore et son armée étaient ai)parus sur la rive d'Asie, une immense émotion populaire avait secoué la capitale instantanément agitée. La foule encombra les rues. Sans la présence redoutable des troupes encore fidèles à liringas, elle eût certainement acclamé le prétendant. A ce moment, ]>ardas, profitant du tumulte, parvint à s'évader, ])eut-étre bien de connivence avec ses gardiens. Il courut, lui aussi, se réfiigier en suppliant à Sainte-Sophie. Les gardes de Bringas, survenus aussitôt, voulurent l'arracher de cet asile réputé inviolable. Ce l"ut cet incident qui fit éclater la révolte. Le vieux héros des guerres sarrasincs était doublement populaire à Byzance, et par lui-même et parce qu'il était le père de Nicéphore. Au premier bruit du danger qu'il courait, la foule s'amassa. Armée de tout ce qui lui tomba sous la main, elle envahit la Grande Eglise et en chassa les gardes de l'eunuque qui parlementaient avec les prêtres. Puis le peuple se constitua le gardien de ])ardas, et chaque fois que les patrices, partisans de l'eunuque, tentèrent d'arracher le prisonnier de son refuge, leurs soldats furent violemment re])oussés par la foule qui les obligeait à se retirer en les couvrant d'injures.
A partir de ce moment, nous avons pour nous guider dans le récit confus de ces terribles journées la curieuse narration d'un témoin oculaire. Ce très précieux récit anonyme, qui nous a été conservé dans le Lirre (Jr.s Cérémom'es de Constantin Porphyrogénète ', est bien plus complet, ])bis mouvementé que ceux de Cédrénus ou de Léon
1. ( hap. N( VI du liviv I. Ce récit de l;i semaine troiiUée qui se termina le dimanche suivant par Icntrcjc trioiiiiihale du Xic'j.li.jrc à f'oiistantinople a certainement été rédigé par un témoin oculaire qui était en mrme temps un client ou un familier, en tout cas un dévoué partisan du prétendant. Il est iiititiilé : !,rni,/iirafi',N (proclamation ou avcnement) -/« Basileus Xlcrpliore, ex -domestique des scholes d'Annt'A'w, ^nrv'iteur <lii r/ir',.<f, ,',iij>/;rc'ir (i-<]s c(»ira[/cux.
M MXIKME SIECLE. 289
Diacre avec Icsi^ucls il dillcic J ailleurs sur certains (.-...., J ai combiné du mieux que j'ai pu les indications fournies rar ers divoraos sources. Donc, le dimanclie U aofa . ,[
appris que la foule empêchait les gardes d -ir de Bardas réfugié
dans la Grande Eglise, le Parakimomène, qui attachait une importance extrême à conserver sous la main un aussi considérable otage, se rendit de sa personne à cheval à Sainte-Sophie. A ce moment on lisait l'évangile du jour, un de ces onze évangiles de la Résurrection api>elé8 Anastasima, qui se récitent dans toutes les églises grecques au matin du jour du Seigneur. L'eunuque, étrangement irrité, mettant pied à terre et repoussant de la main la foule hostile, monta droit au Patriarcheion , résidence du patriarche, dont le principal corps de logis , le Thomaites, attenant à l'Eglise, donnait sur le Forum Augustéon. Un colloque rapide s'établit entre lui, Polyeucte et son conseil. Il est probable que le patriarche refusa d'intervenir.
Alors Bringas, de plus en plus exaspéré, redescendant dans l'Eglise, entouré de ses gardes, harangua brutalement le peuple qui s'obstinait î\ entourer le vieillard fugitif. L'insulte et la menace A la bouche, cet homme d'une noble intrépidité devant le danger, mais totalement ignorant de l'art de persuader la foule ou de l'adoucir par de bounes paroles, interpella les émeutiers du haut d'une des chaires, leur promettant, s'ils ne s'en allaient, tous les châtiments les plus affreux, jurant qu'il les ferait mourir de faim en arrêtant l'arrivage des vivres dans la capitale. Cet incident inattendu et cette résistance sur laquelle il ne comptait pas l'avaient mis hors de lui. Devant cette multitude irritée, prête aux dernières extrémités, il n'eut pas une parole de conciliation, (( il fut injurieux, hautain et atroce, dit le chroniqueur, au delà de toute expression. )> On accueillit ses menaces par d'immenses huées. « Je vous traiterai de telle sorte, ré})éta-t-il, je châtierai si cruellement votre résistance, je vous affamerai si bien que vous en mourrez. Je vous ferai payer un sou d'or le peu de blé qui pourra tenir sur vos genoux '. » On lui répondit par de longues clameurs, par des vivats
1. Littéralement, ce qui peut se contenir dans le sein, dans le pli du manteau. On voit par cet mcident que le marché des grains de l'empire était déjà alors tout entier aux mains de l'Eut.
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en faveur de Nicéphore. Remontant à cheval , il s'en alla plus furieux que jamais, mais atterré, commençant à comprendre que c'en était fini de lui, décidé cependant à la plus énergique résistance.
La foule le suivait l'accablant d'injures, malgré les coups des soldats. En traversant l'Augustéon, vers le Milliaire, où était installé le Marché au pain, il s'arrêta et donna en personne aux marchands l'ordre atroce de suspendre immédiatement la vente. Puis, comme, malgré sa colère, il avait conservé tout son esprit de ruse, sa fertihté d'invention, il rentra au Palais, et quand, à l'heure du repas de midi, il fut informé que le peuple lassé avait en grande partie déserté Sainte-Sophie, prenant par la main les deux petits empereurs, il redescendit avec eux dans l'Église sans passer par la place, en y pénétrant directement par les portiques supérieurs qui mettaient en communication directe le saint édifice avec la demeure impériale. Sainte-Sophie était presque vide. Changeant de tactique, le Parakimomène, s'approchant du magistros épouvanté et, se hâtant pour prévenir le retour du peuple, le combla de bonnes paroles et de promesses de vie sauve faites sous les serments les plus solennels. Affaibli par l'âge ou éperdu de terreur. Bardas céda et se laissa emmener au Palais probablement. A l'heure des vêpres, la Grande Église se remplit à nouveau. La foule, irritée de ne plus retrouver le magistros, se mit à insulter le patriarche et le clergé, qui n'avaient pas su protéger leur prisonnier ou qui l'avaient trahi. L'émeute reprit plus violente que jamais. D'ardentes attaques partout s'établirent. Déjà on jetait des pierres aux prêtres. Le patriarche, résolument bien que sourdement hostile au Parakimomène, voyant la tournure que prenaient les événements, courut au Palais. Il dut être pressant, car il en ressortit presque aussitôt, tenant par la main le vieux Bardas. A ce spectacle, la foule se calmait déjà, lorsqu'un ordre vint de nouveau, de la part de Bringas, interdisant au magistros de retourner dans l'Église qui, seule, pouvait lui donner un abri sûr. C'en était trop ; le peuple définitivement se souleva. Ce ne fut plus une émeute, ce fut une révolution. Constantinople, certainement envahie par d'innombrables émissaires de Nicéphore, se mit tout entière en rébellion. Une portion du peuple, entourant Bardas, le ramena dans sa demeure et monta la garde pour
l'y protr<r('r : l'autre, plus jioiiilinMi^
" " •■•ii.'iiit (l.iii-
le
Reliquaire en forme de calice au nom de Basile le bâtard, le célèbre partisan de Phocas (voy. p. 294). Ce pnScietuc joyau conservé dans le trésor de Saiut-Marc à Venise, et qui contient des relique» du Précurseur, consiste en nne coupe d'agate avec pied et qionture en argent doré. Sur le pied court l'inscription dont le fac-similé art figuré à la page suivante et dont voici la traduction : Stiyneiir, prête tecours à Basile, le trki illiitfre proidrt et pamlimomènf. Trois jMîtits lions attachés au bord du vase supportent une patène en métal qui se trouve aiiini «nspenduc et ni'anmoins fixée à demeure. Une inscription pieuse, dont je donne également le fac-similé à la page 293. est gravcc en rond sur cette patène en caractères liés et remplis d'abréviations. Des médaillons représentant la Virrge. le Cbriht et des saints sont intercalés dans cette seconde inscription. La hauteur réelle est de 26 centimètre*.
fragments de bois, de débris de grilles, de briques, se jeta sur les soldats
^ macédoniens du Parakimomène' et sur sa garde de pri-
§ sonniers sarrasins qui occupaient le Forum Augustéon sous
les ordres de Marianos Apambas, de Paschal, et de quelques autres officiers. Un terrible combat de rues s'engagea. Les Q soldats de l'eunuque, malgré leur dédain pour la populace,
[^ accablés par le nombre, furent tous massacrés après une ré-
^ sistance désespérée. Il en fut de même sur d'autres points.
§ Tous les détachements macédoniens, dispersés dans les posi-
S tiens stratégiques, furent successivement attaqués par la
^ s foule. Presque partout ils furent les plus faibles et durent ^ I fuir. Puis les insurgés, se précipitant par la Ville, se livrèrent ^ J à mille excès. Partout on se battait de rue à rue, de maison ^ I à maison ; partout on mettait à sac, ou on brûlait, on démo- (Ç 5 lissait jusqu'aux fondations les demeures des partisans notoires de Bringas. On pillait, on massacrait dans tous les quartiers de la cité. Une foule d'individus périrent ainsi dans
^ 3 mille luttes partielles. Puis encourut aux remparts, on brisa les portes. Des gens traversant les fossés se lançaient sur le rivage, appelant à grands cris Nicéphore, le conjurant de liâter son entrée dans la Ville. Des deux côtés du Bosphore ses ^ g partisans se faisaient des signes de reconnaissance. Toute ^ t la nuit du dimanche au lundi, l'émeute gronda dans la ca- ,^ "5 pitale.
Bringas, après avoir cherché partout quelque nouveau prétendant à opposer à Nicéphore, d'échec en échec avait fini ^ ^ par se retirer dans son palais particulier. Voyant la foule y c^ accourir, abandonné des siens, il n'eut que le temps de se jeter
c=3 dans cette même Grande Eghse d'où la veille il avait voulu
(^ faire chasser Bardas. On détruisit tout chez lui; puis le peuple,
g pris de rage folle, nivela jusqu'à terre l'emplacement de sa
^ demeure. Trois jours encore cette populace en démence de-
te
^^ 1. C'étaient les seules troupes sur lesquelles le parti de Bringas pût encore compter.
^^ Les Macédoniens étaient, je le répète, très hostiles aux troupes asiatiques et surtout armé-
^^ niennes.
iiieuia iiiailiesse de Constaiitiuople. Ce fut une période d'horrible ;mgoisse. Les émeutiers faisaient ce que bon leur semblait. Nicëphore et l'armée d'Asie nequittaieiit pas la rive opposf'.Mlii B(,v.j,|,on'. Lrv. ^f.ldats
Fac-similé de l'inscription circulaire gravée sur le pourtonr de la patène du calice de Basile le bâtard (voyex p. S91).
du Parakiniomène qui n'avaient pas péri luttaient encore, se cachaient, ou couraient rejoindre le prétendant. Nul frein à la i)lus épouvantable anarchie. Trois jours durant, on pilla, on brida, ou démolit. Une foule de hauts personnages suspects de regretter le gouvernement de l'eunuque, traqués par la foule, furent jetés en prison. La cour, enfermée dans le Palais Sacré, protégée parles capitaines et les soldats de la garde,
observait tremblante la marche des événements. On avait condnit Bardas dans cette enceinte pour qu'il y fut en sûreté jusqu'à l'arrivée de son fils.
Peu à peu les dernières résistances cessèrent. Comme le patrice Marianos Argyros Apambas cherchait une dernière fois à rallier ses soldats, passant à cheval dans une ruelle, une femme, du haut d'un toit, lui lança sur la tête un vase plein de terre qui le jeta mourant à bas de sa monture, le crâne fendu. Il expira le lendemain. C'était le meilleur chef du parti de la résistance. Cette catastrophe exalta encore les espérances des émeutiers et de tous les partisans de Nicéphore. Les défections se multiplièrent dans les rangs des défenseurs du régime qui s'écroulait.
Cependant l'émeute avait trouvé un chef. Dès le soir du premier jour, l'eunuque Basile', le célèbre bâtard de Romain Lécapène % s.'était déclaré pour Nicéphore, avec lequel il devait certainement s'être auparavant entendu. Cet ancien parakimomène et général de l'empereur Constantin VII, qui avait joué sous le règne de ce souverain un rôle très important et qui devait en jouer un bien plus considérable dans la suite, était un esprit brouillon, changeant, aventureux, mais audacieux, très résolu, d'humeur guerrière malgré sa triste condition physique ^ Il était pour lors l'ennemi acharné de Bringas. C'était un personnage des plus considérables. Son nom revient à chaque page de Léon Diacre et des chroniqueurs contemporains. Romain Lécapène, le destinant aux plus hautes charges de cour, l'avait fait mutiler dès son enfance suivant la barbare coutume du temps, supprimant de la sorte les aspirations à la pourpre de ceux qui, nés sur les marches du trône, n'étaient cependant pas destinés à y monter. En 944, Constantin Porphyrogénète l'avait créé patrice et exarque de la grande hétairie, l'un des corps de la garde composé de Ross ou Russes et de Vœrings ou Northmans Scandinaves, puis, quelques mois après, parakimomène ou accubiteur (c'est-à-dire premier chambellan) et chef du sénat. Il avait été, en
1. On l'appelait Basile le bâtard pour le distinguer de ses homonj-mes.