‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 79 sur 237 · Et d'une esclave russe, bulgai-e suivant Jou · texte numérisé non relu

Et d'une esclave russe, bulgai-e suivant Jou

3. Léon Diacre dit naïvement que Basile devait ce caractère énergique à ce qu'il était « de sang mêlé, impur. »

AI DIXIÈME SIÈCLE

outre, un des grands génc^Taux des guerres orientales de cette époque. En 958 encore, à la tête de l'armée d'Asie, il avait remporté de brillants succès sur les Sarrasins et célébré un triompbe à Constant inople. L'année suivante, à l'avènement de Komain II, ce fut lui, on l'a vu, qui, de ses propres mains, déposa la dépouille de Constantin VII dans le sarcophage de Léon VI. Immédiatement après il était tombé en disgrâce. Cela se passait presque toujours ainsi A Byzance; à chaque règne nouveau, les favoris de la veille devenaient les victimes du lendemain. Il avait été remplacé précisément par Bringas dans sa charge de parakimomène. De là, la haine acharnée qu'il lui portait. Notez qu'à Byzance, au dixième siècle, la disgrâce d'un haut fonctionnaire n'était point une retraite dorée dans quelque villa somptueuse; c'était la pauvreté, la misère même avec toutes leurs amertumes. Le fonctionnaire qui avait encouru le déplaisir du Basileus, eût-il été le premier dans l'empire après le souverain, était privé le plus souvent de ses biens, toujours de tous ses titres, de toutes ses dignités. Heureux quand la colère du maître n'allait pas jusqu'à lui faire crever les yeux, ou tout au moins jusqu'à l'exiler dans quelque monastère perdu. On conçoit quelles animosités, (jnelles aspirations de vengeance un tel traitement devait accumuler dans le cœur de celui qui, tout-puissant la veille, devenait en vingt-quatre heures un véritable paria. Basile, qui n'était point une âme vulgaire, qui semble avoir été un homme d'un mérite réel et d'un grand courage, ne put supporter son abaissement soudain. Il est probable que Bringas, qui le redoutait, le traita cruellement; cependant il ne le dépouilla point de ses biens, qui étaient considérables. Maintenu à l'écart par lui tout le long du règne de Romain, Basile n'eut plus qu'une pensée, se venger. Plus tard, il devait trahir un jour ce même Nicéphore au triomphe duquel il allait tant contribuer en ce moment. Cet homme remarquable joua sous quatre règnes successifs un rôle presque toujours prépondérant.

B*isile, réunissant à la hâte ses esclaves et ses serviteurs au nombre de plus de trois mille (chiffre qui nous donne une haute idée de ce que devait être à cette époque le train de maison d'un grand personnage byzantin), leur fit distribuer des armes et parut tont h coup sur la

place du Forum à la tête de ce groupe nombreux. Acclamé par les émeutiers, il prit résolument en main la direction du mouvement. Presque partout il eut le dessus. Parcourant successivement avec ses bandes tous les quartiers de la capitale, il faisait proclamer de carrefour en carrefour l'avènement de Nicéphore. Ce fut à son instigation que furent commis les principaux actes de pillage et de destruction des maisons de Bringas et de ses partisans. La plus terrible heure de la lutte fut cette nuit du dimanche au lundi. Depuis minuit jusqu'à l'aube, le carnage, l'incendie, le pillage régnèrent en maîtres à Constantinople. Une moitié de la capitale saccageait l'autre. Ce n'étaient pas seulement les demeures des riches ou des personnages en vue qui tombaient ainsi sous la hache et la pioche des émeutiers. D'innombrables masures donnant asile à la plus misérable population furent démolies en quelques heures. Une foule de haines privées furent assouvies à l'ombre des ténèbres et sous le couvert de ce tumulte général, la foule suivant aveuglément tous ceux qui l'excitaient à détruire.

Enfin, la lassitude étant venue, la populace cessa cette œuvre étrange de dévastation. Par toutes les rues, par tous les carrefours, on se mit à invoquer l'arrivée de Nicéphore, qui, toujours immobile sur la côte d'Asie, laissait tranquillement les événements se dérouler en sa faveur. On criait : « Longue vie à Nicéphore Auguste ! longue vie à Nicéphore Callinique (c'est-à-dire (( qui a remporté de si éclatantes victoires)! » Partout aussi la foule associait au nom de son héros ceux de Théophano et des jeunes Basileis. Les sénateurs se montraient parmi les plus enthousiastes.

Toujours sous la conduite de Basile le bâtard, la foule des citoyens armés se rua vers la Corne-d'Or. Le port fut pris d'assaut. Les vaisseaux de la flotte, les lourdes trirèmes, les dromons ignifères furent en un clin d'oeil envahis par la multitude, impatiente de se porter à la rencontre du triomphateur et de son armée qui, l'arme au pied, attendait alignée sur la rive opposée du détroit. Tous ces bâtiments subitement pavoises, escortant la galère impériale que Basile conduisait à Nicéphore, s'ébranlèrent à la fois aux applaudissements de centaines de milliers de spectateurs. Ils eurent bientôt fait de franchir le Bosphore.

AU DIXIÈMK SIÈCLE.

A leur suite volaient des centaines d'embarcations plus légères, barque» et caïques dans lesquels s'empilaient tumultueusement les i^artisaus k chaque heure plus nombreux du nouveau maître de Tempire. A mesure (lu'ils débarquaient, les habitants de Constantinople se précipitaient vers le lieu où se trouvait Nicvpliorr, clicnliant à 'li^tinguer ses traits, le saluant d'acclamations incessantes.

Les journées du 14 et du 1.5 se passiTcnt de la sortf^. T» ■ -iubreuses entrevues réunirent Nicéphore et les principuu.x per.- ...... cs de l'empire dans le palais d'Hiéria. Le 14, le magistros Léon Phocas, expédié en avant-garde, fit son entrée dans la capitale bouleversée, qui semblait un vaste champ de carnage, et en prit possession au iumh d.. .^..u frère.

Monnaie de bronze attribuée à la Basiliâsa Théopliano, Theophano Aui/utta. C'est l'unique monnaie connue de cette iinj)ératrice.

Les prévisions de Nicéphore ne s'étaient niCnie pas réalisées. Ses troupes étaient demeurées victorieuses sans coup férir. L'émeute intérieure, habilement dirigée par Basile, tout le monde aidant du reste, avait suffi à jeter à bas ce qui restait du pouvoir détesté de l'eunuque. Le samedi 15, eut lieu une dernière entrevue. Basile le bâtard, restauré dans sa charge de parakimomène en place de Bringas, un autre Basile, préposite, et quelques hauts fonctionnaires et archontes désignés spécialement pour lui faire escorte, furent invités par I< t Nicéphore à venir le trouver au palais d'Hiéria ' et à lui faire cortège. Ils passèrent la nuit auprès de lui. Le lendemain, (I<v ' 'r lieu

l'entrée solennelle dans la capitale. La régence de ThéupiiaiH., gouvernant seule au nom de ses deux enfants, avait duré juste cinq mois, du 16 mars au 14 août 963 ".

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