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voir ainsi interrompu inutilement son existence de contemplation pieuse. Il avait dié jusque-là, semble-t-il, si bien persuadé de la sincérité des intentions de Nicéphore (ju'il n'avait vraiment songé à édifier son couvent que pour le recevoir auprès de lui. On conçoit combien sa déception
La Fontaine sacrée, dite « ia source de vie. v dans le courent de éiaint«-Lianre fondé sur l'Atho* par Mint AthanMC.
dut être amère. Sous prétexte d'aller s'entretenir avec le nouveau Basileus des intérêts de sa communauté, il partit pour la capitale avec trois de ses moines. Le Récit de sa vie dit qu'il n'alla cependant pas plus loin que Lemnos, et que de là il expédia à Nicépliore par un de ses compagnons une lettre rédigée en termes très sévères. Il l'y blâmait vivement, bien qu'avec mesure, d'avoir manqué à la promesse qu'il avait faite à Dieu et d'avoir préféré les biens passagers de ce monde à ceux de l'autre vie qui ne périssent point. « C'est pour toi seul, disait-il en ter-
ZMrKBSUR BYZANTIN.
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miiiaiit, (lUc je me suis laisse eiitniînerà entreprendre tous ces travaux aussi \aiiis (iiriimtiles. Maintenant je vais m'éloigner à nouveau et me i-cliici' n'importe où, pourvu que j'y trouve cette paix et cette solitude (|ue je reclierclie depuis si longtemps. Quant à mon cher monastère eu construction, je le reiiiets entre les mains de Dieu d'abord, entre les tiennes ensuite. Il existe à la Laure un moine vénérable, Eutliymios, (pii fera à ma })lace un excellent liigoumcne. )) Nicépliore, que la vue d'une lettre d'Athanase avait d'abord rempli de joie, fut accablé de douleur en prenant connaissance de son contenu. Il versa des larmes abondantes et se fit à lui-même les plus amers reproclies. C'est là la version que nous donne la Vie d' Atlianase.
Le itjplcon ou recueil des règles de la Laure fait un récit quelque peu différent de ces laits. Suivant cette source, le saint serait allé à Constantinople même trouver Xicépliore et l'aurait vivement tancé sur ce qu'il considérait comme le pire des manquements à la foi jurée à Dieu. L'empereur, après l'avoir écouté humblement, serait toutefois parvenu à le calmer en lui démontrant que ce n'était point par vaine satisfaction personnelle qu'il avait ainsi accepté les charges du pouvoir, en lui jurant aussi, détail curieux, qu'il n'entretiendrait aucun rapport charnel avec sa jeune épouse, serment sincère peut-être, mais au maintien duquel la candeur du pieux solitaire était l)ien seule à pouvoir ajouter foi. Enfin, Nicépliore aurait fait une fois de plus au saint ce serment solennel que, dès que les affaires publiques lui en laisseraient le loisir, il déposerait le sceptre et irait le rejoindre au inont Athos pour y accomplir enfin les v(JL'Ux qu'il avait déjà si souvent prononcés. Il ne mettait à l'accomplissement de cette promesse qu'une condition, c'est que la construction de la Laure et de son église serait poursuivie jusqu'à complet achèvement. Tout |)orte à croire qu'en donnant de telles assurances à son père spirituel, Xicé])hore était cette fois encore de bonne foi. Cet homme simple et vraiment austère avait, à l'égal de tant de ses contempoi-ains, une soif véritable de la vie retirée et contemplative. Mais les soucis (hi pouvoir le tini-ent piisonnier sur le trônejusqu'à sa mort prématurée, et le jjauvre exilé du cloître ne put jamais goûter ces mystiques et célestes joies de la vie monacale après lesquelles il avait tant soupiré.
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Atlianase, icLoul'urié j)ar ks assuraiicf.s di- mui lils Lieu-aim»', rharg» des (ions pieux de l'empereur et d'une foule d'autres d<^'Vot8, retourna achever la tonstnution de son monastrn '. 11 est probable que lui et Nic('i>h(»i revirent plus sur cette terre. Le saint con-
tinua t\ s'intéresser passionnément à tout ce qui concernait son imjiérial catéchumène. Nous verrons qu'il prophétisa les rêvera de l'expédition de Sicile; nous verrons aussi qu'il blâma vivement les mesures fiscales ordonnées plus tard par l'empereur au préjudice de la gent monacale. De son côté, le Basileus ne cessa de combler la Laure de ses bienfaits. Les portes de bronze qui ornent encore aujourd'hui le narthex de l'église sont un don de sa main. Saint Athanase déplora sa fin terrible et, quand il mourut, les moines athonites le pleurèrent amère-r ment ; il devint pour eux un martyr vénéré entre tous ; le iypicon du couvent le nomme Basileus très saint et martyr. Très probablement,
I. La Vie de saint Athauase nous donne encore ici un texte assez différent. De Lemnox, le saint irrité serait allé se cacher dans une profonde retraite en Crète, tandis que Nicéphore le faisait minutieosement rechercher par toutes les provinces de son empire. Puis de Crète Athanase auniit passé à Jvrasalem. Il trouva la cité sainte à feu et à sang sous la terreur des excès des Sarrasins, contre-caup des premières campagnes victorieuses de Nicéphore. Après d'ardentes prières, Dieu lui ordonna en songe de regagner l'Athos, où il arriva après aroir passé en Chypre. C'est alors seulement, suivant ce aecond récit, que le saint se serait rendu dans la capitale pour affaires de son couvent et que son entrevue aurait eu lien avec Nicéphore, devenu empereur. Celui-ci, joyeux et confus à la fois, se levant de son trône, aurait reçu le saint avec les marques de la plus profonde humilité. Le prenant par la main, il le conduisit dans Bcs appartements particuliers. Là, il s'excusa humblement d'avoir forfait à son vœu. « C'est moi. dit-il, moi seul qui suis cause de toute la peine que tu t'es donnée, de tout le chagrin qui te mine. C'est moi qui, oublieux de toute crainte de Dieu, ai manqué & mes serments les plus sacrés. Je t'en supplie, prends )>atience jusqu'à ce que Dieu opère sa conversion en moi et m'accorde de lui consacrer ma vie comme je lui en ai fait la promesse. J> Le saint fut autant calmé que réjoui par cet exposé des sentiments de son impérial disciple. Prévoyant bien cependant que jamais Nicéphore ne serait à même d'abdiquer et de quitter le pouvoir, il se gi»rdii de le lui dire, se contentant de lui recommander la pratique de l'humilité et de toutes les vertus évangéliques, lui ordonnant de pleurer sur ses péchés, sur ses serments violés, de ne songer qu'au moment béni où il pourrait échanger ses vêtements impérbux contre l'humble froc monacal. Après quelques jours, passés en entretiens pieux, il le quitta pour retourner au mont Athos. Au moment même du départ, il prophétisa & l'entourage du Basileus \a, fin prockiine de celui-ci. Nicéphore, de son côté, lui remit un chrysobulle, signé de sa main, instituant en faveur de la Laure une rente annuelle de 244 besants sur l'ile de Lemnos, assignant aussi comme metoki ou dépendance au futur mo* nastère un grand couvent dans la ville même de Siilonique. Ce chrysobulle a diaparo, mais les archive* delà Laure en contiennent un autre de Nicéphore, par lequel ce prince fait encore don au monast«re de deux reliques insignes : un morceau de la Vraie Croix et le chef de saint Basile le Grand, reliques probablement arrachées au pillage des villes du Hamdinide. Avec ce précieux parchemin, qui, chose ctiricuae» n'a été enregistré qu'au mois de mai 970, par conséquent plusieurs mois après la mort de Xioii-hore, sont conservés dans les mêmes archives deux autres documents datés de 9(JS), dernière année du règne de notre empereur, la diatypotis de saint Athanase l'athoniteet lefypicoM ou recueil des règle» de la Laure dont je parle ci-dessus.
Sur la prière des moines athonites, Nicéphore assigna également une rente annnelle de quatre livret d'or au couvent de Kariès, qui est aujourd'hui la capitale de cette vaste congrégation religieuse.
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nv;iii( iiiriiic la lin du sirclc, un ofHce spécial fut comi)Osé à FAtlios en riiomicni- (le ce .souverain pliilomoiiaque, c'est-à-dire anii des moines, il existe de ce dociiiiient une copie manuscrite dans le couvent de Svmopotra de la sainte montagne. Cette pièce n'a été ni étudiée ni encore copiée ; son contenu pourrait peut-être fournir la connaissance de (juelques faits nouveaux.
]\[. Syrkow, dans le très intéressant travail auquel j'ai emprunté ces récits, s'est efforcé, lui aussi, de refaire à sa manière, en les combinant avec les autres documents connus, le portrait de Nicéphore : le voici tel qu'il nous le présente, assez exactement reproduit, il me semble : <( Nous pouvons, dit-il, nous imaginer Nicépliore Pliocas comme un liomme profondément religieux, mais très superstitieux, qui mérita d'être regardé comme un saint par les moines au milieu desquels il aimait à vivre et dont il fut longtemps très aimé^ qui prisa fort la vie ascétique, mais plutôt peut-être en théorie qu'en pratique, un liomme de vie sobre et dure, un législateur appliquant la loi avec une extrême dureté, sévère, brutal, rusé, perfide, capitaine excellent, très brave, dura l'excès pour lui-même, mettant uniquement sa confiance dans ses troupes, très froid, très décidé, mais pas toujours assez ferme dans le règlement des questions sociales et politivques, très exigeant souvent à l'endroit de ses sujets, cupide, sans la moindre noblesse de sentiments, peu délicat dans le choix de ses mo}'ens d'action pour atteindre au but de ses désirs égoïstes'. Ya\ somme, Nicéphore était un type extrême, produit de l'éducation à la fois monastique et militaire alors toute-puissante dans la haute société byzantine, w
Voilà quel était l'homme entre les mains du(|uel venaient d'être remises les destinées de ce vieil empire romain, la monarchie presque encore la plus puissante dans le monde à cette époque. Faisons en quelques pages la descri})tion de cet enq)ire même ".
1. Voyez l'aH'iiiro du mavi;i,irc alk'in.-iud. i)uis encore le:^ mesures contre le clergé, mesures à propos desquelles ce iiriiice tant chéri des moines finit i>ar être regardé ]iar eux comme un impie. Voyez ;'i ce sujet le témoignage de Liiitjirand et celui du iiatriarcbe de Syrie Micliel le Grand.
■2. J'emprunte les éléments ]irincipaux de cette descrij)tion au livre excellent dcM. riambaud que j'ai déjà tant de fois cité.
CARTE DE L'EMPIRE D'ORIENT l\
ECHE
P. Binebeau d«l