‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 93 sur 237 · II Aûfftç, le Couchant · texte numérisé non relu

II Aûfftç, le Couchant

niXIÈME SIKCLK.

soumises, militairement organisi^es, chargées jadis tle la défense dv toute cette région contre l'ennemi bulgare. A clieval sur les deux tli^*iiM -, ou voyait encore h\ les fameux Turcs Vardariotes, redoutable colonie de belliqueux mercenaires asiatiques transplantés en ces parages par l'empereur Théophile au siècle précédent. Établie sur l'Axios, auquel elle a donné, paraît-il, son nom moderne de Vardar, cette précieuse milice, A laquelle l'empire ne demandait que le service de guerre, supportait d'ordinaire le premier effort de l'invasion bulgare ou liongroise. C'étaient là de véritables populations de confins militaires. Le vaste tliènie de Macédoine et celui de Thrace, bien moins consi-

Sc«aa de plomb tics douanes impérisicâ da thème de Thcmaloniqne. Au droit : effigies de deux empereon. Aa une inscription ainsi conçue : (tkeau) dft commerdairtê (on douanleri) ImpirUiux d* Tke$mhmtqm*,

dérable, habités par une population très fortement slavisée, population qui se transformait, du reste, incessannnent par un fort rapide mouvement d'assimilation hellénique, comprenaient à eux deux, outre une petite portion de la Macédoine antique, tout ce qui était demeuré à l'empire de l'immense plaine de Roumélie, depuis l'Hcbre et le Khodope jusqu'à la mer Noire, depuis la mer Egée et la Pro})ontide jusqu'un peu au delà d'Andrinople et un peu au sud de Mésembrie. Philippopolis était déjà, en plein pays bulgare, une des capitales de ce royaume odieux, si longtemps le cauchemar des populations européennes de l'empire. Les limites septentrionales de ces deux thèmes, mal définies comme tout ce qui est constannuent soumis à l'imprévu et à la violence, avaient longtemps varié, suivant que l'agression bulgare était plus ou moins victorieuse, poussant plus ou moins loin ses efforts de conquête. Depuis plus de trente années, grâce à rnffn<^'"P"nt gra-

duel de la monarchie du grand czar Syméon sous le pacifique gouvernement de son successeur, une tranquillité relative avait reparu dans ces parages et le paysan rouméliote ne tremblait plus à chaque heure de voir apparaître à l'horizon les terribles cavaliers de Scythie lançant à des distances énormes la flèche homicide. Ces deux beaux et riches thèmes de Thrace et de Macédoine, à la population encore nombreuse malgré tant d'invasions et d'autres causes de ruine, constituaient une des grandes forces de l'empire. Leurs immenses moissons assuraient la subsistance de la capitale et de toutes les régions environnantes. Leurs paysans, race dure et belliqueuse, mélangée de bien des éléments divers, formaient la masse des troupes de pied dans toutes les armées byzantines. Constantinople était la capitale du thème de Thrace, Andrinople celle du thème de Macédoine. Cent villes importantes , tous les ports de cette côte immense qui va de Mésembrie à Byzance et de Byzance aux bouches du Strymon, de nombreuses et importantes colonies militaires slaves ou turques peuplaient ces vieilles provinces, suprême rempart de la Ville gardée de Dieu contre l'invasion du Nord. Deux autres grands thèmes agricoles et industriels, ceux de la Hellade et du Péloponèse, se partageaient ce qu'on est convenu d'appeler la Grèce continentale et la péninsule de Morée. Le thème de Hellade comprenait l'Attique, la Béotie, la Phocide , la Locride, plus la plaine thessalienne jusqu'au delà de Démétriade, jusqu'au fleuve Pénée, plus la grande Egrippos, l'ancienne Eubée, avec la petite île d'Egine, enfin toutes ces terres fameuses de l'antiquité classique. La capitale en était très probablement Thèbes, ville manufacturière par excellence. Un fonctionnaire spécial, au titre étrange, l'archôn ou turmarque de l'Euripe, qui résidait vraisemblablement à Chalcis, administrait les deux rives du canal de ce nom et peut-être l'île d'Egrippos tout entière. Le thème du Péloponèse ' comprenait la péninsule de ce nom jusqu'à

1. « La prospérité industrielle du Péloponèse au dixième siècle était grande. C'est dans ce thème que se fabriquaient ces soieries, ces draps d'or, ces tapis magnifiques que Daniélis envoyait à Byzance ( Vie de Bagile, c. 75). C'est à Corinthe que se tissaient les étoffes à la flamboyante écarlate, au vert lustré, brodées d'or, de soie, enrichies parfois de figures relevées en bosse avec des perles orientales qui allaient augmenter les splendeurs de Sainte-Sophie et du Palais Sacré, et qui plus tard excitèrent la convoitise des Normands. Le gouvernement grec avait le bon esprit de ne pas arrêter par des impôts

l'Isthme. La capitale était le Nouveau-Corinthe ou Château-Corinthe, Kastron-Coriiithou, dont la presque imprenable forteresse occupait l'emplacement du temple antique de Vénus aux mille prêtresses. De nombreux établissements slavons avaient très profondément transformé la vieille i:)éninsule hellénique et en avaient fait cette bizarre Morée slavo-f^recque qui devait, près de deux siècles et demi plus tard, tomber aux mains des chevaliers de Villehardouin'. Des Mardaïtes de Syrie avaient aussi été transportés dans le Péloponèse par Justinien II. Les Slaves en foule habitaient les plaines et les bourgades des rivages. L'ancienne population grecque retirée dans les montagnes s'y maintenait dans les châteaux et les bourgs fortifiés, à Nikli (la future TripoHtza), à Amycla3, à Lakedaimon, qui avait pris nom Mistra, etc., etc. C'était elle encore qui occupait les grandes places fortes de la côte : Patras et Corinthe, toutes deux sièges des forces militaires, des arsenaux, stations des flottes de guerre, résidences du stratigos, quartiers généraux de la province; puis Vostiza, Arkadia, puis l'imprenable Monembasie, Prasto, Argos, Nauplie, Méthone, Coron, etc. L'ancienne Laconie, devenue la Tzakonie, s'était presque seule conservée pure de toute influence slave. Les Tzakoniens formaient dans l'armement byzantin un corps détaché que commandait un stratopédarque. Un fonctionnaire militaire également spécial à ce thème péninsulaire s'appelait le turmarque du Littoral '.

Les contingents des thèmes de Hellade et du Péloponèse formaient avec ceux des thèmes de Thrace et de Macédoine le gros de l'armée d'Occident ou du Couchant, l'une des deux grandes divisions de l'armée impériale ; l'autre, la plus considérable, était l'armée du Levant ou d'Anatolie.

La majeure partie des îles de la mer Egée, avec la presqu'île de Gallipoli en Europe et, en Asie, la Troade et le littoral méridional de

vexatoires, l'essor de la production. Les matelots, les ouvrierâ en pourpre, les parcheminiers étaient exempts du service militiiire. La fabrication des armes y était aussi fort active. ]>Rambaud, op. c»/., p. 237.

1. Consultez sur ce sujet le brillant et vivant récit do M. Rambaud dans son chapitre de V Ethno'jraphie des thèmes d'Europe, op. cit., pp. 22!^ secjq.

2. Hopf a donné de précieux détails sur Torganisation militaire de ces thème? de la Grèce propre au dixiùme siècle dans son Histoire de la Grèce au moyen âge, ■

KlirKnKlB BYZASTDÎ. <J

la mer de Marmara, constituaient le thème essentiellement maritime de la mer Egée ou de l'Archipel, qu'on appelait encore du nom plus poétique de Dodécanèse ou thème des Douze Iles. Le stratigos, qui résidait probablement à Chio, commandait en outre l'escadre de la flotte impériale chargée de la police de la mer en ces parages. Au dixième siècle, nous l'avons vu à propos des pirates de Crète, ce poste pénible était loin d'être une sinécure et les galères du stratigos de la Dodécanèse avaient fort à faire à donner la chasse aux innombrables corsaires qui, de toutes les parties du monde musulman, se donnaient rendez-vous sur les côtes de Grèce et d'Asie-Mineure, constamment exposées à leurs agressions sauvages. La prise de Chandax et la conquête de Crète par Nicéphore amenèrent cependant rapidement un changement favorable dans cet ordre de choses si troublé.

Ce thème étrange de l'Archipel, à la fois insulaire et péninsulaire, comptait sur son territoire les ports importants de Kyzicos, d'Abydos, de Kallipolis ou GalHpoli, avec les bouches de l'Hellespont et leurs douanes célèbres, par lesquelles passait tout le commerce d'Occident affluant à Byzance.

La côte d'Epire avec l'Etolie et l'Acarnanie formaient le petit thème de Nicopolis, dont la capitale était la ville du même nom. Les cités principales, toutes forteresses puissantes, étaient Ambrakia, Buthroton, Dodone, Joannina, Syboton et Avion.

Le thème de Dyrrachion , fort resserré au nord par la Serbie Diocléenne, le Monténégro d'aujourd'hui, à l'est par la Bulgarie Ochridienne, s'étendait d'Avion à Antibari, le long de l'Adriatique, au nord de celui de Nicopolis. Ce thème était à cette époque en grande partie aux mains des Bulgares. Seules, les villes fortes de la côte : Dyrrachion, qu'on nomme maintenant Durazzo, Dulcigno, Antibari, grâce à leurs puissantes murailles, se maintenaient comme autant d'îlots fortifiés au milieu de l'océan de la conquête slave et demeuraient encore soumises à la lointaine autorité du Basileus de Byzance. Lui ne communiquait plus guère avec elles que par les flottes de ravitaillement qu'il leur expédiait chaque année.

Quant au thème plus septentrional encore de Dalmatie, il n'existait

AU DIXIEME SIECLE. .Til

vraiment plus que de nom dans les menteuses archives de cette orgueilleuse administration byzantine qui jamais ne s'abaissait à constater la perte d'une province, qui chaque année maintenait avec une audacieuse sérénité au sacïé catalogue des possessions de l'empire orthodoxe, des territoires tombés depuis un siècle et plus aux mains des barbares. C'est avec raison que M. Rambaud a raillé dans son beau livre sur l'empire d'Orient ce fantastique thème de Dalmatie. Non seulement les Slaves s'étaient emparés de tout l'intérieur du pays, mais l'empire avait presque abandonné à leurs destinées les villes gréco-romaines du littoral, Rai^use, Spalatro, Zara, etc., les ce sept villes dalmates », isolées au milieu d'une population barbare. Celles-ci payaient même aux

Sceau d'un stratigos du thème de la mer Égéc an x* siècle. L'inscription signiflc : Seigneur, prêt» teamrt

à fen -T-'' - >-•'■'■• •?, prototpathaire impérial tt itratiçot du <":• '' ^- ' "- .''— ■-

Slaves, de l'aveu du Basileus et pour avoir la paix, ce qu'elles payaient jadis à l'empire. Elles devaient seulement donner « quelque petite chose » au stratigos impérial, en témoignage de leur illusoire soumission au Basileus et à son représentant intermittent.

Tout l'intérieur de la péninsule des Balkans, entre les thèmes de Nicopolis et de Dyrrachion d'une part, ceux de Hellade, de Salonique, de Macédoine et de Thrace de l'autre, appartenait, je l'ai dit, au royaume bulgare. Il devait en être ainsi plus de cinquante ans encore, jusqu'en 1019, lors de la destruction totale de cette première monarchie, qui si souvent avait fait trembler les Byzantins derrière les murailles même de leur capitale.

Les îles Ioniennes formaient le thème de Céphalennie. La ville de ce nom était la résidence du stratigos.

Crète venait d'être reconquise. On en avait fait un gouvernement militaire spécial.

L'Afrique tout entière, l'île de Sardaigne, étaient depuis longtemps totalement perdues pour l'empire. Presque partout les Arabes y régnaient en maîtres.

Dans l'Italie méridionale, l'empire se maintenait très péniblement. Tout le nord de la péninsule jusqu'à une ligne tirée à peu près de Gaëte à Lésina sur l'Adriatique, formait le royaume d'Italie, qui venait de passer des mains de Bérenger II dans celles de son vainqueur le grand Otlion d'Allemagne. Seule Venise, nominalement vassale du Basileus de Constantinople, réussissait déjà à maintenir sa presque complète indépendance. Les princes longobards de Salerne, de Capoue et de Bénévent, vassaux directs de l'empire byzantin, depuis les victoires de Basile, mais en réalité à peu près entièrement abandonnés d'eux-mêmes, et avec eux le duc de Naples, l'archôn de Gaëte et celui à Amalfi, se partageaient les deux tiers de ce qui se trouvait au sud de cette ligne. Les deux thèmes de Calabre et de Longobardie ou d'Apulie, débris de l'ancien thème de Sicile, qui avait à un moment compris la totalité de l'Italie méridionale, constituaient tout ce qui restait au Basileus dans la péninsule. Le premier était formé par la presqu'île de ce nom et les territoires voisins, c'est-à-dire les vieilles provinces de la Lucanie, de la Calabre, du Brutium, demeurées aux Grecs depuis les conquêtes de Justinien; le second, par une partie de la Capitanate et par les terres de Fouille et de Bari, reconquises sous Basile l^\ Les Hmites de ces thèmes variaient, du reste, incessamment, suivant les vicissitudes des luttes perpétuelles avec les vassaux longobards. En même temps les Arabes d'Afrique et de Sicile, bien qu'ayant perdu depuis peu pied sur le continent, poursuivaient sur toutes les côtes de ces deux malheureuses provinces une incessante campagne de déprédations de toutes sortes. Les stratigoi byzantins de Calabre et de Longobardie ' avaient toutes les peines du monde à défendre leurs cités contre les subites et effroyables agressions de ces

1. Sur leurs sceaux, les chefs du thème de Calabre prennent presque toujours le titre tout guerrier de duc, qui convient fort bien à ces administrateurs d'ordre essentiellement militaire (voyez la vignette de la page 333). Quant à ceux du thème de Longobardie, l'étude des sources, comme (telle des quelques sceaux parvenus jusqu'à nous, démontre que, comme ceux du thème plus ancien de Sicile, ils ont pris tourà tour, suivant les époques, et les circonstances, les titres de stratigos, de catépano ou de turmarque.

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insaisissables adversaires, et cet état •!' lnti. ([iiasi continuel coûtait à l'empire une immense consommation criM.iniiifs et d'argent.

Les principales places fortes byzantines en Italie étaient Bari, sit'ge ordinaire du stratigos de Longobardie, Tarente, Gallipoli, Rossano, Santa-Sévérina, Reggio, probablement résidence du duc ou stratigos de ('alabre, Girace, Crotone, Squillace, etc.

En Sicile, les Arabes étaient tout-[)uissants depuis l«i(!i des années. L'émirat de cette île dépendait du Khalife Fatiniite d-' Kairouan. La dernière cité byzantine, Tauroménium, la poétique Taormina d'aujourd'hui, prise et reprise, avait fini par succomber dérmliiv. un m.

Sceau de plomb d'un duc byzai e de Calabre. i signifie : Thiotokùn, protèçt ton terrUenr

Ct'ii'i'ui' iri. III ii\>xpa!haitt iiiijnrnii i:r Une de Cnlabre,

Seules quelques forteresses de la côte orientale, Rametta' surtout, résistaient encore. Depuis 917, l'empire avait a( » ( pi»' < . île honte de payer aux Sarrasins de Sicile un tribut annuel pour qu'ils s'abstinssent d<' renouveler leurs attaques lialtituelles contre les possessions d'Italie. J^a plupart du temps les Arabes empochaient le tribut et recommençaient aussitôt leurs exiM'ditions de pillage.

A l'autre extrémité de leurs provinces européennes, les iJyzantins possédaient encore sur la mer Noire la très forte et très commerçante place de ('lierson, (jui avec (jueltjues teri-il<>iics cnNironnants ci'iiviituait le thème de ce nom, formant sur l.i c,.i ■ ( iIhk. nue, presipif -nr l'emplacement de la moderne Sébastopoi, une faible encla\ç au milieu de l'immensité de la barbarie scythe et slave. Mais c < i.iit imc enclave d'une importance (•a])itale, carde ce poste avancé l'enqure surveillait à la fois la Patzinacie ( t la Kliazarie, ces deux grandes contré bares qui constituaient à l'empire un si redoutable voisinage, vi i'..i

derrière elles l'empire des Russes Varègues plus à craindre encore. En outre, la place de Cherson entretenait avec tous ces peuples un commerce extrêmement actif et considérable. A la tête du thème se trouvait comme toujours un stratigos impérial; au-dessous de lui, un proteuon, sorte de prince ou premier magistrat municipal, et un sénat local administraient la cité.

L'Asie-Mineure ou Anatolie formait la seconde et la plus importante des deux grandes divisions de l'empire d'Orient. C'était là que résidait sa force véritable. Là s'était réfugiée presque complètement la richesse commerciale et agricole de la monarchie. C'était là que les Basileis recrutaient leurs meilleurs et leurs plus nombreux soldats. Là vivait la portion relativement heureuse, prospère et puissante de la nation byzantine. Là se trouvaient ces cinq beaux et grands thèmes des Thracésiens, des Anatoliques, de l'Arméniaque, de l'Opsikion et des Bucellaires, qui fournissaient l'élite et le noyau des armées impériales, grandes provinces admirablement protégées contre l'effort sarrasin par une chaîne continue de petits thèmes frontières couverts de places fortes, provinces qui ne ressemblaient en rien aux thèmes d'Europe, même à ces grands thèmes de Thrace, de Macédoine, incessamment soumis au péril de l'agression bulgare , ni , à plus forte raison, à ces thèmes bien plus afifaibhs encore, presque fantastiques, n'existant parfois plus guère que sur les parchemins de chancellerie, qui avaient nom Dalmatie, Dyrrachiou, Nicopohs, Longobardie ou Calabre.

Nombreuse, du reste, était la liste complète des thèmes d'Asie. Le thème Optimate, ou vulgairement (( l'Optimate », le plus voisin de Constantinople, avait Nicomédie pour capitale. Un simple domestique l'administrait. Son nom bizarre lui venait des Optati ou Optimales, guerriers goths d'élite auxquels les empereurs avaient jadis concédé des fiefs militaires nombreux dans cette province, devenue à cette époque une véritable terre gotho-grecque. — Le thème voisin, qui comprenait la majeure partie de l'ancienne Bithynie, s'appelait l'Opsikion. Sa capitale était la grande et forte Nicée, merveilleusement murée. Par une autre exception bizarre, le gouverneur n'en était point non

plus un stratigos, mais un fonctionnaire de second rang qui [.(.riait ce titre pompeux de « comte de l'Opsikion impérial gardé de Dieu ». (c L'Opsikion, dit M. Rambaud, tirait son nom des Obse^j > élbhre

milice de gladiateurs organisée, au diiv •!• Gapitolinus, par Marc-AurMe, et qui à une époque ancienne avait eu ses cantonnements dans cette région. Bien qu'au dixième siècle il n'y eût plus à'Obsequentes, et que leur souvenir même fût effacé, leur nom resta, faute de mieux, à ces contrées qui avaient perdu toute individualité ethnographique. A l'égal de tous ces thèmes de l'empire d'Orient constitués en dépit de toutes les notions de nationalité, le thème de l'Opsikion rompre-

Sccau do plomb d'un stratigos du tlième de Cherson au x" siècle. Sriyneut; protège (on urriteur Xképhore Ouritéro*,

prolotpalhalre et tlittligot de Cherton.

nait des populations d'origine fort diverse, appartenant à plusieurs des provinces antiques de l'Asie-Mineure ; il était habité t\ la fois i).ii ']<■- Mysiens, des Phrygiens, des Dardaniens, des Bithyniens, etc. Il s'y trouvait en outre une nombreuse colonie militaire slave, ou plutôt slavésienne, placée sous les ordres d'un catépano, le « catépano des Slaves de l'Opsikion », qui ne parvenait pas toujours à maintenir en bride ces hordes indociles. »

Le grand tlième des Thracésiens, un des plus puissants thèmes d'Asie-Mineure, comprenait entre autres provinces toute l'ancienne Lydie ; Sardes, Pergame, Laodicée, Magnésie, Tliyatire, Philadelphie en étaient les villes principales. On ignore quelle était celle qui servait de résidence au stratigos. Puis venait le llirinc de Samos avec l'île de ce nom et une bande étroite de territoire tout le long de la côte , d'Adramytte jusqu'à Milet, comprenant à peu jtrès les anciennes provinces d'Eolie et d'Ionie avec toutes les grandes villes commerçantes de

cette r<5o*i on, riches encore, mais cependant bien déchues de leur splendeur de jadis. La capitale était Smyrne. C'était, comme le thème de Samos, une province maritime par excellence, pépinière de matelots pour la flotte impériale, un « thème naval», gtiivant l'expression consacrée.

Le thème des Cibyrrhéotes, autre thème naval, était formé des anciennes provinces de Lycie, de Pamphylie et d'une portion de la Carie. C'était une région guerrière, habitée en grande partie par de sauvages et turbulentes populations. La capitale nous en est inconnue. Rhodes, Cos, Léros, bien d'autres îles et îlots, se rattachaient à cette province si essentiellement maritime, étendue de l'est à l'ouest le long de la côte méridionale de F Asie-Mineure, bordée par la mer Méditerranée sur son immense étendue de rivages.

Le grand thème des Anatoliques , un des thèmes asiatiques de première classe, le premier peut-être par l'importance de sa population, comprenait en totalité ou en partie la Phr^^gie Salutaire, la Lycaonie, risaurie, la Pamphylie, la Pisidie, la Phrygie Pacatiane et la Lycie. C'était une province de dimensions très considérables ; sa nombreuse et puissante milice, le corps des Anatoliques ou Orientaux, constituait une des portions principales de l'armement byzantin '.

Le stratigos de ce thème immense, véritable thème central d'Asie- Mineure, prenait le titre de « grand stratigos des Anatoliques ». On ignore aussi quelle était sa résidence. Les villes principales étaient Pessinos, Synnada, Antioche de Pisidie, Amorion, MétropoHs, Ikonion, la Konieh d'aujourd'hui.

Le thème de Séleucie, qui venait après celui des Cibyrrhéotes le

1. n faut bien se garder de confondre les Anatoliques ou les Orientaux, thème asiatique, « ta Anatolika », avec l'Anatolie, TOrient, « hi Anatoli », portion orientale ou asiatique de l'emi^ire, qui constituait dans son ensemble un des deux grands commandements de la monarchie divisée, je le répète, en provinces de l'Occident « rr,; AOctew: », et de l'Orient « t^; 'AvaTo),-^; ».

Si l'on ne s'attache à distinguer soigneusement l'une de Tautre ces deux désignations de sens fort différent, d' Avr/T'jXty.wv et d"AvaTo)T,:, qui reviennent constamment dans les chroniqueurs, ou s'exposera à confondre des choses entièrement distinctes. Le stratiyos des Anatoliques ou des Orientaux, cTpa-rrivè; Twv 'Avaxo).ivcûv, était le stratigos du thème des Anatoliques. Le stratilate, ou plus ordinairement le domestique de l'Anatolie ou de l'Orient, GTpaT-/;>,àTyi; ou oofiÉaTixo; t^; 'Avax^Xf)?, était un personnage autrement considérable, généralissime de toutes les forces ou milices des thèmes asiatiques, réunies hous sa main lors de quelque circonstance grave, guerre d'invasion ou de défense à soutenir contre l'ennemi musulman.

long de la côte méridionale d'Asie-Mineure, avait été d'abord un thème frontière de grande importance. Créé après 934 par Romain Lécapène avec les débris de la portion orientale du thème des Cibyrrhéotes, qui primitivement s'étendait jusqu'au golfe d'Alexandrette, il avait compris risaurie et la partie occidentale de la Cilicie non occupée par les Sarrasins. Le vaillant tuteur de Constantin VII avait établi là, tout au sud de l'Asie-Mineure, une de ces provinces marches qui, échelonnées derrière la ligne de l'Euphrate et de ses affluents, depuis la mer de Syrie jusqu'à celle du Pont, constituaient des confins militaires véritables dont les populations guerrièrement organisées supportaient le

Sceau ou bulle de plomb d'un haut lonttionnaire du thème de Charsinn. Lingcriptiiui signifie : Thiolokos. jn-ile tecowt à Pierre Chryioberge, palrice, juge du tribunal du Vf Ion et du thème de Chartiun.

premier choc des armées musulmanes et formaient au devant des grands et riches thèmes de l'intérieur comme un cordon de forteresses et de clisures, derrière lesquelles ceux-ci vivaient dans un état de sécurité relative. Ce thème maritime de Séleucie, si important par sa situation, avait été gravement réduit presque dès sa création par les progrès des Sarrasins vers l'ouest de la Cilicie, mais il allait précisément bientôt recouvrer en grande partie ses hmites premières par les victorieuses campagnes de Nicéphore et la reprise par les Romains de la plupart des forteresses de ce pays. Plus que jamais le thème de Séleucie allait redevenir un des boulevards de l'empire.

Le thème de Cappadoce, celui de Lykandos et, derrière lui, celui de Charsian, puis celui de Sébastée, enfin, plus au nord encore, ceux de Colonée et de Mésopotamie, constituaient dans leur ensemble cette chaîne de petites provinces marches, montagneuses et hérissées de for-

i:mi'Ei:!:uu i'.yzantix.

teresses, qui, suivant à distance la ligne du haut Euphrate et protégée au sud par les masses énormes de l'Anti-Taurus, s'étendait d'une extrémité à l'autre de la frontière asiatique de l'empire comme une ceinture protectrice, pour les grands thèmes de l'intérieur, déployée entre eux et les terres sarrasines. C'était là l'immense domaine de la presque incessante guerre de frontières, l'infini territoire sans cesse soumis au régime militaire, peuplé d'akrites ' et d'autres corps de troupes spéciaux, tout garni de puissantes forteresses. La plupart de ces thèmes avaient été constitués par Léon VI, le grand-père de Romain II, lorsqu'il avait réorganisé le système de défense des confins d'Asie après les victoires de ses lieutenants sur les Sarrasins et la soumission de nombreux vassaux arméniens révoltés. Parmi tous les kastra de premier rang qui peuplaient cette région guerrière, je n'en citerai que quelques-uns : Lykandos, capitale du thème de même nom, imprenable citadelle des montagnes, puis la grande Césarée, un des principaux points de concentration des troupes impériales, Tzamandos, une des premières places, devant laquelle venait d'ordinaire se heurter l'invasion sarrasine, Mélitène ou Malatya et Marasch ou Germanikia, toutes deux si exposées qu'elles retombaient parfois tous les deux ou trois ans aux mains des Arabes, Téphrice, Sébastée, qui est aujourd'hui Siwas, la formidable Colonée, Keltzène, etc.

Sur la mer Noire enfin, les quatre thèmes des Bucellaires, de l'Arméniaque, de Paphlagonie et de Chaldée ^, dont les deux premiers comptaient parmi les plus importants de la monarchie, complétaient l'ensemble des provinces impériales en Asie-Mineure. Tout le long de la côte méridionale du Pont s'échelonnaient leurs grandes places de commerce, dont plusieurs étaient en même temps des forteresses redoutables : Héraclée, Téium, Amastra, la puissante Sinope, Amasia, Ibora, ■ Léontopolis , Amisos , Trapézonte , qui trois siècles plus tard devait devenir elle-même la capitale d'un second empire grec. Ancyre ou Claudiopolis était probablement la métropole du thème des Bucellai-

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