Rambaud, op. cit., p
:ui
Danube. Sur cette frontière septentrionale comme sur celle du sud, la Bulgarie était protégée par de nombreuses et puissantes places de guerre. D'autres encore se trouvaient à l'intérieur du royaume. En Bulgarie ocliridienne , il y avait Prélip, Castoria, Bitolia, Prespa, Oclirida, etc.
L'introduction du christianisme dans cette monarchie avait eu lieu au temps du czar Boris. Le pays était constitué à la manière féodale. Une nombreuse et puissante aristocratie, la classe des boliades, y détenait le pouvoir sous l'autorité suprême du czar. Le fonds même de la population s'était promptement transformé depuis l'établissement total au delà du Danube et les éléments bulgares primitifs s'étaient de i)lus en plus slavisés.
A l'époque dont je fais le récit, les Bulgares, depuis bien des années, à rencontre d'autrefois, avaient peu fait parler d'eux. Le 27 mai 927, après trente-neuf années d'un règne glorieux, avait expiré leurgrand czar Syméon^ celui-là môme qui avait failli détruire la puissance romaine et qui avait soumis à son autorité les trois quarts du territoire de la péninsule des Balkans. Avec cet illustre prince, mort au lendemain d'une défaite, vaincu par les Croates, s'était éteinte tout à coup la grandeur de la première monarchie bulgare. Dès son avènement, le nouveau czar, le pacifique Pierre, menacé de se trouver écrasé sous une
Czar bulgare, miniature d'un prédeux manucrit slanm de la bibliothèque du Vatican.
commune agression de tous ses voisins croates, serbes et hongrois, voyant son jmys livré à une affreuse disette, avait dû demander la paix }\ l'empire grec, et le jeune prince avait été trop heureux d'aller épouser i\ Byzance la princesse Marie, petite-fille du régent Romain Lécapène '. Depuis, il avait eu à lutter contre beaucoup de difficultés intérieures, à réprimer, entre autres, les révoltes de deux de ses frères, et n'avait eu d'autre alternative que de continuer à tout prix cette politique de paix. En un mot, l'avènement de ce souverain avait marqué le commencement d'une période d'affaiblissement sans cesse croissant pour ce peuple essentiellement ennemi des Grecs, ennemi implacable (( qui n'accordait de répit que lorsqu'il était lui-même travaillé par quelque mal intérieur, » et les fêtes du mariage de 927, en signalant cette réconciliation de deux adversaires acharnés, avaient inauguré, grâce surtout aux embarras de la Bulgarie, une paix de quarante années, la plus longue dont les deux monarchies eussent jusqu'ici conservé le souvenir. Tant que la race de Romain Lécapène fut toute-puissante sur le trône, il y eut même presque cordialité dans cette alliance. Après, il y eut bien quelque refroidissement, mais la paix continua néanmoins à subsister entre les deux empires, paix si profonde même que, comme l'a fait remarquer M. Rambaud, les historiens du Porphyrogénète ne font aucune mention des Bulgares. Cette tranquillité si longue, si favorable à l'empire , n'avait point encore été troublée à l'époque de l'avènement de Nicéphore. Tout au contraire, la Bulgarie continuait à décliner chaque jour davantage sous la faible main du czar Pierre.
Dans sa résidence de Preslav sur le Danube^ au milieu d'une magnificence barbare, Pierre s'ingéniait à imiter le grand autocrator de Byzance. Sa cour était copiée sur celle du Palais Sacré. Chose extraordinaire, on avait consenti à Constantinople, lors de son mariage, à lui reconnaître par une exception unique le titre de Basileus, jusque-là réservé au seul successeur de Constantin. Ce ne fut là, du reste, que pure courtoisie de chancellerie, concession flatteuse pour se concifier plus étroitement ce voisin affaibli, mais avec lequel il était nécessaire