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cependant de compter encore. « Un dernier trait fort curieux, dit M. Rambaud, est à ajouter à cette situation. L'empire grec continua, sous Romain Lécapène, sous Constantin VII, même sous Romain II, à payer tribut à la Bulgarie affaiblie, mais qui restait pour lui un épouvantail. Le refus du tribut par le régent Alexandre, en 913, du temps du czar Syméon, avait amené la lutte terrible dans laquelle faillit périr l'empire romain ; le refus du tribut par NicéphorePhocas allait bientôt marquer la rupture de la longue paix de quarante années commencée en 927, et inaugurer en même temps la guerre qui devait emporter la Bulgarie sous les règnes suivants '.
Derrière les Bulgares, par delà le Danube, étaient établis les fameux Hongrois ou Maggyars. Venus jadis en ce pays à l'appel de Léon VI, ils avaient rejeté ceux-ci au sud du fleuve. C'étaient d'ad-
mirables guerriers, de terribles adversaires, pouvant fournir une écrasante armée de plus de deux cent mille cavaliers. Pour les auteurs byzantins c'étaient des
(( Turcs ». Ils ne les nomment même jamais autrement. Leurs chefs,
1. Il est juste de faire observer, ainsi que je le dirai plms tard, que ce prétendu tribut était moins nn humiliant impôt, payé par le vaincu de jadis à son vainqueur, qu'un subside que l'empire remettait an-
344 UN EMPEKEUR BYZANTIN
les premiers parmi les princes maggyars, étaient désignés sous le nom c( d'archontes des Turcs )) dans la correspondance officielle de la chancellerie impériale. Je ne parlerai pas davantage de ces barbares, parce que, fort occupés du côté de l'Occident, ils ne paraissent pas avoir été en lutte ouverte avec l'empire byzantin durant le règne de Nicéphore. Et cependant le (( Fléau de Dieu », depuis si longtemps répandu sur presque toute l'Europe, demeurait plus que jamais menaçant pour l'empire grec. La Bulgarie, fort affaiblie, impunément ravagée par les c( raids )) de cette redoutable cavalerie, ne constituait plus en réalité pour lui, sous le pauvre gouvernement du czar Pierre, qu'une bien insuffisante barrière protectrice. D'un jour à l'autre, sous l'influence de bien des causes diverses, on pouvait s'attendre à voir la masse de la nation hongroise, traversant la Bulgarie impuissante, se ruer sur les terres byzantines à la poursuite d'un plus riche butin. En 934 déjà, des bandes maggyares avaient envahi la Thrace. De même en 943. Cliaque fois on les avait fait repartir à force de diplomatie. En 958 ils étaient revenus si nombreux qu'il fallut envoyer une grosse armée pour les chasser. On les revit encore en 961, en 962 \ La tranquillité relative qu'ils observèrent durant le règne de Nicéphore ne fut qu'un accident amené par leur grande guerre contre Othon de Germanie, guerre qui se termina pour eux par l'écrasante déroute du Lechfeld en 965. Mais cet accident même est cause que nous n'avons pas à nous en occuper davantage ici ".
Les Petchenègues ou Patzinaces et les Khazars étaient les deux peuples scythiques principaux étabhs dans le sud de la Russie, les uns depuis la Hongrie jusqu'à la mer d'Azov, les autres au delà. Les premiers vivaient en république. Les seconds avaient un khagan. Le thème de Cherson surtout était exposé aux attaques de ces barbares. La di-
nuellement à la Bulgarie pour que celle-ci se chargeât en échange d'empêcher ses voisins septentrionaux, les HongroLs, d'aller à travers son propre territoire envahir et razzier les provinces byzantines limitrophes.
1. Ils furent repoussés par Marianos Argyros Apambas (voyez page 27G).
2. Cependant on verra plus loin que ce fut la négligence mise par la Bulgarie h empêcher les incursions des Hongrois sur le territoire de l'empire qui, vers la fin du règne de Nicéphore, devint la cause ou du moins le prétexte de la rupture entre les deux États. On verra également que, même en 908, les expéditions de ces infatigables bandits n'avaient pas entièrement cessé, puisque l'évêque Luitprand en signale deux Burvenues à cette époque. Une même fut menée jusque sous les murs de lu capitale.
AT DIXIÈME SIÈCLE
plomatie byzantine étendait, du reste, hun ré.scau sur tousecs i>. u|>ltfc!.
Elle s'occupait surtout de tenir en respect les Petclienègues, dont
l'empire occupait d'immenses espaces depuis le Danulie jus<|u'au
Don. La mer Noire le baignait ; le Dnieper le traversait. Pour commu-
Guerriers russes du x« siècle reproduits dans un ancien et célèbre manuscrit slavon des Légendes des saints Boris et Gleb.
niquer avec les Kusses, pour atteindre Kiev, leur capitale, il fallait traverser toute la Patzinacie.
Les Kliazars , déchus de leur grandeur passée , avaient reculé au delà du Dnieper, mais leur puissance demeurait incontestée entre le Don, le Caucase et la Caspienne, qui s'appelait alors la mer des Kliazars. Ils tenaient aussi la Crimée. Une foule de petites nations voisines leur payaient tribut.
EMPEniCUn BYZANTIN.
L'action constante de la diplomatie byzantine consistait à diviser ces peuples pour les empêcher de s'unir contre les Grecs. Les Khazars étaient de beaucoup les moins dangereux pour l'empire, exception faite, je le répète, de ce qui concerne le petit thème de Cherson. Les Petchenègues étaient infiniment plus à craindre. c( Avant tout, répète à chaque instant l'empereur Constantin dans ses instructions célèbres, il faut, à quelque prix que ce soit, être en bons termes avec la Patzinacie... Les avantages de cette alliance sont innombrables : par elle , on peut empêcher les Russes de descendre le Dnieper, les Hongrois de passer le Danube, les Bulgares de franchir le Balkan; par elle, la sécurité des transactions de la Chersonèse avec la Zichie, la Khazarie, la Russie est assurée. Il ne faut épargner avec les Petchenègues ni les subsides politiques ni les commissions de commerce. L'important est de savoir leur refuser le secret du feu grégeois. Il faut avoir soin de temps à autre de leur envoyer un basilikos (délégué impérial) qui, avant de pénétrer sur leur territoire et de leur remettre les présents de l'empereur, se fera livrer des otages et leur en donnera. »
Les Khazars, qui avaient, on le sait, par une exception historique unique, embrassé en majorité la rehgion judaïque, jouissaient d'une civilisation infiniment plus développée que les Petchenègues, qui étaient horriblement barbares. Ces derniers ne faisaient que rarement la guerre à Byzance. En 939 ils avaient accompagné les Hongrois dans leur invasion en Thrace. Ils avaient suivi Igor dans sa deuxième expédition contre Tsarigrad en 944. On fut alors obligé de les acheter. Ils ne paraissent pas avoir remué sous le règne de Nicéphore, pas plus que les Khazars, qui furent constamment en paix avec l'empire à cette époque.
Au delà des Petchenègues , vers le nord, s'étendait l'empire des Varègues Russes ou des Ross, vaste féodalité de vingt-deux princes d'origine Scandinave , commandant à des peuples slaves conquis devenus leurs vassaux. De ces princes , le plus important était celui de Kiev. Les Russes, soldats admirables, trafiquants habiles, tantôt servaient comme mercenaires dans les armées byzantines ou se rendaient en qualité de marchands à Constantinople, qu'ils appelaient Tsarigrad,
tantôt se révélaient comme les plus dangereux ennemis de l'empire et ne craignaient pas de venir assaillir la capitale même du monde grec. La première arrivée en Scytliie de Rurik, le fondateur de la nationalité russe, remonte au commencciiK ut <le la seconde moitié du neuvième siècle, et déjà, sept ou huit années après, en 865, les deux princes varègues de Kiev, Dir et Askold, dirigeaient contre Constantinople une expédition redoutable. Seule, la miraculeuse intervention du Mapliorion, ce manteau miraculeux delà Vierge, sauva les Bvzantins en dispersant l'immense flotte des guerriers du Nord sous le souffle d'un orage effroyable. En 907, sous Léon VI, nouvelle attaque des Russes conduits cette fois par Oleg. En 941, du temps de la régence de Romain Lécapène , attaque plus terrible encore sous le commandement d'Igor. Encore une fois Constantinople faillit succomber. Trois ans après, nouvelle expédition du même prince. Celle-ci put être arrêtée grâce à d'énormes sacrifices d'argent. En 95G ou 957 il se fit pour un temps un revirement soudain. La fameuse princesse de Kiev, Olga, régente pour son fils mineur Sviatoslav, vint à Constantinople. Reçue avec toutes sortes d'égards par la cour de Constantin Porphyrogénète, elle demanda et obtint le baptême et retourna dans sa rustique capitale avec un cortège de moines, de prêtres et de lettrés byzantins destinés à instruire les Ross idolâtres dans les premiers principes de la religion et de la civilisation chrétiennes. Sous l'autorité énergique de cette femme remarquable, il se fit un grand apaisement dans les relations jusqu'ici si heurtées des deux races, et lorsque Nicéphore monta sur le trône d'Orient, la paix la plus complète régnait encore entre les Grecs et les belliqueux sujets de la c/arine Olga.
Entre la Hongrie, la Bulgarie et la mer Adriatique, bordée par les débris des thèmes byzantins de Dyrrachion et de Dalmati(\ se pressaient de petits États slaves dont les princes, dans les listes du Licre des Cérémonies, sont classés parmi les vassaux de l'empire. Mais les liens qui unissaient ces roitelets â leur lointain suzerain étaient eertainementbien faibles et bien i)récaires. Voici la liste de ces jirinees. toujours d'après les Cérémonies: rarcliôu ou <^-rand jouj'an 'l^ <( ("lirobatie )) ou Croatie illyrienne, l'areliôn des ^ ^\\\\ «lej.uis 931
avaient secoué le joug de la Bulgarie, l'archôn de Kanali, celui des Terbuniens , celui de Zaclilumie , celui de Dioclée, qui est le Monténégro actuel, celui de Moravie, petite ou basse Moravie qu'il ne ftiut pas confondre avec la grande Moravie des Carpathes. L'archôn ou prince de Serbie exerçait une sorte de suzeraineté sur la plupart des principautés voisines moins importantes.
Les Paganiens ou Narentans étaient une nation de pirates, terreur de l'Adriatique ; il fallait toute une division de la flotte impériale pour les tenir constamment en échec. Et comme cette police maritime se faisait fort mal par les soins des fonctionnaires impériaux, Venise naissante commençait à s'en mêler pour son propre compte.
Au temps de l'élévation de Nicéphore , une paix profonde existait entre les Serbes et les petites nations voisines d'une part, les Byzantins de l'autre. L'empire, je l'ai dit déjà, considérait officiellement comme sujettes les sept villes romaines confédérées de Dalmatie, mais celles-ci n'étaient réellement que vassales.
L'Italie septentrionale et centrale, au moment du triomphe de Nicéphore, se trouvait aux mains d'Othon le Grand de Germanie, qui venait de détrôner le roi Bérenger et son fils Adalbert et avait réuni leurs états à l'empire d'Occident, reconstitué par lui. Il s'était fait couronner empereur à Rome avec sa femme Adelhaid en 962 et avait fait élire pape Léon VIII en remplacement de Jean XII, qui s'était ligué contre lui avec ses ennemis. A ce moment Bérenger et son fils, retirés dans leurs châteaux du pays lombard, résistaient encore, mais leur défaite finale n était plus qu'une question de temps et le jour était proche où, jusqu'aux thèmes byzantins d'Apuhe et de Calabre, la péninsule entière allait reconnaître sans exception aucune la suprématie du grand césar germanique. Les princes longobards de Capoue et Bénévent et de Salerne, en effet, dont les possessions séparaient les terres de l'empereur d'Allemagne et celles du pape au nord de celles des Grecs au sud, et qui nominalement relevaient de Byzance, avaient, je l'ai dit, rompu presque tout lien avec ce suzerain si éloigné et se préparaient à se grouper à l'ombre de la puissante monarchie du nord devenue leur si proche voisine. Les trois répubhques de Naples, d'Amalfi et de Gaëte
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se montraient moins détachées de politique était nulle.
Venise vivait retirée dans sa lagune, faisant déjà un grand commerce avec l'Orient, vivant en paix avec l'empire grec, auquel elle reconnaissait un bien fictif et léger droit de suzeraineté, cherchant en même temps à se concilier les bonnes grâces du nouveau maître de l'Italie.
Gnerriers russes du x" siècle descenaant le Dnieper dans un moiw.rijloi\, barque cnusi-e «laiis un seul tronc d'nrl re. Dessin tiré d'un ancien manuscrit slavou des Légendes des saints Boris et Oleb.
En Asie, l'empire byzantin avait pour frontières celles du monde musulman. Cette ligne de séparation mouvante qui s'en allait de la mer de Syrie à la mer Noire, nous la connaissons par le récit même des guerres que je viens de raconter. Au delà, c'est-à-dire du coté des infidèles, le plus redoutable comme le plus proche voisin de l'empire était le Hamdanide d'Alep. Je n'ai plus à présenter au lecteur ce grand adversaire de Nicéphore. Lui et son frère régnaient sur la Cilicie, la Syrie du nord , la Mésopotamie occidentale. Leurs capitales étaient
Alep et Mossoul. Le Khalife, devenu l'ombre d'un souverain , était à Bagdad le prisonnier des Bouiides , qui possédaient le reste de la Mésopotamie et presque toute la Perse. Ceux-là étaient trop occupés à combattre leurs propres coreligionnaires, à étouffer d'incessantes séditions de leurs milices, pour pouvoir songer à faire sérieusement la guerre aux chrétiens. A l'Orient des Bouiides régnaient les Samanides. Les Kharmatides possédaient l'Arabie. Les Byzantins n'étaient en contact avec aucun de ceux-ci. Toute la Syrie méridionale avec l'Egypte appartenait encore aux Ikhchidites. Les Fatimites de Kairouan étaient maîtres du reste de l'Afrique septentrionale, et des émirs, leurs lieutenants, gouvernaient en leur nom la Sicile. Les Fatimites étaient actuellement en paix avec l'empire.
Entre la chaîne frontière de petits thèmes byzantins étendue de la haute vallée de l'Euphrate jusqu'à la mer Noire et les souverainetés arabes d'autre part, étaient groupées jusqu'au Caucase les principautés arméniennes et géorgiennes. Les Arméniens jouaient à cette époque un grand rôle à Byzance. C'était alors encore une race guerrière et les plus aventureux parmi ses fils affluaient à Constantinople, les uns fuyant les persécutions musulmanes ou les haines de clans, les autres venant chercher fortune sur le territoire de l'empire. C'était un perpétuel va-et-vient entre Byzance et ces terres chrétiennes. Beaucoup d'Arméniens avaient définitivement prospéré chez les Grecs. Les Lécapène, les Gourgen ou Courcouas, Jean Tzimiscès étaient de cette race.
Bien souvent l'Arménie avait servi de champ clos aux Byzantins et aux Arabes, séparés les uns des autres en cette région par son étroit territoire seulement. Perpétuellement ravagée par des incursions des deux partis, elle n'avait cependant jamais encore été conquise.
A l'époque où nous sommes, les divers princes arméniens demeuraient les alliés de Byzance contre les Arabes, mais c'étaient des alliés douteux toujours menaçant de faire défection si on ne leur envoyait des secours en hommes et en argent. Ces princes étaient nombreux : avant tout, il y avait la maison Pagratide des rois d'Arménie, la plus puissante de toutes les dynasties nationales et en même temps
leur suzeraine à toutes. Le a roi des rois » était une sorte de demivassal de l'empire ; il s'intitulait « le fils spirituel du Iksileus ». Cette maison Pagratide avait ét^ restaurée vers 020 par Aschod II P>gatlii, c( l'homme de fer », le protégé de Byzance. Son descendant. A chod III Ogliormadz (le miséricordieux) régnait depuis 952. C'était un prince bâtisseur; il éleva des constructions magnifiques, surtout dans sa nouvelle capitale d'Ani. Sous son règne, l'Arménie atteignit l'apogée de sa puissance. Les rois ou princes du Vaspouraçan, de Géorgie, de Kars, d'Albanie, plusieurs émirs musulmans, tous les princes secondaires d'Arménie reconnaissaient son autorité. Il avait en 961 combattu victorieusement contre le Hamdanide et avait été à cette occasion félicité par le Khalife, qui lui avait envoyé par un coureur le titre de Scliahi Armen ou de Schahanschah ' ; à Byzance on lui donnait celui d'archonte des archontes d'Arménie.
Tous lés autres petits princes arméniens ou géorgiens, shahs, ischkhans, nakkarars, mahabieds, marzbans, etc., confondus par la chancellerie byzantine sous le titre commun d'archôn, étaient considérés par elle comme de véritables vassaux de l'empire ; par exception , le prince du Vaspouraçan portait aussi le titre d'archonte des archontes, et le roi d'Ibérie ou Géorgie, celui de curopalate ou maréchal du palais de Byzance. Cette fonction était héréditaire dans sa famille.
Outre le roi des rois Pagratide, le Livre des Cérémonies énumère neuf Etats arméniens vassaux et cinq dynastes ibériens ou géorgiens. Ce morcellement féodal amenait des guerres intestines fréquentes qui désolaient l'Arménie et la dépeuplaient plus même que l'invasion étrangère. Les neuf princes secondaires étaient : le prince du Vaspouraçan, chef de la puissante famille ardzrounienne , ou des porte-aigle, parce qu'ils avaient charge de porter dans les cérémonies royales un aigle d'or fixé à l'extrémité d'une hampe, l'archôn de Kogovid, chef de la branche cadette de cette même maison , l'archôn ou ischkhan de Darôn, celui de Mœx, celui d'Autzoun, celui de Siounie, celui de Vaïtsor (probablement Sisagan), celui de Khatchen, les archontes des Serbotes
1. Aschod III mourut en 977 (en 972 d'après M. Dulaurier), apK-s un règne heureux de vingtcinq années.
OU Enfants noirs. Il y avait encore bien d'autres petites principautés arméniennes, qui ne sont point citées dans les Cérémonies. L'Ibérie et la Géorgie formaient un ensemble à part. A la tête de la féodalité ibérienne se trouvait le curopalate, comme le roi des rois Pagratide à la tête de la féodalité arménienne.
Tous ces princes imploraient et recevaient du Basileus subsides, titres et dignités. L'Arménie était pour l'empire un boulevard de toute importance qu'il ne fallait à aucun prix s'aliéner. Les Ibériens suivaient le rite grec, mais point les Arméniens, qui rejetaient le concile de Chalcédoine.
Les i^frincipautés d'Arménie ne furent réunies à l'empire que sous le règne de Basile II et de Constantin son frère ; mais , avant même que cette conquête ne fût devenue définitive, les Seldjoukides apparurent, qui s'établirent en maîtres sur tout ce territoire.
Sous Nicéphore Phocas, les princes arméniens, relativement heureux et paisibles, ne font, pour ainsi dire, pas parler d'eux.
Il y avait encore de ce côté plusieurs petites principautés musul mânes, celles de Tovin, de Klielât ou Chliath, etc., qui reconnaissaient d'ordinaire la suzeraineté byzantine. Cependant, à l'époque dont j'écris l'histoire, Klielath, sur le lac Van, relevait du Hamdanide.
Plus loin enfin, par delà l'Arménie et la Géorgie, dans les vallées mêmes du Caucase et tout le long de l'étroite bande de terre qui s'étend entre cette chaîne de montagnes et la mer Noire, l'empire byzantin comptait encore d'importants et fidèles vassaux chrétiens aux titres étranges. Les principaux étaient l'exousiocrator ou roi d'Alanie, l'exousiastès ou souverain d'Abasgie, et celui d'Albanie. Ces princes commandaient à des nations belliqueuses, ancêtres des Tcherkesses d'aujourd'hui. C'était parmi ces libres populations que les armées byzantines recrutaient leurs meilleurs escadrons de cavalerie.
On conçoit qu'avec de pareils voisins, comme avec de pareils vassaux, il ne pouvait exister pour l'empire byzantin, du moins pour ses provinces frontières, un état de paix véritable. C'était plutôt, en dehors, bien entendu, du temps de guerre déclarée, une sorte de trêve armée,
iiitilit
trêve i\ cliaque instant rompue sur un point de l'ininiense !)ordure de cette immense monarchie, par quelque incursion de maraudeurs ennemis, par la révolte de quelque petit feudataire à demi barbare, par les pillages des fameux apélates, ces routiers du dixième siècle oriental, véritables bandes de brigands militairement organisées, qui ne vivaient que de rapine et affectionnaient surtout le séjour plus libre des provinces limitrophes. Les chefs byzantins de ces petits thèmes frontières du dixième siècle, à organisation exclusivement guerrière, avaient fort
Portion ganche et septentrionale de la mosaïque byzantine dite de la Sainte Cène dans l'église cathédrale
de Sainte-Soplùe de Kiev.
t\ faire à tenir en échec tant d'éléments hostiles, et leur vie agitée rappelle par bien des côtés celle de leurs contemporains occidentaux, les belliqueux marquis des marches françaises ou germaniques.
Rien ne saurait donner une idée plus exacte de cette vie aventureuse et agitée menée par ces rudes compagnons que la lecture du beau livre consacré récemment par MM. Sathas et Legrand à un document contemporain des plus curieux intitulé : les Exploits de Diçjénis Akritas. C'est une épopée byzantine du dixième siècle que ce& érudits ont publiée d'après un manuscrit unique retrouvé à Trébizonde. Ce long et émouvant poème populaire est tout entier consacré à célébrer les exploits et les amours d'un héros fameux dans les fastes des luttes gréco-sarrasines de frontière à cette époque, héros national de-
EJIPERECII BYZANTIN*. lô
:>.-,l lîX KMI'KIîHni 15VZAXTIN
Venu l('u-cii(l;iire suis le nom de J5;isilc J)i,ii,-('nis, mais qui fut certaiiieiiKiii 1111 |.cis()iiiia,i;e ]iis(()ri(iii(' vri-itahle. Ceux (|ui liront ce consciencieux havail v Irouvcroiit les dctails les plus intéressants sur la vie )iiiiii;iii-(' (les conliiis ^^Tcco-arabes à peu près vers l'époque de Nicépliorc. iîasilc Digénis, ainsi nonmié parce qu'il ap})artenait à la fois aux dvnx races ennemies en présence, issu des amours d'une princesse gMH'c<iue, une Ducas, avec un émir syrien converti au cliristianisme, .Moiisour, ])riiiec d'Edesse, s'appelait encore ^/jr/tos parce qu'il était dcvcini, a])rès son père, gardien des frontières impériales ', autrement dit stratigos en cliel" des thèmes frontières dits thèmes ahritigiies. MM. Sallias et Legraïul ont })]'ouvé (pi'il a du vivre vers le milieu du dixième siècle. Il mourut très probableinent seulement sous le règne de notre Xic(''i)hore, et, suivant noti'e poème, il en aurait reçu maints té- ]ii( lignages d'estime et de gratitude pour la bravoure dont il avait domu' tniU de preuves sous les Basileis précédents en combattant les ennemis de remj)ire, comme aussi pour la sagesseavec laquelle il avait gouverné les districts conliés A ses soins, '( vivant de cette vie liéroï- (juc (pi'on a constamment menée sur les j'rontières longuement disputées, hni'dcrs d'Ecosse, inarches de Germanie, uhraines des pays russes. )»
d'ciiiprunie à un intéi-essanl article, consacré ])ar M. Rambaud à ce |Mi(iiic si curieux '■, (juehjues ])assages qui feront inieux conqirendre dans (jucj milieu \écut ce liéros et (pielle existence menèrent lui et ses compagnons. X^tez (|Ue 1 V"[)op(''e qui conte ses hauts faits est de bien jieu p(»st('rieure à sa inoi1, car .AIM. lA'grand et Sathas estiment (|u'elle a dû êli'c composée avant même la fui du dixième siècle ''.
ic Poiu- soutenir, dit M. Ivambaud, cette guerre de frontière contre 1'- SaiTasiiis, guerre déjj\ trois l'ois séculaire, renq)ire grec avait organ''><'' ses piuvinces en gouvernements jnilitaires, (pi'on appelait des ///'), /rs et ;"i la lète des(]uels il y avait un chef a])pelé stratigos. Les stratigoi des tli<nies lioiitièrcs jouaient donc à peu près le même rôle