‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 99 sur 237 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Débuts du règne de Nicéphore. — Situation du nouveau souverain vis-à-vis des deux petits Basileb légitimes. — Nominations et promotions. — Mariage de Nicéphore avec Théophano. — Incidents survenus au moment de la cérémonie nuptiale. — Description de cotte cérémonie. — Lutte avec le patriarche, qui oppose des difficultés à la consécration de cette union. — Nicéphore pwse cotre. — Soumission finale du patriarche. — Premier hiver du règne. — Fêtes. — Pompes religieuses. — Sollicitude de Nicéphore iiouj l'armée. — Affaires ecclésiastiques. — ilesures dirigées contre les empiétements des ordres religieux. — Novelle touchant les monastères. — Novellea toucHant les militaires. — Autres novelles connues de Nicéphore.

Le règne de Théodora et de ses fils avait duré cinq mois. Nicéphore, bien qu'il eût été proclamé autocrator et qu'il fût dès lors honoré comme tel, ne se trouvait pas tout à fait, par la coutume byzantine, dans la même situation que les deux fils de Romain dont il devenait l'associé. Il n'était ([m' administrateur en leur lieu et place '. Eux seuls demeuraient les véritables Basileis de droit divin. Mais cela même n'était que fiction menteuse qui ne trompait personne, bonne tout au plus à figurer dans les protocoles officiels. En réalité, à partir de cette journée du 16 août 9G3, le seul, le véritable maître de l'empire d'Orient fut bien Nicéphore. Lui seul commanda au Palais Sacré, comme dans toute l'étendue des provinces. Si même, dans quelques cérémonies, on peut admettre que les jeunes princes figurèrent au premier rang, ce ne dut être que dans les débuts du règne, et il n'en fut certainement pas longtemps ainsi. Nous verrons, du reste, que lorsque Luitprand, ambassadeur d'Othou d'Allemagne, fut, en 968, reçu par Nicéphore en audience solennelle, celui-ci ne se gênait déjîi plus pour paraître en public assis seul sur le trune, tandis que les deux petits Porphyrogénètes, ses

1. Pour ce qui concerne ces empereurs tuteur f , voy. Du Cange, 67o»#. tutd. et in/, lai., au mot JJttrea.

pupilles, (^'taient placés k quelque distance en arrière sur des sièges moins élevés. De même, dans les grandes processions, Basile et Constantin, nous dit encore Luitprand, marchaient à la suite du régent; ils étaient même tenus de l'adorer en tête de la foule des dignitaires!

Pour Théopliano, son rôle durant tout le règne de Nicépliore, grâce au presque complet et bien fâcheux silence des chroniqueurs, nous demeure fort ignoré, même après que son mariage avec l'heureux usurpateur eut été consommé, ainsi que nous Talions voir. Il en est du moins ainsi pour elle jusqu'au moment du drame final où l'histoire la voit reparaître soudain dans tout le sombre éclat de son horrible forfiiit. Durant tout le règne de ce second époux qu'elle devait si indignement trahir, les informations sur ses faits et gestes, sur son attitude vfs-à-vis de Nicéphore et de son entourage, sur la part qu'elle prit au gouvernement , nous font en effet presque absolument défaut. Certainement, nous l'avons vu, elle avait été pour beaucoup, soit activement par ses intrigues, soit plus indirectement par le seul effet de ses charmes, dans la décision prise si subitement par Phocas de s'emparer de la couronne, et cependant les sources demeurent absolument muettes même sur ce qu'il advint d'elle durant la période si agitée qui suivit l'arrivée du prétendant à Chrysopolis jusqu'à son entrée dans Constantinople et son couronnement à Sainte-Sophie. Dans tout cet espace de temps, d'ailleurs fort court, deux personnalités semblent constamment seules en jeu comme en lutte, Nicéphore d'une part, Bringas de l'autre. Probablement durant ces journées de sédition, de tumulte affreux et de combats de rue, Théophano et ses fils demeurèrent enfermés au fond des appartements les plus reculés du Grand Palais.

Nicéphore, aussitôt installé, procéda h quelques nominations capitales. Le vieux héros Bardas reçut le titre pompeux de César, ce titre si grand depuis bien longtemps tombé dans l'oubli, restitué pour la première fois à son intention. Jean Tzimiscès, l'âme brillante de toute cette aventure si bien terminée, fut confirmé dans ses hautes fonctions de magistros et de domestique des scholes d'AnatoHe; c'était précisément, je le répète, la situation que venait d'occuper Nicéphore sous 1ère-

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gue précédent; singulier et fatal rapprochement pour qui connaît on devine la suite de cette tragique histoire. Léon Phocas, qui , jusque-là du

.•;\vsky, anjonrd'hui à Saint-Pëteraboarg. Saint Théodore, le tueur Ue dragon, x* on xi" siècle.

moins, s'était montré le digne frère de Nicéphore, fut, lui aussi, créé magistros et en outre curopalate ou, si l'on veut, maréchal du Palais Sacré, titre très considérable à fonctions mal connues, dont la principale pouvait bien être le commandement en chef de la garde particu-

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Hère de l'empereur ', et que partagea seul avec lui un des plus lointains vassaux de l'empire, le chef de la maison royale d'Ibérie au pied du Caucase ^ Cette dignité de curopalate était, en effet, depuis peu héréditaire dans cette maison souveraine. Basile enfin, le turbulent bâtard dont l'énergique intervention avait si heureusement précipité les événements et évité peut-être bien du sang répandu , devint proèdre. C'était là aussi un titre nouveau très considérable, correspondant à la dignité de président du sénat; plus tard la signification en fut modifiée et il devint beaucoup plus fréquent. Cet homme remarquable devait conserver vingt-cinq années durant cette haute situation sous trois règnes successifs.

Bien à l'inverse de ce qui se passait d'ordinaire à tout avènement byzantin, il ne semble pas que le nouveau maître de l'Orient ait exercé de grandes vengeances. Simplement il se contenta de reléguer le régent Bringas dans la lointaine Paphlagonie, sa sauvage patrie. L'ambitieux eunuque, culbuté de si haut, survécut longtemps encore à sa chute. Il ne reparut plus sur la scène du monde et mourut, dit-on, de désespoir, vers 971, au monastère de l'Asecretis de Pythia où il avait été transféré en dernier lieu. Sa fin fut aussi obscure que son existence avait été brillante et agitée.

La conduite que tint à ce moment Nicéphore à l'endroit de Théophano semble à première vue assez étrange. Nous connaissons si mal ces événements, les renseignements que nous possédons sont si clairsemés, qu'à tout instant le fil nous échappe qui doit reher entre eux ces faits successifs. Certainement le désir bien arrêté du nouvel empereur devait être alors déjà de consommer au plus vite avec la ravissante veuve de Romain II cette union qui allait si prochainement s'accomplir et qui devait à la fois satisfaire si complètement sa passion et consolider puissamment sa situation personnelle. Cependant Cédrénus, Zonaras, Glycas affirment avec ensemble qu'aussitôt proclamé, Nicéphore n'eut rien de plus pressé que de faire sortir Théophano du Palais Sacré ! Cet honnne , qui avait fait son entrée dans sa capitale

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