‹ Un empereur. Un roi. Un pape. Une RestaurationChapitre 17 sur 56 · Voyez plus haut, chapitre iii · texte numérisé non relu

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LE ROI VICTOR-EMMANUEL

et pour ritalie, à mesure qu'il se rapprochait du Quirinai, Victor-Emmanuel trouvait dans ses prodigieux succès une justification de sa politique et uu encouragement d’en haut à passer outre. La grande œuvre à laquelle il prenait part lui semblait ratifiée par le ciel qui lui en aplanissait le chemin et lui en facilitait si merveilleusement la réalisation. Le fils de Charles-Albert avait dans le gouvernement de la Providence une foi vive, qu’il se plaisait à exprimer dans ses discours publics comme dans ses 'entretiens privés. Cette foi ne le fortifiait pas seulement contre les périls et les découragements des . heures difficiles, mais aussi contre les anathèmes ou les censiires des ministres de l’autel, contre les troubles de sa conscience ou les scrupules de son éducation. Chose digne de remarque, ce prince faisait ainsi tourner sa foi à la Providence contre les conseils de ceux qui eussent voulu tourner ses croyances de chrétien contre ses convictions de patriote. A ses yeux, les destinées de l’Italie avaient été trop savamment j^réparées , trop rapidement atteintes, pour qu’on n’y sentît pas le doigt de Dieu. Dans l’œuvre que les représéditants attitrés de la religion lui reprochaient comme un sacrilège, l’adversaire politique Je la royauté papale découvrait le patronage et la complicité du ciel. « Comment, disait-il *à ses familiers , comment* ne pas croire que tout cela est dans les desseins de Dieu, alors (ju’en dépit de tant de périls et de tant d’erreurs nous marchons toujours en avant, et que là même où nous redoutons des pertes ou des défaites nous

LA MONARCHIE ITALIENNE

ki

rencontrons des avantages et de,s triomphes.^? »

Bien qu’il se sentît absous par la faveur d’en haut, Victor-Emmanuel n’en supportait pas moins avec peine la dure nécessité de rester extérieurement en guerre avec le vicaire du Dieu dont il se flattait d'accomplir les desseins. Aucun homme d’Etat italien n’eût été plus jaloux de mettre un terme à ce long' conflit dont les coups retentissaient jusque dans sa propre conscience, et de réconcilier officiellement, pour ses peuples comme pour lui-même, la foi catholique et le patriotisme italien. Aucun de ses sujets ne désirait avec plus de passion cette pacification religieuse ; pour l’obtenir, Victor-Emmanuel tenta plusieurs fois des négociations personnelles avec le pape Pie IX, et jusqu’à la fin il demeura prêt à faire au Vatican toutes les concessions compatibles avec l’unité de la nation et l’indépendance de l’Etat.

Dans les années qui suivirent l’occupation de Rome, des images populaires, symbolisant les vœux de beaucoup d’Italiens, représentaient le pape Pie IX donnant le bras au roi Victor -Emmanuel et s’appuyant sur lui. Ces vulgaires images trahissaient sous une forme ingénue la secrète ambition de Victor-Emmanuel ; mais ce rêve d’une pa-

r Massari, t. T. — Victor-Emmanuel était si plein de cette

] conviction que, d’après son biographe, il écrivait à Pie IX lui- I même dans une lettre privée en 1866 : u Si Votre Sainteté ne

j peut reconnaître ni bénir le roi d’Italie, qu’elle reconnaisse du moins et qu’elle bénisse en lui l’instrument dont se sert la divine ÿ Providence pour des fins qui dépassent notre pénétration. » Massari, t. II, p. 288.

pauté appuyée sur la royauté italienne, des rancu- I nés récentes et plus encore des prétentions et des principes opposés ne lui ont pas permis d’en en- | trevoir l’accomplissement. A cet égard, rien ne fait présager que son fils soit plus heureux.

La politique avait conduit Victor-Emmanuel à Rome; mais s’ily était entré sans hésitation, il pa- 4 raissait toujours s’y sentir mal à l’aise. Le roi disait J à son Parlement : « Nous sommes à Rome, nous y ff

resterons ; » l’homme aimait peu la ville aux sept M collines et semblait presque la redouter. Victor- A Emmanuel, demeuré toujours Piémontais, évitait le séjour de sa nouvelle capitale, et quand son * devoir l’y appelait, il préférait à son palais officiel ï et aux anciens appartements des papes quelque | modeste villa romaine. Une prédiction, comme il en 1 circulait tant dans la ville éternelle, annonçait depuis 1 longtemps que le premier roi d’Italie mourrait à j Rome, au Quirinal. Je ne sais si cette prophétie j était montée jusqu’aux oreilles du roi et avait ren- ; contré chez lui de secrets pressentiments. Ce qui i est certain, c’est qu’en expirant à Rome, dans l’an- j cien palais des conclaves, Victor-Emmanuel est 1 tombé en soldat frappé à son poste. 1

La mort de Victor-Emmanuel a montre ce que |

dans les relations de l’Eglise et de l’Etat on peut I attendre du présent et espérer de l’avenir. Le pre- | mier roi d’Italie, le spoliateur de la papauté, regardé j par tant de catholiques comme un excommunié, est j mort dans un palais pontifical en recevant bliquement les sacrements de l’Eglise, sans que

^ personne lui imposât une de ces rétractations m X extremis si faciles à obtenir des mourants. Ï3u Quiîi‘ rinal en interdit, le roi d’Italie a été porté solen- )f nellement, avec le concours du clerg-é, sous la ronde 3f coupole de Sainte-Marie des-Martyrs ^ , où il repose il - dans la terre bénite, sous la garde des prêtres dont ii il a détrôné le chef. En vérité, cette mort et ces fu- >i| néraillcs chrétiennes de rusurpateur, ces services

! solennels, célébrés dans les nombreuses cathédrales <le la péninsule, nous transportent bien loin du moyen âge, bien loin des anathèmes et des excommunications des Grégoire VII ou des Boniface VIII, bien loin même des menaces d’interdit faites aux j envahisseurs de l’héritage de saint Pierre en 1860 ou en 1870. Certes, il y a là un signe du temps, une preuve qu’au milieu de toutes ses résistances et de ses protestations, l’Eglise peut à l’occasion s’accommoder aux fails accomplis et ne pas pousser jusqu’aux dernières extrémités l’inflexibilité du no?i possumiis. Le roi, dont le corps est déposé au Panthéon, a eu dans la mort cette dernière bonne fortune, que sa tombe a été une prise de possession et qu’en même temps ses funérailles ont été un indice d’apaisement

1. C’est le nom ecclésiastique du Panthéon d’Agrippa transformé en église depuis le vu® siècle.

2. Je dois noter comme un trait de mœurs que, dans certain milieu, la fin chrétienne de Victor-Emmanuel a été interprétée d’une manière singulière et est devenue l’occasion de nouvelles déceptions. J’ai, quelques jours après la mort du roi, rencontré à Naples un moine de l’ordre de Saint-François qui annonçait comme certaine une prochaine restauration des princes dépossédés, C’était à l’entendre l’affaire de quelques mois. « Victor-

LE ROI VICTOR-EMMANUEL

La maison do Savoie voit diminuer d’année en année le nombre des intransigeants de droite ; il ne serait pas impossible qu’un jour elle trouvât ses j)lus fidèles sujets dans les familles naguère les plus attachées aux princes détrônés. Vis-à-vis des conservateurs, la monarchie unitaire sera bientôt la seule personnihcation de l’ordre et la meilleure garantie des intérêts ; vis-à-vis des libéraux et des patriotes, elle reste encore la joersonnification de l’unité, de l’indépendance, de la puissance nationale. <( Si je croyais, disait le roi Victor-Emmanuel, que ritalie dût être jdIus forte avec la république, je descendrais du trône, et je ne demanderais à garder que le commandement d’un régiment. » Peu de jiersonnes dans la jDériinsule ou à l’étranger pensent aujourd’hui que l’Italie puisse être plus forte avec la république qu’avec la monarchie, qui lui a donné le jour et l’a introduite parmi les grandes puissances.

Il y a bien au sud des Alpes un parti républicain déjà ancien et considérable, qui à côté d’inquiets et stériles agitateurs a donné à l’Italie plus d’un esprit distingué et d’un grand patriote ; mais Victor-

Emmanuel, disait le naïf théologien, a reçu l’absolution ; mais, pour obtenir l’absolution, il a dû promettre la restitution, et comme il n’avait pas le temps de l’effectuer lui-même, le roi mourant a fait jurer à son fils de rendre à leurs maîtres légitimes les États usurpés en 1860 et 1870. » C'était là, selon le bon franciscain, l’objet de l’entretien particulier qn’avant d’expirer Victor-Emmanuel avait eu avec son successeur. Ce raisonnement, déduit avec conviction par le moine napolitain et accepté autour de lui par la crédulité de son entourage, montre de quelles illusions on peut encore se bercer dans les range inférieurs des partisans du passé.

Emmanuel a réconcilié nombre de ces républicains^ avec la monarchie, et plus d’un de leurs chefs s"est assis dans les conseils de la couronne, lleaucouj) de démocrates et non les moins iiilluenls ont appliqué à la maison de Savoie le mot à tort ou à raison prêté à Lafayette, à propos de la monarchie de Juillet; beaucoup se sont dit que pour riiali(‘ nouvelle la maison de Savoie était la meilleure des républiques, et la royauté 2>arlementaire le gouvernement qui lui pouvait le mieux assurer la liberté au dedans, la considération au dehors.

Selon l’expression de Garibaldi, la reconnaissance enchaîne l’Italie à la maison de Savoie et hempêche de suivre l’exemple de la France h Fa reconnaissance chez les peujiles comme chez les individus est un lien qui se relâche vite, mais le sentiment n’est pas la seule attache de la péninsule et de la monarchie unitaire. D’autres raisons font qu’en Italie l’avénement de la république ne me paraît pas prochain. Le parti républicain, composé, comme partout ailleurs, d’hommes de principes, avides d’idéal, et d’esprits turbulents, impatients de toute autorité, peut à la faveur des fautes de ses adversaires recouvrer une influence Lien diminuée sous le règne de Victor-Emmanuel. Ce qu’il ne peut conquérir aussi vite, ce sont les sympathies delà bourgeoisie et des classes jusqu’ici dirigeantes,, et, alors même qu’il parviendrait à s’emparer des masses populaires, il manquerait

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