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Proclamation du roi Victor-Emmanuel, en octobre

LE ROI VICTOR-EMMANUEL

triche le mandat d’occuper la Bosnie, et Tltalie n’a rien reçu en compensation.

La première décej^tion de la j^éninsule a suivi la mort de Yiclor-Emmanuel, mais cette déception n’est point imputable à la perte du rédempteur national. L’Italie avait été si heureuse jusqu’en ses malheurs mêmes qu’elle s’était volontiers persuadée qu’aucun remaniement territorial no se pouvait faire en Europe sans qu’elle en tirât profit. Jusqu’au congrès de Berlin, le nouveau royaume avait gagné quelque chose à chaque gueri'o, à celles auxquelles il demeurait étranger comme à celles auxquelles il prenait part. Sous Victor-Emmanuel, les revers le servaient aussi bien que les victoires ; l’Italie sortait 2 :>lus grande de ses pro 2 )res défaites en 1866, comme des défaites de son ancienne alliée en 1870. Et cola n’était 2 )oint un jeu de la fortune ; les revendications italiennes étaient alors si bien ratifiées par la nature des choses que les événements tournaient d’eux-mêmes en leur faveur.

Il en est autrement depuis que sur la Saint-Marc et sur le Gaj^itole flotte le drajieau aux - trois couleurs. L’Italie telle que l’a laissée Victor- Emmanuel est entière, le nouveau royaume n’est plus ni manchot ni boiteux, il ne lui manque aucun membre essentiel. Quelque légitimes qu^elles puissent sembler au patriotisme local, ses revendications. sur l’une ou l’autre frontière, sur Trente ou sur Trieste, n’ont plus le caractère d'indéniable nécessité qu’avait pour l’Italie encore tronquée la revendication de Venise ou de Rome.

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i Au point de vue même du droit sur lequel elles ff prétendent s’appuyer, au point de vue de la natiofi nalité comme à celui des frontières naturelles, les £ aspirations de VItalia h'redenta sont loin d’être toutes également justifiées. Entre Trente et Trieste 6 associés par les vœux des comités de VItalia h^rea clcnta^ la différence est grande. Si par la géograi phie et par les intérêts, si par la langue, les mœurs $. et les sympathies de ses habitants, le Trentin se I rattache incontestablement à l’Italie au sein de : laquelle il s’enfonce comme un coin, Trieste n’est i qu’une colonie italienne sur une terre slave et ses I intérêts le lient au grand empire hétérogène auquel il doit toute sa prospérité *. S’il est difficile à l’Italie de ne point aspirer à reculer sa frontière jusqu’au nord de Trente et à fermer cette porte de la vallée de l’Adige qui s'ouvre au cœur de la Haute-Italie, il serait impossible à l’Autriche de renoncer à son principal port, à son principal débouché sur la mer Pour que les Italiens entrassent à Trieste et à Pola, il faudrait que l’empire des Habsbourg fût détruit et partagé, et alors même les Italiens ne camperaient sur les Alpes Juliennes que grâce à la tolérance d’un voisin qui ne

1. Trieste, Goritz, ITstrie, sont les plus occidentaux des pays slaves et bien que plus ou moins italianisés sur le littoral, de même que la Dalmatie, ils gardent dans les campagnes surtout une nombreuse population slave. Voyez entre autres l’ouvrage de M. Yriarte sur l’Adriatique.

2. Trieste est même en réalité le seul port de Vienne et de l’Autricbe proprement dite, car Fiume appartient au royaume de Hongrie et la Dalmatie est séparée de l’Autriche cisleithane par la Croatie qui relève de la couronne de Saint-Étienne.

leur eu laisserait pas longtemps la jouissance, et qui pèserait sur la péninsule d’un poids autrement lourd que l’empire d’iVutriclie.

llien n’est plus dangereux pour un peuple que des revendications bruyantes, qu’il ne se sent point capable de faire triompher par les armes et qu’il se plaît à faire résonner comme une menace aux oreilles de l’étrangor. En parlant trop haut dans leurs journaux ou leurs 7neetings d’acquisitions territoriales, en indiquant dans leurs cartes, sur tout le pourtour des Alpes ou des côtes italiennes, telle ou telle rectification de frontières, les Italiens risqueraient d’éveiller les défiances de tous leurs voisins, et, sous prétexte d’accomplir le programme national, de se trouver isolés en Europe, au grand détriment de leur puissance réelle h Une agitation périodique ou intermittente pour de telles revendications ne serait pas moins funeste à la politique intérieure qu’à la politique étrangère de la péninsule. L’apparition d’un nouveau d'ac-

tion serait pour le pays une cause permanente de trouble, pour les partis politiques déjà trop divisés une cause de plus de confusion et d’impuissance, pour le gouvernement et la monarchie une gêne perpétuelle, et à certaines heures un péril redoutable.

L’Italie de Yictor-Emmanuel a passé l’âge des

1. Il est juste de reconnaître que si l’on parle trop souvent en Italie de l’Istrie, du Tessin, de Malte même, on n’y entend presque plus réclamer la Savoie et Nice qui, du consentement de l’Italie, se sont librement données à la France.

LA MONARCHIE ITALIENNE

aventures. Le royaume de la maison de Savoie n’est plus, comme le petit Piémont, une de ces

larves de nation, un de ces embryons d’Etat qui peuvent beaucoup risquer parce qu’ils ont peu à perdre. L’Italien a trop de bon sens pour ne le point comprendre. Un pays qui sous Yictor- Emmanuel a su, devant Venise et devant Rome, résister à tous les entraînements intempestifs du sentiment national ne se laissera pas emporter pour Trente ou pour Trieste aux élans d’un patriotisme inconsidéré. Si, au milieu des remaniements territoriaux du continent, en face des agrandissements des puissances slaves ou germaniques, ITtalie se trouvé déjà à l’étroit entre ses deux mers, c’est comme la France moins en Europe qu’en Afrique qu’elle doit chercher un nouveau champ d’expansion, et si elle ne veut pas s’exposer à des conflits d’influence avec ses voisins d’Algérie, c'est vers Tripoli et Tancienne Cyrénaïque plutôt que vers Tunis qu’il lui convient de porter les yeux.

Aujourd’hui comme sous son premier roi, la plus grande et la plus lourde tâche de Fltalic est au dedans de ses frontières. Victor-Emmanuel l’a laissée indépendante et libre, mais l’indépendance nationale et la liberté politique ne sont pas tout pour les peuples. L’œuvre de la régénération italienne n^est point achevée par l'unité ; il en reste la partie la plus difficile. Il reste à mettre en valeur l’esprit de la nation avec le sol national, à libérer les. campagnes de la malaria et de la fièvre.

à Tacheter les masses populaires du joug- de l’ignorance et de la misère ; il reste à parfaire moralement dans les âmes l’unité accomplie matériellement dans les villes e^t les provinces. Selon le mot prêté à Massimo d’Azeglio, l’Italie est faite, il faut faire les Italiens. C’est là le complément nécessaire de la grande œuvre de Victor-Emmanuel et ce n’est qu’à cette condition, après être devenue un peuple vraiment nouveau, que l’Italie , recouvrant sa gloire passée, pourra donner à l’Europe ce que la civilisation est en droit d’attendre d’elle.

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