‹ Un empereur. Un roi. Un pape. Une RestaurationChapitre 24 sur 56 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ce qu’était le régime pontifical sous Pie IX. — Le gouvernement ecclésiastique et ses effets. — Les laïques et le clergé. — Les mœurs publiques, les mœurs privées.

L’État romain était fait à l’image du monarque ; du haut en bas y régnaient le clergé et le petit collet. L’historien sera un jour étonné qu’au milieu du XIX® siècle plus de trois millions d’hommes aient été soumis à un pareil régime. Il faut cornme nous avoir habité Rome sous le sceptre du vicaire du Christ pour savoir ce qu’était ce gouvernement ecclésiastique et ce qu’en étaient les effets. Dans les États de l’Église, le prêtre était tout, le laïque n’était rien.

Il y avait bien dans les Etats du Saint-Père une aristocratie ou mieux une haute noblesse qui se composait surtout de ces familles papales, élevées et enrichies par la faiblesse des pontifes et demeurées comme des monuments vivants du népotisme des deux ou trois derniers siècles. Dans les rangs de cette noblesse, on comptait encore des rejetons de ces vieux barons romains qui durant

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dix ou douze générations avaient les armes à la mains disputé aux chefs de l’Eglise Rome et le patrimoine de saint Pierre. Parmi ces familles, }3eaucoup, grâce à leurs palais, à leurs villas, à leurs galeries, j)ortaient des noms connus du monde entier; plusieurs étaient encore riches, fort riches même, grâce aux majorats et aux substitutions qui détenaient et stérilisaient parfois en leurs mains des districts entiers de la déserte cainjyagna ; mais cette aristocratie de nom et de fortune ne jouait aucun rôle, n’avait aucun pouvoir dans l’Etat. Pour le plus illustre de ses membres comme pour le plus humble des paysans, la tonsure donnait seule accès au pouvoir. Tant qu’elle ne revêtait point la soutane , la noblesse romaine ne pouvait aspirer qu’èi des dignités honorifiques et à des titres vides. Les plus grands privilèges d’un prince romain, d’un Colonna ou d’un Borghèse, étaient d’avoir dans son palais une sorte de salle du trône avec un haut baldaquin, de suspendre à sa porte les armes du j^ape régnant à côté des siennes, et, à certains jours, de figurer, un cierge ou une palme à la main, dans les pompeuses cérémonies romaines. A cette ombre d’aristocratie un gouvernement ecclésiastique de prêtres célibataires ne pouvait offrir, en échange du pouvoir, ce que les monarchies laïques avaient partout laissé aux noblesses asservies, les élégances d’une cour et l’honneur des armes.

Sous Pie IX comme sous Grégoire XVI, le j^ouvoir à tous ses degrés appartenait au clergé ; à

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lui le gouvernement dans toutes ses branches^ l’administration, la justice, la diplomatie. Partout il n’y avait de laïques qu’aux rangs inférieurs, comme bureaucrates, comme scribes ou commis. A la tête de toutes les administrations étaient un cardinal ou un prélat : un prélat était grand maître de police, un prélat était proministre des armes. Si par exception, dans les finances ou à la banque romaine par exemple, de hauts emplois étaient donnés à des laïques, c’était aux frères ou aux parents d’un cardinal ou d’un monsi(/nore en faveur.

Au clergé appartenaient spécialement, avec l’instruction, la police et la censure, et l’on ne saurait croire à quels minutieux raffinements en étaient arrivées ces deux institutions dans les mains ecclésiastiques. Le curé était en réalité le premier commissaire de police de sa paroisse ; sans l’appui du curé, un Romainn’obtenait rien, pas même unpasseport^ et il fallait un passeport pour aller de Rome à Yitcrbe ou à Civita-Vecchia. Si l’on voulait vivre tranquille, il fallait être bien avec le parroco (curé), et pour être bien avec le parroco^ il fallait avant tout fréquenter l’église et les sacrements. L’on avait parfois à Rome le singulier spectacle de choses légalement permises par Tautorité pontificale et pratiquement 'interdites par le clergé paroissial L

1. J’en citerai un exemple venu à ma connaissance. Pie IX, qui ne craignait pas les réformes inoffensives, avait autorisé les Juifs, jusque-là sévèrement enfermés dans leur ignoble Ghetto, à s’établir librement dans toute la ville. Un Romain de mes amis

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Entre les mains d’un clergé, toujours plus préoccupé des âmes que des corps, la police des idées et des doctrines était naturellement faite avec plus de soin que la police des rues ou des routes publiques. La censure des journaux et des livres était confiée à des théolog'iens qui s’appliquaient scrupuleusement à ne rien laisser passer de ce qui pouvait troubler les esprits ou les cœurs des sujets du pape. La presse indig-ëne occupait peu les censeurs. Pour tout journal, Rome ne possédait g^uère qu’une feuille officielle, le Journal de Ro7ne^ et une feuille officieuse, non moins sûre et dévouée, Y Osservatore romano ; pour toute revue, un recueil dirigé et rédigé par la Société de Jésus, la Civiltà cattoHca. Les journaux comme les livres étrangers étaient passés au crible de la plus stricte orthodoxie. Une sorte de protectionnisme ou mieux de prohibitionnisme intellectuel entourait l’Etat romain d’une épaisse muraille et l’isolait du monde contemporain. La douane pontificale, peu sévère pour toute autre denrée, servait principalement à arrêter les idées. Les décisions de la congrégation de V Index avaient force de loi, les ouvrages les plus célèbres de l’Italie ou de l’Europe ne pouvaient franchir la frontière ou n’étaient introduits qu’en fraude. Un grand nombre de livres n’étaient

loua à Fuu de ces Ebrei une petite maison avec une boutique. Le curé vint trouver le propriétaire, lui représenta combien il était peu convenable pour un bon catholique de louer à un Juif et fit si bien que, pour s’épargner tout désagrément, le Romain en question dut se résigner à reprendre sa parole et louer sa maison moitié moins cher à un chrétien.

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connus des Romains que jiar les réfutations qu’en publiaient les ecclésiastiques de Rome^ et souvent ces réfutations n’avaient d’autres lecteurs que les curieux qui à travers de pareilles controverses cherchaient la pensée de l’auteur interdit.

La censure ecclésiastique s’étendait aux théâtres comme aux livres. Depuis l’occupation française de la Révolution et du premier Empire, la censure romaine avait renoncé à prohiber sur la scène la présence des femmes^ et à les faire remplacer dans l’opéra ou dans la comédie par ces sopranistes sans sexe dont les chapelles romaines ont aujourd’hui le monopole. Pour céder ainsi aux mœurs du siècle, la censure théâtrale n’avait pas abdiqué tous ses droits. Les opéras les plus connus ne paraissaient sur la scène de VAj^ollo que consciencieusement épurés et souvent mutilés, méconnaissables. Giiillaitine Tell et les Huguenots par exemple devaient perdre leur nom et voir tous leurs personnages défigurés. Dans l’opéra, dans le drame, dans le ballet, la vigilante piété des censeurs s’ingéniait à effacer tout ce qui pouvait choquer l’œil d’un théologien ou l’oreille d’un casuiste L

On devine ce qu’un pareil système de tutélaires

1 . On arrivait parfois à des minuties bizarres qui fournissaient matière à d’amusantes anecdotes. Une fois, par exemple, la censure blessée d’entendre dans un opéra un amant qui donnait à la voix de sa maîtresse l’épithète d'angelica y substitua celle plus innocente d' armonica. A quelques jours de là. Pie IX, informé du fait, donnait à sa voiture l’ordre de le conduire à la Porte Harmoiiique ^ voulant désigner la Porta Angelica.JLe sf>irituel pontife était souvent ainsi le premier à railler des abus qu’il ne pouvait redresser.

précautions devait produire dans renseignement qui, pour Fun etFautre sexe, était à tous les degrés entre les mains du clergé et des congrégations. Au collège romain régnaient encore les méthodes du moyen âge avec la scolastique et la syllogistique. La théologie restait toujours la science maîtresse. Dans ces établissements fermés à tout souffle du dehors, la plupart des élèves et des professeurs, artificiellement maintenus dans le milieu moral du moyen âge, grandissaient, étudiaient, enseignaient sans se douter souvent des grandes queslions qui, hors du petit Etat papal, s’agitaient dans la science vivante.

Un tel régime avait sur ceux qui y étaient soumis de singuliers effets. Cette lourde atmosphère romaine, toute chargée des vapeurs de l’encens et imprégnée d’une odeur de cire, agissait d’une manière fort diverse sur les esprits et les nerfs, selon les tempéraments^, calmant et assoupissant les uns, agitant et irritant les autres. Le gouvernement pontifical inclinait ses sujets aux deux extrêmes opposés. Dans les villes des Etats romains se rencontraient à la fois et côte â côte une grande dévotion et une grande irréligion, une sincère piété et une cynique incrédulité, souvent recouverte d’un masque d’hypocrisie. Les âmes les plus molles ou les plus tendres prenaient docilement l’empreinte du moule bénit, les plus rudes ou les plus énergiques ne faisaient que s’y déformer et s’y aigrir.

On a remarqué depuis longtemps que les pires ennemis de l’Eglise étaient sortis des mains ecclé-

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siasiiques. L’observateur était souvent frappé du même phénomène dans les Etats romains. Si, dans l’aristocratie et dans le peuple, aux deux extrémités de la société en particulier, le Saint-Père comptait beaucoup d’enfants soumis, il avait dans un grand nombre de ses sujets, au sein de la classe moyenne surtout, des ennemis acharnés •dont l’aversion pour le régime pontifical se tournait en haine pour l’Eglise et pour son chef. Au fond de beaucoup de ces âmes comprimées, il y avait de violentes révoltes intérieures contre ce gouvernement qui prétendait régner à la fois sur les âmes et sur les corps. Chez plusieurs de ces élèves du clergé, la haine de l’habit ecclésiastique allait jusqu’au fanatisme, la colère jusqu’à une sorte de frénésie qui m’étonnait de la part d’Italiens. J’ai entendu le doux Pie IX traité par plus d’un de ses sujets d’assassin et de hri gdLiid{dtr b a7itaccione\ avec tous les augmentatifs que fournit la langue italienne. Dans ce pays où le prêtre était tout, le nom de prêtre était, pour beaucoup, devenu une injure.

Ces sentiments de haine et de mépris pour le gouvernem ent papal étaient peut-être plus répandus dans les villes de province qu’à Rome même où la présence du souverain et de la cour pontificale apportait à nombre de familles des bienfaits et des faveurs. Nulle part en Italie, l’église ne comptait plus d’ennemis que dans les riantes contrées qui formaient son domaine séculaire, dans laRomagne, dans les Marches, dans l’Ombrie. Quand, en 1867,

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Garibaldi voulut tenter un coup de main sur Rome, aucune partie de la péninsule ne fournit autant do recrues à ses volontaires que les anciens États de l’Église

Entre les exaltés des deux bords opposés, entre les fils dévoués du souverain pontife et les ennemis jurés du pape-roi, il y avait la foule des indiflerents ou des modérés, les esprits légers et superficiels, les esprits calmes et positifs qui, tout en sentant le poids du joug, cherchaient à s’y plier de la manière la moins incommode. Chez la plupart, la domination ecclésiastique avait pour principal effet de réduire la religion à l’acconw plissement des rites extérieurs. Pour eux, le catholicisme se dégradait en une sorte de cérémonial à demi politique, et les pratiques les plus^ saintes, les sacrements les plus mystérieux de l’Église se changeaient en formalités légales. Le bourgeois et l’employé s’approchaient du confessionnal à l’époque prescrite et, selon l’expression consacrée, allaient prendre Pâques ]pour èivc en règle avec le gouvernement et la police

Dans un État ainsi clos à tout souffle du dehors, l’air que rien ne venait renouveler ne pouvait man-

1. J’étais à Rome quelques semaines après le combat de Mentana, et je fis cette remarque en parcourant les listes offi cielles des Garibaldiens blessés ou prisonniers. Je fus étonné du grand nombre d’insurgés que de petites villes tout ecclésiastiques, telles que Lorette, avaient envoyés combattre leur ancien maître.

2. Durant le temps pascal, le prêtre qui communiait les fidèles leur remettait à l’autel un billet de communion, et de ces billets il se faisait parfois un trafic.

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qiicr de sc vicier. Sans liberté, sans publicité pour les dénoncer ou les poursuivre, les abus de toute sorte avaient, à cliacpie restauration, silencieusement grandi à couvert d’une autorité sans contrôle. L’alnis le plus criant des trois ou quatre derniers siècles, le népotisme papal, avait pris fin. les Brasclii, les neveux de Pie YI, en avaient été le dernier exemple. Pie IX, en cela encore un pape modèle, n’a jamais témoigné aucune faiblesse pour sa famille; mais tous ses cardinaux n’avaient point la meme délicatesse. La parenté, voire même la domesticité d’un de ces hauts dignitaires célibataires restait toujours la voie la plus courte de la fortune. Si la plupart des membres du sacrécollège se montraient probes, désintéressés, simples dans leur vie, modestes dans leurs habitudes, le premier ministre de Pie IX, élégant collectionneur de pierres fines, amassait une fortune considérable et distribuait à ses frères les emplois les plus lucratifs. Exceptionnelle aux rangs supérieurs de la hiérarchie où régnait d’ordinaire un véritable esprit de foi et de devoir, la vénalité sévissait aux rangs inférieurs de l’administration, surtout parmi les laïques relégués aux derniers emplois et privés do tout espoir d’avancement. En aucun pays la faveur ou l’argent n’avait plus d’empire. La justice était suspecte, la police jieu sûre, les finances irrégulières. La douane pontificale était, en dehors des douanes ottomanes, la plus accommodante de l’Europe, et à la porte la plus fréquentée de Home, à l'entrée de la place du Peuple et du Corso^ les

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commis de l’octroi débattaient publiquement le prix de leurs complaisances avec les étrang-ers qui arrivaient en vettiirino .

Le royaume que le Christ avait légué comme un douaire à sa mystique épouse était un objet de ■ scandale pour le croyant non moins que pour le profane. Cet État privilégié qui devait servir de modèle auxptinces chrétiens était de tous les Etats de l’Occident le plus corrompu comme le plus mal gouverné. Pour rien trouver de pareil, il fallait aller jusqu’en Russie, si ce n’est jusqu’en Turquie, et dans la Rome de Grégoire XYI et de Pie IX, comme dans la Russie de l’empereur Nicolas, la vénalité des employés était le correctif naturel de la législation, l’unique soupirail par lequel arrivât aux sujets du pape un peu d’air libre.

Les mœurs privées ne valaient guère mieux que les mœurs publiques. Le vice, pour peu qu’il fût prudent et réservé, s’arrangeait assez bien d’un gouvernement plus sévère pour les erreurs de l’esprit que pour celles des sens. A aucune époque, si l’on on juge par les Mémoires des siècles passés, le clergé romain n’avait été plus moral. A Rome, de même qu’au nord des Alpes, la révolution avait, en éveillant la défiance ou la vigilance publique, singulièrement épuré les mœurs des prêtres ; cette salutaire influence était moindre toutefois à Rome qu’ ailleurs, parce que le prêtre s’y sentait toujours le maître et qu’il n’avait jamais à redouter la publicité. L’esprit de corps et la prudence intéressée des supérieurs avaient beau les couvrir d’un voile,

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les défaillances et les désordres étaient inévitables dans un clergé démesurément nombreux, démesurément puissant et trop souvent recruté par l’ambition ou le besoin.

Les mœurs de Pie IX, avant comme après son élévation au pontificat, avaient toujours été audessus du soupçon * ; mais il n’en était pas de même de son prédécesseur Grégoire XVI, et duramt tout le règne du dernier pape-roi a vécu à Rome un couple dont la voix publique attribuait la fortune aux faiblesses de l’ancien camaldule Pie IX et la plupart de ses cardinaux étaient d’une pureté de mœurs irréprochable, mais l’on n’en disait pas autant de son premier-ministre, Antonelli, et l’un des derniers chagrins du vertueux pape a été de voir devant les tribunaux de Rome une femme, légalement étrangère à l’ancien secrétaire d’Etat, revendiquer publiquement, au nom d’une naissance sacrilège, le riche héritage du cardinal.

La domination ecclésiastique avait en vain la noble prétention de former un peuple exemj^laire avec un gouvernement chrétien. En dépit de toutes les précautions de leurs maîtres, les sujets du pape

1. On ne saurait attacher aucune importance à d’indignes petits libelles qui en Italie ont essayé de salir la jeunesse du pontife.

2. Il s'agit ici du barbier de Grégoire XVI qui passait pour devoir à sa femme la faveur du pape. Je ne mentionnerais pas de pareils bruits, s'ils n’étaient à Rome de notoriété publique, s’ils n’avaient été recueillis par des historiens, et si dans un récent procès les tribunaux belges n’avaient pour ce motif débouté de leur plainte l’ancien barbier et sa femme qui avaient à ce propos poursuivi en diffamation un journal de Belgique.

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étaient loin d’être à l’abri de la contagion du vice. Toutcequ’obtenaitle gouvernementpontilical, c’est que le vice se cachât, cherchât l’ombre et le silence ; et le profit gagné du côté de la décence, l’État romain le perdait souvent du côté de la sécurité et de l’honneur des familles. Le libertinage, rigoureusement banni de la rue, se glissait sans bruit au foyer domestique. Sous la férule du clergé, le vice prenait un nouveau visage, il se faisait modeste et discret, il rendait à la vertu et à la piété l’hommage de l’hypocrisie; mais, ainsi composé et travesti, il n’en était que plus redoutable, plus corrupteur, plus répugnant. La vertu de beaucoup de Romains et de Romaines ressemblait fort à leurs habits, souvent neufs, riches, propres à la surface, vieux, sales et misérables en dessous L

Voilà ce qu’était dans les derniers temps, et non

certes dans les plus mauvais jours, ^cet Etat pontifical dont tant de voix sonores ont dans les deux mondes déploré la chute et réclament encore la restauration. Voilà quel était sous Pie IX l’intérieur de l’antique et vénérable .édifice, élevé par la foi des siècles et l’habileté des papes. Au dehors, malgré ses murailles lézardées et ses pierres disjointes, il gardait encore de loin un noble et imposant aspect; au dedans, tout était dégradé, tout sentait la moisissure et tombait de vétusté. En

1. Ne -voulant pas m’arrêter davantage sur les effets du gouvernercient ecclésiastique, je me contente d’en signaler les plus dignes d’attention. Le lecteur peut à cet égard trouver plus d’une remarque aussi vraie qu^iugénieuse dans le Voyage en Italie de, M. Taine.

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renversant la monarchie papale, Tuiiité italienne n’a fait que jeter à terre une ruine qui s’écroulait d’elle-même, et que toutes les réparations du monde n’eussent pu longtemps maintenir debout. Il ne manquait pas de gens, en Italie même, qui eussent voulu sauver un débris du vieux monument, et en conserver un reste à Rome comme un témoin des siècles passés, comme une de ces antiquités consacrées par le respect des âges, dont les restes jonchent la terre romaine. Mais sous cette ruine habitaient des milliers d’hommes qu’elle j^ouvait écraser, et pour achever leur nouvel édifice national les Italiens ne se pouvaient passer du sol qu’elle” occupait.

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