‹ Un empereur. Un roi. Un pape. Une RestaurationChapitre 28 sur 56 · Mec Guérin^ les Petits Bollandistes, introduction · texte numérisé non relu

Mec Guérin^ les Petits Bollandistes, introduction

2. Voyez à cet égard l'Année liturgique et les Institutions liturgiques de doin Guérauger, abbé de Solesmes.

là une faiblesse coupable ; en la tolérant plus long*temps, le saint-siège s’en fût rendu complice. Il appartenait à Pie IX de couper court à de tels compromis.

Sous le règne de Pie IX, l’arbre du merveilleux, jadis élagué par la serpe gallicane et taillé à la mode du xviii® siècle, s’est de nouveau librement épanoui, et jamais les branches n’en ont été plus touffues, les fleurs plus éclatantes, les parfums aussi capiteux. L’atmosphère de la piété catholique est tout imprégnée de ces senteurs enivrantes. Les visions, les prodiges, les prophéties du moyen âge ont de nouveau ébloui les yeux ou charmé les oreilles des fidèles. Lourdes, la Salette, Paray-le-Monial et leurs émules de France ou de l’étranger nous ont fait assister à une recrudescence du merveilleux catholique, et les récents pèlerinages, suscités par des apparitions équivoques et de douteuses révélations, ont éclipsé les plus anciens et plus illustres sanctuaires du christianisme.

En même temps renaissait ou s’introduisait parmi le clergé et les fidèles le goût des petites dévotions et des pratiques frivoles, avec tous les raffinements d’une piété affadie qui demandait à la religion une saveur plus relevée. Pie IX avait l’âme tendre, avide d’émotions, ouverte aux impressions extérieures ; il se plaisait à encourager les dévotions nouvelles, le Sacré-Cœur, le culte de saint Joseph, et à donner un aliment âu mysticisme morbide d’une époque blasée. Sous son règne, le côté sensible et sentimental, le côté

LE SAINT-SIÈGE ET L’ÉGLISE

féminin du catholicisme, s’est accru de plus en plus au sein d’une société prosaïque, positive et réaliste à l’excès. Ici comme en toute chose, l’on peut dire que le genre de piété , fomenté par Pie IX, était en opposition avec l’esprit du siècle, et près des âmes rêveuses et passionnées, près des cœurs froissés parla sécheresse de notre âge, c’est ce qui le plus souvent en a fait le succès.

Il en est de la hiérarchie comme de la liturgie ; à cet égard aussi, le sens et la portée de l’œuvre de Pie IX n’ont pas toujours été bien compris. On sait que c’est Pie IX qui a restauré l’épiscopat catholique dans la Grande-Bretagne, en Hollande, aux Etats- Unis d’Amérique, en Grèce, en Bulgarie. Le pape qui a perdu les Etats temporels de l’Eglise s’est sans cesse occupé d’étendre ostensiblement ses Etats spirituels, d’organiser ses nouvelles provinces, d’assimiler ses conquêtes ou ses colonies. Un des premiers actes de Pie IX, remonté sur le trône après la Bévolution de 1 848^ fut de rétablir la hiérarchie dans la rebelle Angleterre ; une des dernières pensées du pontife définitivement détrôné a été de relever l’épiscopat catholique en Ecosse. Les années ont fait oublier le scandale provoqué en Angleterre par l’usurpation du souverain étranger qui, à l’insu de la reine et du Parlement, se permettait de découper le sol britannique en diocèses. Jamais pape n’avait encore affirmé aussi hautement la souveraineté pontificale. Le saint-siège assumait, vis-àvis des peuples et des gouvernements, un droit dont Pie IX ne s’est pas fait scrupule d’user, à l’égard

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il même des Ëtats envers lesquels la cour de Rome ‘ Il -était liée par des conventions. C'est ainsi que, pour IP ériger un diocèse do Genève, le pape rompait avec B la Confédération helvétique et faisait naître un ||' schisme de plus.

il Toutes ces créations de diocèses avaient pour la I cour de Rome un autre avantage que de multiplier il en apparence le nombre de ses provinces et de ses il: sujets. En restaurant la hiérarchie dans le domaine

1 séculaire du schisme et do Thérésie, le saint-siège I modifiait insensiblement à son profit la constitution P historique et la composition traditionnelle de l’épi- P scopat. La hiérarchie, ainsi rétablie en dehors des P peuples et des gouvernements^ était fort différente i de l’ancienne hiérarchie catholique qu’elle préten- I dait faire revivre. L’une était recrutée avec le con- I cours des fidèles, du clergé ou de l’Etat, l'autre I était nommée directement par la cour de Rome;

P Tune gardait quelque chose de national, l’autre ter nait tout du saint-siège. Lorsqu’on tant de contrées il substituait des évêques aux vicaires apostoliques. Pie IX ne faisait guère que changer un nom ;

I évêques, archevêques, patriarches, les chefs, des I nouveaux diocèses n’étaient, sous un titre comme I sous l’autre, que des vicaires du souverain pontife.

Avec le nombre des sièges épiscopaux s’accroissait le nombre des sièges à la nomination ? directe du Vatican, si bien qu’aujourd’hui les évêt ques choisis avec le concours des gouvernements et des peuples sont en minorité dans l'épiscopat. Le libéralisme contemporain et la chute même du

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pouvoir temporel ont indirectement contribué, cette grave révolution, l’Italie nouvelle ayant jus- • qu’ici abandonné au Vatican le choix de la plupart de ses trois cents évêques * , tandis que les imprudents avocats de la séparation de l’Eglise et de l’Etat travaillent à supprimer partout, au profit du césarisme romain, les derniers vestiges de l’élection épiscopale et des libertés ecclésiastiques.

Comme le collège des cardinaux, l’épiscopat catholique n’est déjà plus qu’une émanation de l’autorité pontificale. Les anciens collègues de l’évêque de Rome, ceux que dans ses brefs le pape traite encore officiellement de vénérables frères y sont devenus ses délégués. Des intendants ou des préfets ecclésiastiques, de simples administrateurs de diocèses, voilà ce que pour la plupart sont aujourd’hui les évêques catholiques. Le premier concile devait naturellement dévoiler à tous les yeux rimportance, d’une telle métamorphose.

Avec un épiscopat ainsi transformé, le triomphe de l’infaillibilité romaine était assuré d’avance : les évêques des pays les plus libéraux, ceux des pays protestants, schismatiques, musulmans mêmè, allaient en 1870 se montrer les plus ultramontains. La papauté ne pouvait rassembler cet épi-

1. Dans les derniers temps, le gouvernement italien a voulu resaisir, au moins pour une partie des provinces annexées, les droits reconnus par Rome à d’autres puissances ; à cet effet, il s’est appuyé sur les anciens usages et privilèges du royaume des Deux-Siciles pour revendiquer le droit de nomination aux évêchés dits de patronat royale ce qui est devenu entre l’Italie et le Vatican un nouveau motif de discorde.

scopat, si différent de l’ancien, sans en obtenir la reconnaissance de toutes ses prétentions. Et de fait, en abdiquant ainsi aux mains du saint-siège, le concile ne devait faire au fond que sanctionner le changement survenu dans la constitution intérieure de la hiérarchie. Le siège dont tous les autres recevaient leur autorité, dont toute juridiction découlait, devait être proclamé infaillible par ceux qui tenaient tout de lui. Du domaine de la hiérarchie et de la discipline, la centralisation absolutiste devait logiquement passer dans le domaine de la foi et du dogme. C’en était fait de la vieille 'aristocratie épiscopale, l’Eglise avait virtuellement cessé d’être une monarchie tempérée pour devenir un empire autocratique.

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