Proclaiiiatiou dvi 3 mai
2. Voyez les séances de la Chambre des députés de janvier et lévrier 1848.
LA POLITIQUE DU SECOND EMPIRE
toutes les manifestations de l’opinion, s’attachant surtout au parti républicain et à la gauche parlementaire comme à ses alliés naturels.. On n’a point assez remarqué cette influence de l’opposition do 1830 à 1848 sur l’esprit de Napoléon lll. Pour les affaires intérieures, comme pour les affaires étrangères, elle fut considérable, et ce n’est point par un pur hasard que son règne appela au pouvoir plus d’un membre de l’ancienne gauche des Chambres de Louis-Philippe. A beaucoup d’égards, l’empereur Napoléon III demeura toujours un homme de hopposition de 1830 à 1840. Ce fut l’atmosphère politique de sa jeunesse, et dans les tendance^ de son règne se retrouve plus d’une trace des principales écoles de cette époque, depuis le National jusqu’aux saint-simoniens.
C’était dans l’opposition de ce temps que le jeune ambitieux cherchait à deviner les instincts et les besoins de la France, et, comme toute opposition, elle ne les lui montrait que par un côté. En possession de la liberté politique, le pays n’ep faisait pas tout le cas qu’elle méritait. Comme d’ordinaire, la partie remuante du public se montrait surtout préoccupée de ce qui paraissait manquer, — de l’influence extérieure et de l’élargissement de nos institutions dans un sens plus démocratique. Le prince Louis-Napoléon s’habituait à croire que c’étaient là les premiers, les seuls besoins de la France. Attentif à étudier ce qu’on reprochait à Louis-Philippe et ce qui pouvait amener la chute du trône de 1830, il crut le trouver au dehors dans
l’empereur .napoléon III
la timidité de la politique de ]M. (luizot, au dedans daiisîe règne exclusif de la bourgeoisie censitaire. Il se persuada qu’une des principales faiblesses de la monarchie de Juillet, c’était qu’elle ne donnai! pas au sentiment national une satisfaction sufiisante. De la prison de Ilani, il comparait la politique du roi Louis-Philippe, alors si souvent rapproché de Guillaume III, à la politique des Stuarts, et lui prédisait une chute pareille. Gett<‘ idée eut sur lui une inlluenctî funeste. Il se promit de prendre le contre-pied de Louis-Philippe, et d<“ ne rien craindre autant que de paraître faire obstacle au sentiment national. Peut-être n’eut-il pas d’autre dessein en se laissant si vite glisser dans la guerre en 1870 ; peut-être le souvenir de l’affaire Pritchard, si durement reprochée au gouvernement de Juillet, fut-il pour beaucoup dans les susce})tibilités et les téméraires exigences de l’Empire sur la question Ilohenzollern.
Les conceptions politiques sont inspirées aux hommes par leur origine^ par leur éducation el aussi par leur caractère : chez les princes, elles sont le plus souvent imposées par la tradition. La politique rêvée par Napoléon lïl était essentiellement une politique de famille.
De race italienne, à demi Italiens ou mieux à demi cosmopolites eux- mêmes, l’éducation aussi bien que l’origine des Bonaparte les prédestinait à la politique des nationalités. Pendant leurs pérégrinations d’exil de 1830 à 1848^ entre ces deux révolutions européennes dont à l’étraimer l’idée natio-
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nalc fut ridée-mère^ ils avaient été témoins des, souffrances ou dos aspirations des peuples dont ils étaient les hôtes. Ils les avaient partagées et à diverses reprises avaient tenté d’}^ associer leu»’ fortune. Dès 1815, Murat se mettait en relation avec les patriotes du nord de Tltalie, et, devinant le succès réservé dans la péninsule au souverain qui saurait embrasser la cause nationale, il tentail de faire jouer à Naples le rôle qui trente ou (quarante ans plus tard a si bien réussi au Piémont. Vers la fin de la Restauration, les deux fils de la reine Hortense, à peine arrivés à Tâge d’homme, songeaient à passer en Grèçe pour y prendre part à la guerre d’indépendance^ ou, rêvant déjà ligue néo-latine et régénération hispanique^ ils projetaient de s’engager dans les luttes de l’Espagne En 1831, les vœux des patriotes italiens les appelaient à l’insurrection des Romagnes contre l’Au-
triche et le pape. On sait comment ce mouvement prématuré coûta la vie au ' frère aîné du futur empereur^ et quelles feintes employa la reine II(jrtensepour dérober ce dernier aux poursuites antrichiennes. Les fils de Lucien et de Jérôme cédaient au même courant d’idées que leurs cousins. En^ 1849;, le prince de Ganino présidait la Constituante de la République romaine, et le prince Napoléon (Jérôme) s’est toujours montré l’un des partisans les plus, décidés, des défenseurs les plus
1. Les Bonaparte depuis 18 15, Bruxelles, 1S47. — La Heine Hortense en Italie^ en France et en Angleterre pendant L'année 1831 , Paris, 1861.
l’empereur napoléon 111
fougueux de cette politique des nationalités à laquelle 1815 avait voué sa famille.
Ces idées, pour ainsi dire innées chez les Bo~ naparle, n’étaient pas étrangères à leurs conseillers. On les retrouve^, vers le déliut du règne de Louis-Philippe , chez le plus fervent des rares partisans du second Empire avant son triomp.he, chez l’adepte inspiré qui, aux jours d’abattement, fortifiait la foi du maître. Dans les premiers élans de sa ^conversion à l'impérialisme, avant même d’être en ra[q)ort avec le futur empereur, M. Fialin de Persigny exposait dans un style encore plus mystique des vues analogues à celles des Idées napoléoniennes , qui n’avaient point encore été écrites. La mission à laquelle le nouvel apôtre invitait rEmpire ressuscité, loin de se borner à la France, s’étendait à l’Europe entière, « de Burgos à la Moskowa, » et « dans Y évangile impéinal » il retrouvait « tout le symbole des nationalités occidentales* ».
Les adversaires de l’Empire le poussaient dans la même voie. En 1848, les démocrates assuraient au président de la Bépuhlique que c'était pour ce rôle d’initiateur de la Révolution que le peuple lui avait donné six millions de sufïrages. « C'étaiL lui écrivait un des futurs chefs de la Commune de Paris^ pour prendre ^en main la cause des peuples, réclamer la liberté de l’Italie, de la, Hongrie^ de la
1. L'Occident français, préface du premier et unique numéro d’üu recueil fondé pour relever le bonapartisme par M. Fialin, depuis M. de Persigny. Paris, 1834, Paul Dupont.
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Polog’ne * . » Le président ne pouvait répondre à ces excitations ou à ces reproches des démagogues : il ne se sentait pas encore assez le maître^ mais la leçon n’en était pas perdue pour lui. Les révolutionnaires lui enseignaient eux-rrtêmes l’art de faire dériver la Révolution à rétraiiger. 11 devait essayer de le mettre en pratique, et eu cela encore suivre les exemples du premier Empire ; mais avant toiit, comme le premier consul, il voulait clore la révolution à l’intérieur en confisquant à son prolit la souveraine puissance. Pour cela, il fallait déguiser ses vues ; porté au pouvoir par le besoin d’ordre et de repos, il fallait se montrer uniquement préoccupé d’assurer la tranquillité publique. Afin d^ob tenir les moyens de reprendre un j ouicontre la vieille Europe la révolution avortée de 1848, il fallait provisoirement se prêter aux volontés de la réaction partout victorieuse.
A une intervention en faveur de rindépendance. italienne, l’ancien conjuré des llomagnes dut laisser substituer une^expédition contre la révolution romaine au profit de ce pouvoir temporel des papes contre lequel il s’était lui-même insurgé. L’expédition de Rome fut le gage donné par le prétendant aux meneurs de la réaction française ou européenne, aux préjugés conservateurs, aux exigences ecclésiastiques. Par cette fatale occupatioU;, qui pendant vingt ans pesa si lourdement sur sa politique et déjoua tous ses calculs en
1. Lettre de M. Félix Pyat à M. Louis-Napoléon Bonaparte. Paris, 1851, GB. Banet.
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lui rendauL impossible ralliaiico italienne, Louis- Napoleon conclut avec l’Eglise, les catholiques et les conservateurs timorés une alliance qui lui valut l’empire ; par elle, il rassura l’Europe et la Irompa comme la France. J1 n’avait point abandonné pour cela les sympathies de sa jeunesse.
En 1849, au milieu même de l’expédition de Home, il les laissait percer, au grand scandale de ses patrons catholiques, dans sa fameuse lettre à Edgar Ney. Depuis, soit prudence, soit incertitude,, il dissimula si liien que, lorsque ' dix ans plus tard il partit pour la campagne d’Italie, hi S
France et l’Europe montrèrent la plus naïve sur- ^
prise d’une guerre que, de la part de l’ancien insurgé des Romag'iies^ les plus sages eussent dû , attendre. Il n’est pas probable qu’une fois sur le ^ trône Napoléon III ait jamais oublié les promesses ou les espérances qu’il avait jadis données aux patriotes italiens; il d^s^lm^mte d’Qrsinj ..p^Qux...^,ij[^^^ Dès le congrès de
Paris, le plénipotentiaire français, M. Walewski, introduisait inopinément la question italienne <levant les représentants de l’Europe^ et les dernières séances de cette assemblée, chargée d’assurer la paix, laissaient déjà soupçonner de quel côté et dans quel intérêt le gouvernement impérial inclinait à diriger ses armes. i
La guerre d’ Orient elle-même, en apparence étrangère à l’idée napoléonienne de reconstitution j | de l’Europe, en avait été la préface obligée. Avant <rentreprendre quoi que ce fut en Occident, il fal- . ^
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lait que ie second Empire eût rompu l’eiiiente des cours du Nord, relouée par la Révolution de 1848. L’Orienl> était le seul terrain où il fût aisé de met-
lia* leu^'S intérêts en désaccord et de gagner à un Napoléon l’appui de l’i^ngleterre , sans compter qu’utie guerre contre la Russie pouvait ouvrir do vastes persjiectives du côté de la Pologne.